Traductions

À croume
Belgrade - Berlin

Maja Pelević, née à Belgrade en 1981, appartient à la nouvelle génération des écrivaines dramatiques serbes – telles Milena Bogavac, Ana Lasić, Milena Marković ou, encore, Biljana Srbljanović leur aînée de quelques années – qui tentent, non sans succès, de renouveler l’écriture théâtrale sur les plans tant thématique que structurel et scénique. Même si leurs opus démontrent une diversité stylistique, il est possible de repérer, chez les auteures citées, des points communs, surtout dans leurs rapports à la réalité, au spectateur ou encore à la représentation et la production théâtrales de leurs textes, ce qui a incité le théâtrologue Miloš Lazin à les inclure dans un mouvement plus large, dénommé le nouveau drame.

Tout en se référant au « théâtre postdramatique », Maja Pelević rompt avec les pratiques postmodernistes : ainsi, au lieu de considérer la scène comme « un espace de l'edulinaire », elle la transforme, à l’instar de ses consœurs, en « un espace de découverte de notre monde », pour reprendre l’expression de M. Lazin. Son attitude à l’égard de la réalité est toute aussi spécifique : bien que ses pièces aient pour toile de fond un cadre socio-historique concret et précis – le plus souvent la société « en transition » de la Serbie du début du XXIe siècle – son théâtre ne s’efforce pas à représenter le réel, encore moins à le reproduire, mais plutôt à le déconstruire. Sur le plan structurel, Maja Pelević opte pour une forme ouverte de texte dramatique construit comme une sorte de collage, ce qui laisse toute liberté au metteur en scène mais aussi à l’ensemble des autres acteurs de la représentation théâtrale de participer activement, à travers un « jeu qui s’établit entre la structure et le sens », à la recherche de la forme finale de ses pièces.

L’auteur prolifique, engagée par ailleurs dans un projet collectif à Belgrade – « Nova drama » [Nouveau drame], Maja Pelević a déjà écrit une dizaine de pièces dont plusieurs ont été montées en Serbie et dans d’autres pays de l’ex-Yougoslavie, ainsi qu'en Alledulne, Angleterre et Russie, notamment : ESCape, Ler / À croume, Budite Lejdi na jedan dan / Soyez la Lady d’un jour, Beograd - Berlin, Deca u formalinu / Enfants dans le formolPomorandžina kora / Peau d’orange, Ja ili neko drugi / Moi ou quelqu’un d’autre, Možda smo mi Miki Maus / Peut-être sommes-nous des Mickey Mouse, Čudne ljubavi / Amours étranges, Posledice / Conséquences.

Dans cet opus déjà riche et varié une place à part revient à la Peau d’orange, récompensée par le prestigieux prix Sterija pour le meilleur texte dramatique en Serbie pour l’année 2010. Tout en parodiant les revues féminines, en particulier leur prétendue quête de l’identité de la femme dans la société contemporaine, cette pièce met à nu, à travers les procédés de persiflage et un humour caustique, un nombre de clichés de la culture des mass-médias. Conçue, selon l’auteur, comme une sorte de « cabaret intime », Peau d’orange possède également une structure ouverte, fragmentaire, qui ne trouve son sens définitif que lors de sa représentation : un sens qui, selon l’auteur, « balance entre une épopée subjective et une pure construction médiatique ».

Maja Pelević est également co-auteur, avec Milan Marković, d’un projet para-théâtral subversif, sorte de Reality Drama engagé, intitulé Oni žive / Ils existent, qui a fait beaucoup de bruit et a eu une certaine incidence sur les élections municipales à Belgrade en 2012.

Lauréate de plusieurs prix dans le domaine théâtral, Maja Pelević a été membre de la rédaction de la revue Scena (2005-2012) et conseillère littéraire du Théâtre national (2007- 2010). Elle vit à Belgrade où elle a soutenu, en 2012, à la Faculté des arts dramatiques, une thèse de doctorat portant sur « la théorie des arts et des médias ».

A consulter en ligne (en serbe et en anglais) :  http://nova-drama.org.rshttp://www.pozorje.org.rs/scenahttp://www.pozorje.org.rs/scena ; www.youtube.com ;  http://pescanik.net ; http://www.snp.org.rs


Milivoj Srebro