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Compte-rendu du livre

Voyslav Yovanovitch : La « Gouzla » de Prosper Mérimée,
étude d'histoire romantique
. Un vol. In-8". – Paris, Hachette, 1911.

par

Louis Leger

 

 

Yovanovitche laguzladeprospe00jova

"La Guzla" de Prosper Mérimée

Paris, Hachette, 1911.
 
 

Tout le monde sait aujourd'hui que la Guzla de Mérimée est une mystification. A l’époque lointaine où il composait ce petit recueil, Mérimée aurait été bien étonné s'il avait pu prévoir que ce léger opuscule (un In-douze de a 275 pages où les blancs l'emportent de beaucoup sur le texte) fournirait un jour la matière d'un énorme in-octavo de près de 560 pages qui donnerait lieu à des discussions savantes devant l'Université de Grenoble et vaudrait à son auteur, un Serbe authentique venu de Belgrade, le titre de docteur. M. Yovanovitch a pris très au sérieux son rôle d'exégète ; non seulement il sait le serbe, ce qui n'étonne pas chez lui et ce qui eût bien étonné chez Mérimée, mais il connaît à merveille l'évolution de la littérature romantique ; l'anglais et l'allemand lui sont également familiers. Il a déversé sur la légère et d'ailleurs très maladroite mystification de son auteur les trésors d'une érudition cosmopolite dont l'œuvre est en quelque sorte accablée. M. Yovanovitch, qui possède si bien ses romantiques, me pardonnera si je lui déclare qu'après avoir lu sa thèse avec le plus grand soin, le crayon à la main, je me suis remémoré cette page délicieuse du Merle blanc (dans les Nouvelles, d'Alfred de Musset) où le docte oiseau décrit l'écuelle de sa mère :

J'en avais compté les rainures, les trous, les bosses, les éclats, les échardes, les clous, les taches, les teintes diverses, les reflets ; j'en montrais le dedans, le dehors, les bords, le fond, les côtés, les plans inclinés, les plans droits, etc.

Disons tout de suite que l'érudition incontestable de M. Yovanovitch n'alourdit en aucune façon un livre conçu suivant les bonnes méthodes françaises et dont – si l'on ignorait le nom de l'auteur – il serait difficile de soupçonner l'origine étrangère.

M. Yovanovitch étudie son sujet ab ovo. Il nous apprend d'abord le rôle qu'avaient joué les Illyriens dans la littérature avant la Guzla, notamment dans l'œuvre de Mme de Staël et de Charles Nodier. Il étudie l'histoire de la ballade populaire avant la Guzla, l'influence d'Ossian, les chants populaires grecs publiés par Fauriel, les chants serbes recueillis par Karadjitch, les sources des diverses ballades de la Guzla qu'il va chercher jusque dans la littérature chinoise et dans les idylles de Théocrite. Un chapitre particulièrement intéressant est celui qui est consacré au vampirisme. L'auteur y montre une connaissance très approfondie d'œuvres littéraires ou dramatiques qui sont aujourd'hui complètement oubliées et qui ont naguère charmé, agité, terrifié nos aïeux.

Dans la dernière partie du volume, l’auteur raconte la fortune de la Guzla en France et à l'étranger. Parmi les crédules qui s'y laissèrent prendre, figurent à deux reprises les rédacteurs du Journal des Savants (années 1827, p. 569. et 1829, p. 125-126) ; en Allemagne, le traducteur Gerhard, sur lequel M. Yovanovich nous offre de curieuses informations, et l'historien Ranke ; en Angleterre, John Bowring, un simple dilettante incapable de lire aucun texte slave dans l'original ; en Russie, Pouchkine ; en Pologne, Chodzko et Mickiewicz. Disons à la décharge de Mickiewicz que si – comme poète, il a traduit en vers le Morlaque à Venise, en le déclarant traduit du serbe, ce qui est plus grave – comme professeur il a dû reconnaître, dans sa leçon du vendredi 19 mars 1841, l'inauthenticité de la Guzla.

Au fond la valeur de ce recueil est bien médiocre, surtout pour ceux qui peuvent savourer la beauté des épopées serbes dans le texte original, et le volume serait depuis longtemps oublié si Mérimée n'avait pas reconnu cet enfant supposé. M. Yovanovitch avoue que c'est un faible ouvrage. Pourtant il y retrouve l'auteur de Carmen et de Colomba : « Peu d'invention, mais un art merveilleux à choisir le détail et à le mettre en valeur ; un style sec et sobre, une brutalité voulue, un récit court et rapide qui ne dit que ce qu'il veut dire ; à tout cela on reconnaît la marque de Mérimée ».

Soit, je veux bien ; mais si Mérimée n'avait jamais avoué, on serait peut-être tout de même un peu embarrassé.

Le volume de M. Yovanovitch eût peut-être gagné à être allégé de certaines digressions qui sont parfois un peu longues ; mais, tel qu'il est, il constitue une œuvre consciencieuse, attachante, et une heureuse contribution à l’histoire du romantisme international.

In Le Journal des savants, Paris, 1911, Volume 9, n° 12 p. 561-563


> Voyslav Yovanovitch : La « Gouzla de Prosper Mérimée »

> Prosper Mérimée : "La Guzla"

 


  

 

« LA GUZLA » DE PROSPER MÉRIMÉE

Etude D’histoire romantique

par

Voyslav M. Yovanovitch