Vinaver Stanislav portrait

 Stanislav Vinaver

 
 
 
 


II


     LE POÈME DU MOIS : DECEMBRE 2017



STANISLAV VINAVER

(1891-1955)

 

 

DEPUIS DES SIECLES LES OISEAUX NOUS HELENT

 

Depuis des siècles les oiseaux nous hèlent
Eclipsant la raison et meurtrissant l’âme,
Sombrement hélas les dieux jubilent
Et mornes murmurent les branches calmes.

Les oiseaux voudraient en une seule conjuration
                                                      lier, tresser, assembler :
Toutes les ailes, tous les poèmes, toutes les aubes
                                                      et toutes les couleurs...

D’un vol à l’autre
D’une quêté à l’autre
Ils ne craignent rien hormis nous deux
Ils ne peuvent nous voir ni nous entendre
C’est contre nous que les dieux brutaux
Tissent et forgent leurs complots...

Ils haïssent de l’esprit les délices,
Des sages oiseaux le chant, la malice.

Traduit du serbe par Boris Lazić

 

СТАНИСЛАВ ВИНАВЕР

ВЕКОВИМА ТИЦЕ НАС КЛИКУЈУ


Вековима тице нас кликују

Да ум се помрачи, да душа свисне
Али богови тамно ликују
И суморно гране шуморе лисне.

У једну би заверу тице да вежу, да сплету и споје:
Сва крила, све песме, све зоре и све боје…

Од лета тичијег до лета
Од света ичијег до света
Нас двога само се боје
Не могу да нас виде и чују
Против нас завере своје
Богови груби плету и кују…

Мрзак им дух и духа сласт
И тица мудрих распевана страст.

 

In : Миодраг Павловић, Антологија
српског песништва
, СКЗ, Београд, 1990.


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Jefimija_2

 

LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.