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SERBICA ♦ Revue électronique ♦ N° 20-21 / 2017

SERBICA


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♦ Archives

 

 

À Njegoš, un livre de profonde dévotion

- extrait -

par

ISIDORA SEKULIĆ

 

 

Njegos Scepan le petit

 

Le poème dramatique de Njegoš, Šćepan le Petit, pose l'agôn comme étant le trait essentiel du caractère masculin monténégrin. J'emploie le mot grec agôn sciemment et en connaissance de cause. Grâce au développement précoce de la littérature et de la philosophie dans la Grèce antique, les mots grecs sont chargés d'une grande richesse sémantique. Agôn : la lutte, l'assemblée solennelle, la compétition, le feu de l'éloquence. On peut, en effet, mettre en parallèle le souci de rivalité des Monténégrins avec l'esprit de compétition des Grecs antiques. Cependant, il existe une différence fondamentale dans le culte de l'agôn des Grecs méditerranéens et celui des montagnards Monténégrins enracinés dans leurs rocs de granit. Pour les premiers il est jour de gras, pour les seconds jour de jeûne. Chez les Grecs, l'agôn est une magnifique démonstration de jeunesse, ici il est une lutte sanglante d'hommes jeunes et moins jeunes. Les Grecs antiques rivalisaient dans leurs célèbres Jeux Olympiques, alors que les Monténégrins rivalisaient à qui tomberait et mourrait le plus glorieusement; à qui apporterait une tête turque, à qui accomplirait l'acte de brigandage le plus risqué, qui relevait davantage de la vengeance ou de la manœuvre guerrière que du simple larcin ou de l'appât du gain. L'honorable métropolite Petar I n'avait-il pas, lors d'un exercice de reconnaissance des positions ennemies, ravit aux Français deux pleines charrettes de nourriture sous les murs de Dubrovnik ?

Les Monténégrins volent des moutons, et quelques jours plus tard on les leur reprend et plus encore. Ou bien, sur l'ordre du prince-évêque, ils rendent le butin, font la paix, payent une amende à ceux qu'ils ont spoliés. Ou encore, les habitants du village s'empressent de manger la dizaine de bêtes volées. Les Monténégrins vivaient et vivent "dans un pays de famine et de rien". Ils rivalisaient aussi dans la trpija  selon le joli nom que donna le prince-évêque à la capacité de supporter la souffrance de ces montagnards isolés, pauvres et soumis à la tentation, en sachant que la trpija ne les lâcherait pas

jusqu'à ce que l'homme guérisse de ce mal,
ou que celui-ci lui vole son âme –

                                               (Šćepan V, 20)

L'agôn qui fut d'abord un aspect du tempérament monténégrin, est devenu, avec le temps, un marqueur psychologique, un souci, et une préoccupation constante dans toutes les manifestations de la vie où le Monténégrin ne peut supporter la relativité. Une susceptibilité extrême au moindre doute ou à la moindre provocation ; une parole vive et virevoltante,  toujours prête à railler, à moquer, à dévoiler ou à faire surgir quelque chose qui dépasse l'homme et le pousse au désir et au tourment de l'agôn. Chez les Monténégrins, l'agôn a une origine phénoménologique profonde. Les Monténégrins classiques portaient en eux une ardeur inépuisable, une aspiration de l'âme et du corps : le besoin d'atteindre avec le corps  les hauteurs où parviennent l'âme et les idées. Une ivresse héroïque et esthétique flambait dans leur sang. Tout comme il aimait la couleur des vêtements et le chatoiement des armes, le Monténégrin aimait l'éclat dans son âme, le besoin d'être le premier et d'atteindre à l'inaccessible, il aimait l'idéal et l'irrationnel. Tout partait et convergeait vers l'irrationnel. La serbité, ce n'est pas le pain, l'école et l'État, mais le Kosovo ; et le Kosovo c'est la tombe, le tombeau où tout est enfoui ; la résurrection ne peut se faire que par le tombeau. "Il n'est pas de résurrection sans mort". Là-dessus sont d'accord la religion, la philosophie, et le culte de l'héroïsme - les trois domaines des plus hauts idéaux. La réalité implique deux sortes de tombeaux : l'un est la défaite et l'esclavage, l'autre la résurrection et la liberté. Au Monténégro, le nom du Kosovo a recouvert le problème serbe de plus en plus complexe et de plus en plus large.  Héros et chefs ont continué à mourir sur le champ de bataille même après le Kosovo. Les insurrections, en Serbie, ont fauché les meilleurs des hommes, mais la liberté est restée de l'ordre de l'idéal et de l'irrationnel. Il fallait encore plus de tombeaux. Dans la bataille d'Ublima, les Monténégrins ont sabré Ćehaj pacha sous sa tente, exactement comme Miloš Obilić a tué le sultan Mourad à la bataille de Kosovo, mais la liberté est restée de l'ordre de l'idéal et de l'irrationnel.

La trpija n'a fait que croître, de plus en plus. Le peuple serbe émietté est devenu muet devant le conquérant, devant la puissance, et sous le poids de la pauvreté ; il endurait, péchait, et à cause du péché endurait encore. Par peine et désespoir, et non par avidité, on se résignait  à la turcisation et à la trahison, aux faiblesses pour l'argent qu'on n'a jamais, et sans lequel, comme dit le peuple, "on ne peut même pas aller à l'église". De la trpija certains apprirent la ruse et l'habileté héroïque. "Le temps que je le sabre, il m'aura tranché la tête" - donc : "Sabre vite et sûrement". Le célèbre historient italien et juriste Francesco Quicardini (XVIe siècle) exprime presque mot pour mot le même adage : "Mieux vaut leur faire à eux  avant qu'ils nous le fassent à nous". Les Monténégrins classiques, bien que parfois un peu en retard dans le temps, ne rataient jamais l'occasion d'appliquer cette règle. Sous la trpija, certains se terraient. D'aucuns somnolaient, hibernaient comme morts, et d'autres se laissaient emporter par les idéaux et les espoirs. Au Monténégro eut lieu ce miracle: les Monténégrins se sont lancés dans un corps à corps avec l'irrationnel, et l'ont en partie gagné : "Que soit ce qui ne peut pas être". Ainsi fut-il. L'inaccessible fut une inspiration pour l'héroïsme, pour la morale du čojstvo, le devoir d'être homme, l'éloquence où  vibre et flambe la force. Dans Šćepan le Petit Njegoš a donné un nom et un sens à ce miracle : "l'ivresse de la liberté". Oui, l'ivresse, l'aspiration, le sacrifice, la poésie...

 

Les Monténégrins ont-ils jamais réussi à repousser totalement l'ennemi, et à dormir tranquilles ? Ils le repoussent un peu hors de leurs frontières, au prix de leur sang et de leurs blessures, mais l'ennemi est toujours là, devant leur porte : il leur envoie des lettres, et eux lui répondent et dorment avec leurs fusils. Ont-ils réussi par la lutte et les victoires à reconquérir d'autres terres serbes ? Rarement, et très peu, et pour un temps bref. Husein Gradaščević voulait, en accord avec le Monténégro, libérer la Bosnie de l'empire ottoman. Cela n'alla pas plus loin que l'aspiration et le premier élan. Le jeune prince-évêque Petar II voulait regagner et reprendre la Zeta. Cela se termina dans l'aspiration et la défaite à Podgorica, avec, il est vrai, un élan héroïque des Martinić, mais la Zeta resta dans les mains turques. Les Monténégrins réussirent-ils au prix de tous leurs sacrifices à s'élever culturellement ? Réussirent-ils à se prendre en mains économiquement, ou tout au moins à s'entraider ? De cette réalité impossible à maîtriser continuait à couler l'intarissable rêve d'une vie illustre, d'une mort illustre, d'une poésie illustre. De toute cette irrationalité a jailli l'agôn sans lequel le peuple du Monténégro se serait désagrégé, non en tribus mais en atomes, aurait disparu dans le néant à cause de son inat[1] originel, à cause des Turcs et des turcisations, des sanglantes dettes de sang, des trahisons quand ils se brouillaient à mort entre eux. Dans Šćepan le Petit, Mehmed pacha reconnaît par quel moyen les Turcs ont réussi parfois à piétiner et à soumettre en partie le Monténégro :

"Pas autrement que par la trahison
quand Monténégrins se brouillent entre eux
ils se trahissent et appellent les Turcs."

(Šćepan V, 419-421)

Mais le Monténégro ne s'est ni effondré ni désagrégé et n'a pas disparu dans le néant. En dépit de la fatalité et de tous les péchés, il est resté dans son état d'aspiration ; il y baignait hier, il y baigne encore aujourd'hui.

 

Šćepan – de son vrai nom Stevan Raičević –  devait être un homme porteur de bonnes énergies, mais d'énergies soumises à une nature qui ne leur permettait de se manifester que si elles pouvaient avoir un effet immédiat et tyrannique (telles qu'on les retrouve dans l'hystérie). Ce sont des énergies qui ne sont pas agissantes mais incitatrices et fédératrices. De telles énergies devraient être soumises au contrôle de la morale. Or, Šćepan manquait totalement de moralité, pas seulement dans l'action, mais, dirons-nous, jusque dans la pensée. Bien qu'il fût un homme intelligent, il n'avait pas la capacité de pousser sa réflexion jusqu'au bout, de concrétiser son idée. Un tempérament hystérique va rarement et difficilement au bout des choses. Tout ce que Šćepan dira, dans le poème dramatique de Njegoš, relève ou bien d'un discours défensif nourri de mensonges, ou d'une réflexion inaboutie. Il y a rarement une conclusion, pas de jugement, pas de direction claire menant à un but. Et c'est ainsi que se déroula son propre destin : il mit les choses en branle, les Monténégrins l'adoptèrent et le soutinrent, l'Autriche et les Turcs y mirent fin. Il prit son envol de tsar, les Monténégrins assumèrent le poids de son prestige, assurèrent par les armes sa survie, mais les Turcs et les Autrichiens, troublés et choqués, le frappèrent perfidement et réveillèrent brusquement les Monténégrins de leur rêve de tsar, en transposant Šćepan dans le rêve éternel.

Le second problème, peut-être plus difficile à résoudre que le premier, dans Šćepan le Petit, concerne les Monténégrins eux-mêmes. Ils représentent un problème dramatique, mais Njegoš ne les a ni traités ni présentés comme tels. Njegoš n'était pas un auteur dramatique de talent, il ne savait pas mener habilement la progression du drame. La progression dramatique est brusque, brutale, presque fruste, parce que dans le drame il n'y a pas place pour la description. Comme dans un laboratoire de chimie, l'auteur dramatique doit isoler les différentes espèces psychologiques. Il aurait fallu exposer le processus qui a permis aux prétentions de Šćepan et au rêve de tsar des Monténégrins de s'attirer et de se comprendre, et développer les moments où les mensonges de Šćepan et le sentiment de la réalité des Monténégrins, simples mais lucides, s'excluaient. De tout cela il n'y a rien. Nous ne voyons et n'entendons que les résultats de ce mécanisme souterrain. Nous ne vivons pas les confrontations. Les Monténégrins de l'époque composaient un monde d'êtres dominés par  les nerfs, et les nerfs sont intolérants. Comment se fait-il qu'il n'y ait jamais eu ni véritables crises ni réactions de leur part ? Njegoš ne nous a pas montré son peuple comme une masse aveuglement lancée dans une direction ("le peuple aveugle" est une constante dans les épîtres de Petar Ier) à laquelle résisterait non sans peine une minorité supérieure ; ni comme une masse d'hommes primitifs sciemment emportés par leurs rêves et s'adaptant de bon gré à ce qui flatte leur imaginaire. Nulle part dans le poème, nous ne pouvons approcher du mystère : comment le monde de Šćepan, monde de mensonges et d'immoralité, a-t-il pu pénétrer et s'installer chez les Monténégrins, grands puritains de l'honneur, toujours aux aguets du moindre égarement ? Njegoš n'a fourni aucune scène dramatique, c'est à dire conflictuelle, entre l'intolérance des Monténégrins et leur surprenante tolérance envers l'imposteur et le comédien Šćepan. Ces Monténégrins indomptables, qui n'en faisaient qu'à leur tête et ne supportaient "aucune règle", que pas un seul maître du Monténégro n'a réussi à mener par la bride, hormis plus tard Petar Petrovic II Njegoš, voilà que tout à coup, en toute connaissance de cause, ils se soumettent à un aventurier de Dalmatie. Outre son habileté, Šćepan devait être pourvu d'une certaine force d'attraction, un charme particulier. Le charme est partie intégrante de la personnalité de l'imposteur à succès. Le charme personnel, un grand atout, et un grand hasard. Les célèbres tribuns et dictateurs sont souvent des aventuriers qui possèdent ce charisme personnel. Njegoš ne nous a donné aucune scène où Šćepan charmerait directement un homme, une femme ou un enfant. Cependant, Šćepan est là, sept ans durant, et le pope Andrija Djurašković lui trouve une qualité qu'il ne possédait certainement pas, et qu'il ne pouvait acquérir en dépit de ses habiles manœuvres – le sens de l'honneur.

Autre chose nous surprend encore : comment, dans le poème dramatique de Njegoš, Šćepan a-t-il pu se maintenir au Monténégro avec son comportement insolent et agressif aux côtés de l'higoumène Teodosija Mrkojević ? L'higoumène est le personnage le plus riche et le plus constructif de Šćepan le Petit. Le voïvode Drago Vukotić dit : "Tout le Monténégro a une demi oka d'intelligence, l'higoumène en a tout autant à lui seul." Njegoš n'aimait pas les "kapa" noires, mais comme à l'époque il n'y avait au Monténégro ni lettrés ni savants, Njegoš, devait, contrairement au combat des armes, confier le combat de l'esprit aux "kapa" noires, à ses deux higoumènes désormais célèbres : l'higoumène Stefan dans La Couronne de la Montagne, et l'higoumène Teodosija dans Šćepan le Petit. L'higoumène Stefan est l'incarnation de la pensée philosophique de Njegoš, et Teodosija la figure emblématique du peuple : limpide, droit, plein d'humour et de force vitale ; son verbe est ferme et éblouissant, toujours précis et imagé, toujours terrien. L'higoumène Teodosija joue avec virtuosité sur tous les registres monténégrins : l'humour héroïque, l'humour paysan, la sagesse, la ruse, la noble ou l'insolente courtoisie, la provocation naïve, la répartie diabolique qui réduit l'adversaire au silence. Comme s'il n'attendait qu'un interlocuteur, un parent ou un étranger, pour bondir sur eux, et rebondir au-dessus d'eux. Il riposte mot pour mot, pierre pour pierre. L'higoumène est presque toujours sur la scène dans Šćepan le Petit. Alerte et prompt au verbe, comme un bouffon Shakespearien, il ne cesse de se métamorphoser, pour pouvoir en débattre de tous côtés avec la vérité, sans devenir ennuyeux ni monotone... Quelque chose pourtant, chez Šćepan, devait troubler les sentiments moraux et la langue intrépide de l'higoumène. Est-ce le jeu de Šćepan avec la réalité, ou son art du mensonge, capable, quand il le fallait, d'inventer une histoire pittoresque, ou de haranguer le peuple politiquement ? Est-ce l'énergie avec laquelle Šćepan menait et faisait plier les Monténégrins, ce que lui, higoumène, comme il le reconnaît dans un de ses monologues, était incapable de faire ? Dès que les Monténégrins s'extasient collectivement et commencent à clamer leur gratitude à l'égard de Šćepan, ou encore se mettent à pleurer quand Šćepan fond en larmes (c'est l'unique scène où Njegoš décrit les Monténégrins en train de pleurer) - l'higoumène se trouble, devient muet, cède.

Les Monténégrins savaient qu'il n'était pas facile d'entreprendre quelque chose avec eux. Un de leurs proverbes dit : "Serre-le, il couine, lâche-le, il hurle." À l'époque il ne servait à rien de vouloir faire plier par la force la volonté de ce peuple de rudes montagnards. Peut-être le mérite de Šćepan était-il d'avoir trouvé un moyen capable de brider les "penchants" du peuple, et "d'instaurer la loi dans le pays".

 

Šćepan avait le pouvoir, et l'higoumène avec son oka d'intelligence, ne l'avait pas. L'higoumène tenait tête courageusement et brillamment aux pachas turcs, au beylerbey qui attendait avec son armée sur son seuil :

va-t-en, ôte ton pied de mon foyer
ou tu en paieras le prix meurtrier."

                                               (Šćepan II, 715-716)

mais il ne savait pas dire à Šćepan de s'en aller, et n'osait pas s'attaquer à l'exaltation honteuse des Monténégrins.

À la fin, selon la règle du drame, Šćepan paiera la note dans le pays qu'il a abusé, et  selon la règle de la comédie, le peuple se grattera derrière l'oreille en se demandant s'il a bien des oreilles de chaque côté de la tête, se refusant à croire qu'il a lui-même inscrit un tel épisode dans son histoire. Dans leur passé historique et dans leur vie, les Monténégrins ont commis des fautes, mais jamais, avant Šćepan, ils n'ont été ridicules. Ils ont accueilli un imposteur comme un hôte qui leur fait l'honneur de venir chez eux, lui ont donné toute latitude de les tromper et de leur imposer un état de fait dont personne ne voyait le bout. Nous nous demandons encore : comédie, drame, poème satirique ? Dans Šćepan le Petit il n'y a pas d'intrigue centrale, il n'y a pas de héros principal, pas de personnage qui parle pour l'auteur, pas de passion individuelle annonçant un destin fatal et une mort héroïque. La comédie est collective, la faute est collective. En plus du perroquet on pourrait inscrire  dans la liste des personnages le "brouillard" que Šćepan sème dans la tête des Monténégrins qui l'entourent, et dans celle des Turcs. Mais nous avons des vers tranchants, lourds de sens, sombres du destin d'un peuple rude, et aussi des vers légers, ailés, pleins d'un humour joyeux, ou encore terrifiants et chargés d'un humour amer.

 

Les Monténégrins classiques, avec leurs princes-évêques, et même avec Petar II, vivaient quasiment dans et par le mythe. Sans évolution sociale et culturelle, leur communauté survivait grâce à des énergies de caractère mythique, accomplissant des exploits et des péchés de dimension mythique. Comment, sinon, une telle manière de vivre et une telle conception de la vie auraient-elles pu se maintenir inchangées pendant quatre siècles ? Toujours les mêmes causes suivies des mêmes conséquences dans ce qu'on désire, ce qu'on veut et ce qu'on fait ! Le même imaginaire, les mêmes histoires, les mêmes croyances dans les contes. Šćepan est un conte. Les contes populaires foisonnent de Šćepans. Vuk Karadžić[2], depuis sa Serbie, ne percevait pas assez profondément cette dimension mythique, alors que Njegoš la portait dans son sang. Ainsi, dans la Serbie de l'époque, la liberté était déjà un idéal, une réalité intime et spirituelle ; dans la vie de tous les jours elle impliquait un problème politique complexe auquel on s'attelait sans gloire ni pose, avec une persévérance et des méthodes de fourmi. Au Monténégro, la liberté était un éternel rituel dramatique sur l'autel du sacrifice. Paradoxalement, on vivait pour ainsi dire en esclave de la liberté. Tout ce qui était de l'ordre de l'éthique ou de l'idéal n'avait pour but que soi-même, de manière totalement mythique, et n'avait pas pour dessein de transformer les sentiments moraux en énergie pratique. Une chanson populaire dit du Monténégro : "Petit drapeau, et trop grand héroïsme", c'était là le fondement de la voix collective monténégrine. Quelque chose de froid, et même d'inhumain s'insinuait par ce biais dans le caractère et la vie des Monténégrins. La vie familiale, les liens sociaux, les joies propres au village et au voisinage ne s'imposaient pas. Au-dessus de tout veillait le mythe, et en lui l'irrationnel ; maintenant le Kosovo, maintenant la liberté absolue, maintenant sauver la face, l'honneur personnel qui se mue aussitôt en honneur de la phratrie ou de la tribu. Pas la moindre tache ne doit tomber d'une face déshonorée sur l'héroïsme. Dans un de ses poèmes héroïques Njegoš dit : "Bon héros, mais sans honneur". Ce critère moral étrange et subtil que Vuk Karadžić n'a pas assez pris en compte, Njegoš le portait non seulement dans son sang, mais aussi dans une esthétique singulière. L'héroïsme est une épreuve brève, qui ne dure pas : l'assaut et la mort, ou la victoire et la vie. Ne pas perdre la face est une lutte quotidienne contre les faiblesses et les tentations, des joutes où il est difficile de vaincre, comme sur le champ de bataille, mais dans lesquelles tomber est plus terrible que tomber au combat. Ces circonstances ont introduit dans le caractère et le comportement des Monténégrins une perpétuelle intranquillité, une crainte mythique, des questions et des points de vue très tranchés sur les choses. "Ce que les Turcs nous feront (dit le père à son fils pour le consoler) passera en un instant, mais ce sou ne serait jamais passé".

Dans les œuvres de Njegoš nous découvrons les conversations des Monténégrins entre eux et celles qu'ils ont avec les Turcs ; c'est toujours tension et raideur, enflure ou laconisme, scepticisme ou jugement pessimiste, jamais assez, et ce qui est assez se trouve dans les lointains de la mythologie. Le prestige coûte la  mort. Le sentiment de fatalité, d'une malédiction – toujours le Kosovo ! - est surpuissant, il est inscrit dans l'être même. Tout cela éloigne l'homme de la maison et des travaux ordinaires qui font taire les voix de l'ambition. Le Monténégrin est heureux et bien vivant quand il peut et ose ce que les autres ne peuvent ni n'osent, et inversement il craint celui qui pourrait et oserait agir comme lui. C'est là que se trouve la source du sentiment de l'envie, de nature plus mythique que réaliste – ce qui n'adoucit en rien son poison.  Et avec l'envie vont de pair la rancune, la jouissance du malheur d'autrui, l'esprit de vengeance, la méchanceté... Dans une conversation qu'il eut avec les Monténégrins, Vuk Karadžić raconte qu'il s'était mis à vanter les réformes du prince-évêque Petar II. Les Monténégrins l'écoutèrent en silence, sans le contredire, mais ils finirent par lui répondre : "Tout cela est bien, vous avez raison, mais nous sommes des êtres méchants et malheureux, nous préférons le mal au bien". Vive le dialogue monténégrin ! Difficile de trouver autoportrait si honnêtement et courageusement condensé. Cela nous rappelle le monologue de Richard III, dans le drame de Shakespeare. Richard était boiteux et quelque peu voûté, par conséquent malheureux et méchant. Voici comment il se dépeint : "Les chiens aboient après moi ; et quand je suis au soleil, je ne fais que suivre mon ombre...", et à la fin de ce monologue : "Ô mal, sois mon bien !" Non, les Monténégrins n'ont pas aimé ni respecté sereinement leurs souverains. Ils ont reconnu le métropolite Petar Ier uniquement après qu'il eut reçu l'onction pour toutes les peines endurées en se "vouant à eux", alors qu'il avait déjà un pied dans la tombe. Njegoš, le prince-évêque Rade, n'était pas populaire : bon nombre d'anecdotes  malveillantes courent encore à son sujet dans le peuple. Et peut-être que dans ce courageux autoportrait (la réponse à Vuk Karadžić) il y avait de l'ironie, une ironie empoisonnée contre ce prince-évêque qui, sans état d'âme, s'était efforcé de "réformer" ses compatriotes. Il est intéressant d'observer le contour des lèvres d'un Monténégrin : une sorte d'ambivalence, l'intaille des extases héroïques d'autrefois, le tremblement de la trpija et du mauvais vouloir.

 

Dans Šćepan le Petit, les traits de caractère des Monténégrins sont vus aussi par les Turcs. Njegoš n'a pas fait ce choix par hasard : c'est l'engagement d'un écrivain objectif. Chez les Serbes islamisés – les poturice – les Turcs ont eu tout le temps d'étudier les Monténégrins, ils les pénétraient avec les yeux de la haine. Tout le cinquième acte de Šćepan le Petit, où les Turcs discutent librement entre eux, est consacré à l'analyse caractérologique des Monténégrins. Karaman pacha et Mehmed pacha se complètent dans la description du caractère foncier du Monténégrin qui, à force d'intranquillité et de hargne intérieure, a fini par se dégrader. Il est évident qu'il ne s'agit pas uniquement de considérations turques, mais de l'analyse du poète. C'est un portrait du Monténégrin peint sans couleurs, en noir et blanc. L'homme primitif, rude, mauvais, mais héroïque par la naissance et la tradition, et moralement dogmatique. Et le dogme, nous le savons, ne peut exister que si les cieux et l'enfer le soutiennent.

Le beau rêve de la vanité monténégrine consistait à devenir un exemple, mériter que d'autres vantent votre œuvre et la gardent en mémoire. L'éternel rêve des héros monténégrins : que leur nom entre dans le poème et la chanson. Les chansons populaires héroïques du Monténégro, pas très recherchées et peu diversifiées, sont en grande partie des éloges funèbres de héros tombés au combat. De ces chants plaintifs sourd une beauté lyrique, et les meilleurs de ces chants sont même plus dignes de glorifier les héros que les poèmes héroïques. Naturellement, comme dans l'âme de tout homme sur terre, dans l'âme du Monténégrin la vanité pouvait se muer en ver de terre, ou en dragon. L'ambition surveille l'ambition d'autrui d'un mauvais œil, et redoute toujours un destin inaccompli.

Le sentiment de fatalité, de destin inaccompli, faisait partie du caractère ardent du Monténégrin classique. Šćepan le Petit nous renseigne abondamment sur ce point. L'héroïsme des Monténégrins prend sa source dans la bataille du Kosovo, donc dans le malheur et la malédiction de tout un peuple. Et le héros est par lui-même essentiellement tragique. Le Kosovo a imprégné les montagnards monténégrins de pessimisme. Il faut se souvenir de certains passages de La Couronne de la Montagne et de Šćepan le Petit, ceux où il est dit, par exemple, que les Serbes ont péri de tous côtés, sont perdus corps et âmes, et que tout ce qui était bon et glorieux est passé comme un rêve.

Ce sont les aspects tranchants des humeurs mythiques, la peur du funeste destin, et en même temps une courageuse introspection d'hommes qui vivent comme s'ils étaient maudits ; ce sont des reflets de ce vers grandiose où Njegoš, le prince-évêque Rade lui-même (par la bouche du serdar Vukota dans La Couronne de la Montagne) lance un cri au-dessus des montagnes et des habitants du Monténégro :

Pays maudit, l'abîme t'engloutisse !
... Tu n'es pour moi qu'une terre de sang !

                                               (La Couronne de la Montagne, 973-974)

Par la force de l'expression, par la douleur et le sens d'un patriotisme ardent, nous ne connaissons qu'un autre vers qui égale celui-là, un vers de Dante :

O, serva Italia, di dolor ostello !
Ô serve Italie, auberge de douleur !

Le pessimisme du poète Njegoš est éminemment dogmatique. La peine et la douleur sont engendrées par la peine et la douleur, et sont vaincues par la peine et la douleur. Le mal et les souffrances sont pareillement écrasés, mais ne sont jamais déracinés. Telle était la réalité du Monténégro et de ses souverains. Les mauvais pressentiments du destin à venir confinaient à la poésie !... On pourrait dûment se demander : comment se fait-il qu'en portant dans l'âme cette incessante appréhension du destin, les Monténégrins n'aient pas fini par dégénérer ? Non, ils n'ont pas dégénéré. La moralité était concordante : le martyr et l'homme s'ennoblissent mutuellement. Les hommes luttent jusqu'à la mort, mais jamais jusqu'à l'indifférence. Là où il y a martyr, il y a consolation. Là où il y a perte,  il y a devoir. Là où il faut courber l'échine, il reste encore la puissance du verbe. De là vient aussi la puissance de l'humour. L'humour et l'ironie chez les hommes forts élèvent, sont une arme ardente et froide.

 

Si nous nous en tenons à la description des Monténégrins, nous pouvons dire que Šćepan le Petit est un complément à La Couronne de la Montagne. Dans La Couronne de la Montagne, les Monténégrins sont décrits à travers le prisme d'une haute poésie épique. Dans Šćepan le Petit, ils sont montrés sans pathétisme, avec un sens de la réalité et de la psychologie au quotidien.  Dans les deux œuvres, nous trouvons comme point de départ un évènement historique : dans La Couronne de la Montagne l'extermination des poturice à l'époque du prince-évêque Danilo I, et dans Šćepan le Petit le court règne du faux tsar. Dans les deux œuvres, les batailles et les victoires restent dans les coulisses. Nous n'y voyons pas de campement militaire, de tentes dressées, pas de sentinelle. Nous n'entendons ni les tirs de fusils, ni le piétinement des marches militaires, ni le chant des combattants, ni, comme dans le Henry V de Shakespeare, le morne et funeste silence entre les lignes ennemies. Dans La Couronne de la Montagne, tout est lumineux ou tout est sombre, tout est ivresse de l'aspiration. Dans Šćepan le Petit, Njegoš explique et authentifie cette ivresse par la nature profonde des personnages. Ainsi la réponse de l'higoumène Teodosija au prince russe Dolgoroukov :         

Nous sommes un peuple d'une poignée,
mais, Dieu merci, ivre de liberté,
si nous n'étions portés par cette ivresse,
depuis longtemps nous serions engloutis,
comme tant d'autres dans le sac du diable."

                                                           (Šćepan IV, 250-254)

Comme dans La Couronne de la Montagne, la liberté dans Šćepan le Petit n'est pas un acte et un état définitifs, mais une aspiration à poursuivre l'accomplissement de l'acte. L'ivresse du cœur, comme nulle part ailleurs sans doute, affermit chez l'homme la puissance du coup porté et du verbe énoncé. Dans l'alphabet chinois, le signe qui représente le nom du royaume chinois se présente sous la forme d'un cercle qui entoure une bouche et un sabre, c'est à dire la puissance de la parole et la puissance du coup. Ce symbole vaut également pour le Monténégro, celui de La Couronne de la Montagne comme celui de Šćepan le Petit. Si tu es au combat, bats-toi héroïquement, si tu discutes, parle en poète. La vie est courte, mais la trace d'une vie peut être longue. Dans Šćepan le Petit, lisons ces vers inspirés par le sabre et le verbe :

Tout homme naît pour une fois mourir,
honneur et honte vivent à jamais !

                                                           (I, 606-607)



[1] Inat : esprit d’obstination.

[2] Vuk Karadžić : écrivain serbe (1787-1864) qui initia une réforme fondamentale de la langue serbe.


Traduit du serbe par Vladimir André Čejović et Anne Renoue

 

Ce texte est publié en guise de postface de l’ouvrage : Petar II Petrović Njegoš, Le Faux tsar Šćepan le Petit / Лажни цар Шћепан мали, édition bilingue, traduit du serbe par Vladimir André Čejović et Anne Renoue, Editions l’Age d’homme, 2015, p. 381-395

 
> Notes d'une balkanophile

DOSSIER SPÉCIAL : P. P. NJEGOŠ

 

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