SERBICA 
N 22   
 СЕРБИКА
                        Revue électronique
ISSN 2268-3445 N° 22 / mars 2018                





N 22

Dossier spécial

LES  LIVRES  QUI  CHERCHENT UN  EDITEUR (I)

Livres de :

Milorad Pavić, Živojin Pavlović, 
Jovan Radulović
, Rade Drainac,
Mileta Prodanović, Sonja Atanasijević

&
Dix Chants épiques

Il y a des éditeurs qui cherchent des livres pour en faire des "bestsellers" et pour... remplir leurs caisses. Mais, fort heureusement, il y en est d'autres, qui ne ménagent pas leurs efforts dans leur quête de véritables découvertes − de "bijoux littéraires" ! − pour les offrir à des lecteurs passionnés et au goût raffiné. Ces "bijoux" se cachent souvent dans des littératures dites "mineures" qui évoluent en marge, loin de la scène médiatique occidentale. Et ils cherchent, parfois désespérément, un éditeur...  

Ces livres − restés dans l'ombre des "romans à succès" qui attirent l'attention des éditeurs étrangers − existent aussi dans la littérature serbe et cherchent naturellement un éditeur pour sortir de leur pesant anonymat. C'est la raison pour laquelle Serbica a décidé de jouer un rôle d'intermédiaire, de "passeur", afin de tenter de mettre en contact ceux qui se cherchent mutuellement, de faciliter leur rencontre…

Dans ses deux numéros – celui-ci et le suivant qui paraîtra cet été – Serbica proposera aux éditeurs français une quinzaine de livres d'auteurs serbes, traduits par des traducteurs chevronnés mais aussi par de jeunes collègues dont le talent est un gage sûr de l’avenir.

                                                                                              Milivoj Srebro et l’Equipe de Serbica

♦ SOMMAIRE ♦

*


AUTEURS – LIVRES – TRADUCTEURS

1.

MILORAD PAVIĆ

L’Autre corps / Drugo telo
roman, 2006
Pour toujours et un jour de plus
/ Zauvek i dan više
pièce dramatique, 1993
traductrice : Maria Bejanovska

2.

DIX CHANTS POPULAIRES SERBES

traducteurs :
Vladimir André Cejovic et Anne Renoue

Traduction du Mariage de Maksim Crnojević

3.

ŽIVOJIN PAVLOVIĆ

Le Cimetière tsigane / Cigansko groblje
nouvelles, 1972
  traducteur :
Alain Cappon

4.

JOVAN RADULOVIĆ

Six jours de tempête / Od Ognjene do Blage Marije
roman, 2008
traducteur : Alain Cappon

5.

RADE DRAINAC

Poèmes choisis
(1920-1940)
traducteur : Boris Lazić

6.

MILETA PRODANOVIĆ

 Jardin à Venise / Vrt u Veneciji
roman, 2002
traductrice :
Chloé Billon

7.

SONJA ATANASIJEVIĆ

La Tristesse ailée / Krilata tuga
nouvelles, 2005
traducteur : Alain Cappon

*

1. MILORAD PAVIĆ
L’Autre corps / Drugo telo
Pour toujours et un jour de plus / Zauvek i dan više
traduction : Maria Bejanovska

A la recherche du secret des secrets
L’Autre corps /
Drugo telo
roman, 2008
par Maria Bejanovska

Si le Dictionnaire khazar a été le meilleur livre de Pavić au XXe siècle, L’Autre corps est son meilleur livre au XXIe siècle. Une fois de plus, et  la dernière, car Pavić nous a quittés voici plusieurs années, cet extraordinaire tisserand nous plonge dans un filet magique. Il n’y a que lui pour avoir l’audace de s’approcher du mystère théologique de l’existence d’un autre corps.

« Il faut lire ce livre à l’aube, au moment où la nuit et le jour, le rêve et la réalité, se croisent afin de chasser toute dualité en nous. Notre lutte intérieure pour éloigner la fin du corps présent est erronée. La bonne solution c’est l’autre corps. Car, si l’âme et le corps vieillissent, l’esprit reste intacte, éternellement jeune dans l’autre corps », a dit Dragan Simeunović lors de la promotion de ce dernier roman de Pavić au Théâtre National de Belgrade, en 2008.

L’Autre corps est à la fois un conte, un roman d’amour et un triller diabolique dont les personnages, y compris l’auteur, sont à la recherche du secret des secrets.    

A lire :
> des extraits de l'Autre corps
<

*

Une histoire d’amour à neuf combinaisons
Pour toujours et un jour de plus /
Zauvek i dan više
pièce dramatique, 1993
présentation de l’auteur

[…] De même que le menu est habituellement composé de plusieurs hors d’œuvres, d’un ou de plusieurs plats principaux et d’un choix de desserts pour finir, afin que le client compose son repas selon son goût, de même ma pièce Pour toujours et un jour de plus se présente comme « un menu de théâtre ».

A cet effet, je propose la structure de menu théâtral suivante : 3+1+3 (trois « hors d’œuvre » interchangeables, un « plat principal » et trois « desserts » interchangeables pour la fin). Le spectateur, le metteur en scène ou le directeur du théâtre peuvent, donc, choisir n’importe laquelle des trois premières parties de la pièce et n’importe laquelle des trois fins. […]

Ainsi, si on prend en compte toutes les possibilités, l’histoire d’amour de Petkoutine et Kalina pourrait avoir neuf combinaisons et les spectateurs pourraient assister à neuf représentations différentes selon le texte et la mise en scène. […]  > Texte intégral <

A lire :
 > un extrait de la pièce <

Voir aussi :
Zvezdani plašt / Le Manteau d'étoiles (2000)
Pozorište od hartije / Le Théâtre en papier (2007)

2. DIX CHANTS POPULAIRES SERBES
Choix, présentation et traduction :
Vladimir André Cejovic et Anne Renoue

Une poésie authentique où rayonne l'âme collective d'un peuple
par Vladimir André Cejovic et Anne Renoue

Ce livre offre, comme le précise son titre, un choix de dix chants populaires serbes traduits à partir des textes réunis par le linguiste serbe Vuk Karadžić au XIXe siècle et qu'il a, comme il le disait, recueillis « de la bouche même du peuple », auprès d'aèdes qui les ont collectés à partir de récits oraux circulant de village en village, souvent colportés par des voyageurs, des mendiants ou des aveugles qui payaient ainsi l'hospitalité ou l'aumône qu'ils recevaient. La plupart accompagnaient leur récit du son de la guzla, un instrument ne possédant qu'une seule corde faite de crin de cheval enduit de résine de pin sur laquelle le joueur fait glisser son archer et qui produit un son sourd et mélancolique soutenant le récit en vers de dix syllabes.

Quand le recueil de M. Karadžić parut en 1814, il fut l'objet d'un très vif intérêt dans les pays européens : en Allemagne d'abord, où Goethe célébra ces chants comme étant, à sa connaissance, les plus beaux chants populaires, puis en Angleterre, et en France auprès des plus grands écrivains et poètes tels Nodier, Mérimée, Lamartine ou Nerval. A une époque où se manifestaient une curiosité et un goût nouveau pour l'Orient, ils révélaient dans leur extrême simplicité et fraicheur la réalité d'un peuple mal  connu où, comme le dit leur traducteur français Auguste Dozon : « Le poète chante presque comme un oiseau sans le savoir, et où l'homme de lettres n'existe pas encore. »

C'est cette poésie primitive authentique où rayonne l'âme collective d'un peuple, que les traducteurs désirent faire redécouvrir aux lecteurs français du XXIe siècle, conscients qu'elle représente la source de l'esprit et de la culture de ce pays comme le furent en Grèce les premiers chants homériques.

Ce choix comprend les chants suivants : Le mariage de Maksim Crnojević, L'épouse de Hasan Aga, Gavran et Limo chefs des haïdouks, La femme de haïdouk Vukosav, Le ban Strahinja, La captivité de Janković Stojan, La mort d'Omer et Merima, Marko Kraljević et la vila, Les noces de Marko Kraljević, La mort de Marko Kraljević.

*

Cantatur ad narandum : Les Noces de Maxime Tzèrnoïevitch
par Auguste Dozon
In Epopée serbe, 1888

Ailleurs déjà [dans son livre : Chansons populaires bulgares, 1875], en comparant la poésie populaire des Serbes à celle des Grecs et des Bulgares, je disais : « Les Serbes ont reçu en partage la faculté épique, eux seuls savent bâtir et ordonner un récit régulier qui, prenant le fait à son origine, le déroule jusqu’à la péripétie finale, avec le ton sérieux, la profondeur de sentiment et l’ampleur de développements qui constituent une œuvre d’art. »

Prenez, par exemple, le poème des Noces de Maxime. Un homme a pris, par vanité, un engagement qu’il se trouve ensuite hors d’état de tenir. Il a recours à la fraude pour faire honneur, en apparence, à sa promesse ; mais cette fraude le mène à une situation en opposition avec les coutumes du pays, et de là aboutit à une catastrophe ; cette catastrophe, on la pressent dès le début, sans en pouvoir deviner la nature, et à chacun des principaux incidents, l’appréhension augmente. On pourrait faire une analyse semblable de Roçanda la fière, et de bien d’autres chants. On y trouverait, dans la narration, la même habileté, purement instinctive, et d’autant plus remarquable, de construction ; c’en est, comme on dit aujourd’hui, la qualité maîtresse. La pesma serbe est, en général, un modèle de récit : cantatur (pour varier le mot connu) ad narandum. Voir > la présentation du poème faite par Dozon <

A lire :
> Le mariage de Maksim Crnojević <

3.  ŽIVOJIN PAVLOVIĆ
Le Cimetière tsigane / Cigansko groblje
traduction : Alain Cappon 

Un singulier écrivain-cinéaste : Živojin Pavlović (1933-1998)
par Alain Cappon

Dans l’histoire de la littérature serbe, Živojin Pavlović occupe une place singulière puisqu’il a exercé ses talents dans deux registres au demeurant fort différents : l’écriture et le cinéma qui resteront tout au long de la vie de ce singulier écrivain-cinéaste – aujourd’hui considéré comme l’un des principaux instigateurs de la vague noire dans les lettres et le cinéma yougoslaves – deux passions parallèles mais aussi complémentaires. La meilleure preuve en est peut-être son attitude critique et sans complaisance à l’égard de la société yougoslave qui a souvent suscité des réactions négatives allant même jusqu’à la mise à l’index de l’auteur. […]

Ce sont évidemment les romans et les recueils de nouvelles qui constituent le noyau central de son œuvre littéraire abondante et polymorphe. Parmi ces ouvrages de prose – qui rencontrèrent un beau succès auprès du public – il convient de citer en particulier les deux recueils de nouvelles La Rivière sinueuse, 1963, Le Cimetière tsigane, 1972 ainsi que ses romans les plus connus : Des Poupées sur un tas de fumier, 1965, La Puanteur du corps, 1982, Le Mur de la mort, 1985. […]

Pour ce qui est de la réception de son œuvre en France, le bilan est beaucoup plus modeste : en effet, si le cinéaste Živojin Pavlović est (relativement) connu chez nous, l’écrivain est, lui, totalement inconnu puisque de ses 32 (trente-deux !) livres, aucun n’est à ce jour disponible en traduction française ! > Texte intégral <

*

La vie qui se raconte ou l’esthétique du laid
Le Cimetière tsigane / Cigansko groblje
nouvelles, 1972
par Milivoj Srebro

Le monde que Pavlović dépeint dans ses nouvelles est celui des marginaux et des originaux de la Serbie orientale, des laissés-pour-compte dont la « petite » existence s’écoule loin des courants de la civilisation et de l’histoire. Mais, par là-même, leur existence devient à bien des égards paradigmatique. Car tant l’histoire que la civilisation et l’idéologie ne révèlent qu’à la frange le visage qui est vraiment le leur. Là où la mesure de toute chose est la vie. Là où le mot guerre s’entend au sens d’assassinat de son prochain, où histoire est un champ de bataille permanent, où l’idéologie officielle est celle que sous-entend le dicton « La vache du voisin ?...  Qu’elle crève ! »  Tenant donc la position de ces marginaux pour celle de pions et, a priori, de perdants dans un jeu auquel d’autres se livrent, Pavlović s’efforce de manière, certes, implicite et par le truchement de l’art de la narration, de révéler, de démystifier ce jeu. Un  jeu cruel qui se nomme l’histoire et l’idéologie. [...] > Texte intégral <

A lire :
 >
Trois nouvelles - Question, Zeiss-icon, Carrousel <

4. JOVAN RADULOVIĆ
Six jours de tempête / Od Ognjene do Blage Marije
traduction : Alain Cappon
Lors de la préparation de ce numéro, nous avons appris la triste nouvelle annonçant le décès de Jovan Radulović, le 07 mars 2018.  La plus noble manière de rendre hommage à ce maître conteur, humble et généreux, serait la publication, chez un éditeur français, de l’un de ces meilleurs livres (présenté ci-dessous), ce qu’il a souhaité de son vivant. Espérons que son souhait sera cette fois exaucé.

 

Un interprète lucide du destin historique de la Krajina :
Jovan Radulović (1951-2018)
par Milivoj Srebro

Originaire de Croatie, nouvelliste, romancier et dramaturge, Jovan Radulović est aujourd’hui considéré comme l’héritier contemporain de Simo Matavulj et Vladan Desnica ; un héritier à l’esprit rénovateur qui est parvenu à créer un univers littéraire fort singulier. Cet univers, à la fois réel et imaginaire, est précisément situé sur le plan géographique : la Krajina, pays natal de l’auteur, attachée à la Croatie après la guerre civile yougoslave. Viscéralement lié à cette région et à son identité culturelle, Jovan Radulović se fera l’interprète, parfois nostalgique mais toujours lucide et impartial, du destin historique de sa population serbe dont il est issu. Afin de mieux saisir les racines du mal qui a façonné ce destin particulier, l’écrivain entreprend une relecture du passé et plonge dans l’histoire turbulente de la Krajina : une histoire volcanique, semée de conflits ethniques et religieux, qui a engendré la haine entre les Serbes et les Croates de cette région, une haine souvent irrationnelle, vrai détonateur des tous les malheurs, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. […] > Texte intégral <

*

Un roman polyphonique sur une détresse collective
Six jours de tempête / Od Ognjene do Blage Marije,
roman, 2008

par Alain Cappon

Jovan Radulović relate un épisode étrangement mal connu, voire… ignoré de la guerre serbo-croate : l’opération dite Oluja, la tempête, la reconquête en août 1995, par l’armée croate, de la Krajina, la région de Knin à la population majoritairement serbe qui avait fait sécession d’avec la Croatie. […]

L’opération Oluja, son déroulement, sont présentés au début de chaque chapitre dans une sorte d’introduction, de préambule fait de phrases courtes…, sans pathos ni commentaires. Car ce sont moins les événements qui intéressent l’auteur que le ressenti de ses personnages : lancés dans un exode qu’ils savent sans retour vers la Bosnie et la Serbie, les principaux « acteurs », en alternance ou presque, prennent la parole de chapitre en chapitre dans ce roman polyphonique, chacun réagissant selon son tempérament. […]

Le moine Nikodim… sur son âne est lui aussi de cet exode et s’interroge sur la nature humaine, la cupidité et la sécheresse de cœur de certains qui, profitant de la détresse de pauvres hères qui ont tout perdu, leur vendent de l’eau à un prix exorbitant. « Il est dans notre sang de redresser ce qui est à l’abandon et en cendres », pense-t-il par ailleurs, « de rêver de nos anciens monastères et de prier Dieu qu’Il fasse que nous revenions un jour sur leurs fondations ». […] > Texte intégral <

A lire :
> un extrait du Six jours de tempête <

5.   RADE DRAINAC
Poèmes choisis
Choix, traduction et présentation : Boris Lazić

Poète des avant-gardes et du paysage moderne urbain :
Rade Drainac (1899-1943)

Poète des avant-gardes et créateur du mouvement poétique intuitif nommé « Hypnisme », première ébauche du surréalisme de l’école de Belgrade, Rade Drainac rompt tôt avec la tradition et la « métrique mécanique » du vers régulier et, sur les traces des mouvements futuriste et d’avant-gardes, développe une poésie du reportage, de récits d’aventures au souffle long, au vers narratif, descriptif, riche en prosaïsmes et en langage de la rue. […]

En 1922, Drainac crée sa propre revue, Hypnos, à laquelle participeront les plus grands noms des avant-gardes serbes : Stanislav Vinaver, Rastko Petrović, Ljubomir Micić, Miloš Crnjanski, etc. Rédacteur en chef d'un journal littéraire, critique d'art et critique dramatique, il est aussi l’auteur de chroniques et de récits de voyage. […]

Dans ses œuvres maîtresses – Voz odlazi  [Le Train s’en va, 1923] ; Bandit ili pesnik [Bandit ou Poète, 1928]; Banket [Le Banquet, 1930] – il s’affirme comme poète du paysage moderne, citadin et en fait un système d’étude subversive du monde bourgeois. Il emploie la métonymie, la métaphore, les contrastes, l’ironie et l’humour noir. La poésie est dès lors pour lui l’expression du subconscient d’antihéros avides d’extases. […] > Texte intégral <

* 

L’œuvre d’un poète scandalisé : une bombe qui explose en plein square
Poèmes choisi
s (1920-1940)

Poète sensuel et intuitif, jamais intellectuel, rarement didactique, Rade Drainac a créé une œuvre poétique riche en argotisme, images, comparaisons et métaphores issues du monde urbain et industriel, des cercles mondains aussi bien que des taudis – qui auront sa préférence. La rime chez lui n’est plus qu’occasionnelle et apparait en fin de strophe à la manière d’un refrain. La thématique est celle du récit de voyage, de la confession sentimentale doublée de digressions polémiques diverses et variées, touchant aussi bien les questions de poétique que de politique. Le poète méprise les conventions sociales comme il défait la versification régulière : il exprime le chaos de l’après-guerre et l’aspiration au renouveau par une rupture radicale avec la tradition littéraire et les valeurs qu’elle véhicule. Drainac joue un rôle et il est certes, un poseur, mais c’est un maître du grotesque : car, s’il se moque du bourgeois, il ne se raille pas moins de sa propre personne. Son anarchisme (individualisme outrancier doublé d’un sentiment de fraternité universelle) n’est pas dénué d’un certain narcissisme enfantin. Sa poésie, qui a dès lors pour but déclaré de faire scandale, est l’œuvre d’un poète scandalisé : une bombe qui explose en plein square.

A lire :
> un choix de poèmes <

6. ♦ MILETA PRODANOVIĆ
Jardin à Venise / Vrt u Veneciji
traduction et présentation : Chloé Billon

Un écrivain prolixe et érudit : Mileta Prodanović (1959)

Auteur d’une œuvre abondante et variée, Mileta Prodanović a débuté sa carrière d’écrivain en 1983. Il a depuis publié de nombreux romans, des nouvelles, un carnet de voyages, un recueil de poésie ainsi qu’un recueil d’essais sur les effets des récentes politiques d’urbanisme. Sans être à proprement parler un auteur engagé, il porte dans son œuvre un regard critique sur la société serbe, la classe politique (de quelque bord qu’elle soit) et la corruption décuplée par la transition postcommuniste mais aussi, avec une ironie non dénuée de tendresse, sur la mentalité et les petits travers de ses compatriotes. […]

Lauréat de plusieurs prix importants en Serbie, Mileta Prodanović a aussi attiré l’attention des traducteurs et des éditeurs à l’étranger : il est traduit notamment en anglais, allemand, espagnol, polonais, bulgare et hongrois. Un de ses romans est également publié en France dans la traduction de Chloé Billon : Ça pourrait bien être votre jour de chance, Intervalles, Paris, 2014. […] > Texte intégral <

* 

Un chant d'amour à une ville tantôt mythifiée tantôt déchue
Jardin à Venise / Vrt u Veneciji
roman, 2002

Que le neuvième roman de Mileta Prodanović, Jardin à Venise, ait reçu le prix de la ville de Belgrade pour le meilleur livre de l'année 2002 n'est guère étonnant. En effet, malgré son titre et malgré le fait qu'une partie du roman se déroule à Venise pendant la Biennale, c'est bien Belgrade qui est au cœur du texte et qui transparaît derrière les personnages, tour à tour mythique et torturée. […]

Empreint d'une profonde mélancolie, Jardin à Venise est le récit de la perte des illusions d'une génération et du désenchantement d'un monde qui va bien au-delà de l'effondrement de l'ex-Yougoslavie : certaines scènes de la troisième partie, qui se déroule à Venise, peuvent notamment rappeler le film La grande bellezza, qui évoque la vacuité et l'élégant désespoir des intellectuels aisés de Rome. Cependant, c'est toujours le même paradis perdu qui réapparaît, malgré les efforts conscients du narrateur pour ne pas l'idéaliser : le Belgrade des années quatre-vingt, chant du cygne de la Yougoslavie socialiste version sex, drugs and rock'n'roll. En filigrane des histoires d'amour, d'espoirs gâchés et de déchéance des différents protagonistes, Jardin à Venise apparaît donc avant tout comme un chant d'amour à une ville au statut ambigu, tantôt mythifiée tantôt déchue, et à laquelle le narrateur s'accroche envers et contre tout. […] > Texte intégral <

A lire :
> un extrait du Jardin à Venise <

7.  SONJA ATANASIJEVIĆ 
 La Tristesse ailée / Krilata tuga
Traduction et présentation : Alain Cappon

Une des principales représentantes de « l’écriture féminine » serbe :
Sonja
Atanasijević (1962)

Romancière, nouvelliste et essayiste, Sonja Atanasijević est présente sur la scène littéraire serbe depuis la seconde moitié des années 90. Les thèmes qu’elle aborde sont le plus souvent liés aux problèmes auxquels est confronté l’homme – et surtout la femme contemporain(e). Appréciée par le public, elle est aussi lauréate de plusieurs prix importants.

Sonja Atanasijević a publié jusqu’à présent les romans suivants : Oni su ostali [Ils sont restés, 1995] ; Crveni krug [Le Cercle rouge, 1997, réédité en 2007] ; Bekstvo iz akvarijuma [Fuite de l’aquarium, 2003, réédité en 2005 ; prix Zlatni hit liber, retenu en dernière sélection pour le prix NIN] ; Narandže za Božanu [Des Oranges pour Božana, 2004, réédité en 2005 ; prix Zlatni hit liber] ; Ko je ubio Alfija ? [Qui a tué Alfi ?, 2009] ; Vazdušni ljudi [Les Hommes aériens, 2013, réédité en 2014 ; prix Branko Ćopić décerné par l’Académie des sciences et des arts, retenu en dernière sélection pour le prix NIN]. 

Une place à part dans son opus revient à son recueil de nouvelles Krilata tuga [La Tristesse ailée, 2005]. Tout aussi habile dans la maîtrise des procédés qui caractérisent les formes narratives courtes que ceux qui sont propre au roman, Sonja Atanasijević porte, dans ce recueil, un regard lucide, empreinte de mélancolie et d’humour, sur le monde qui l’entoure sans hésiter à recourir au fantastique ou à la satire.

A lire :
>
« Mon C.V » <

Revue éditée avec le soutien de :
Université Bordeaux Montaigne
MSHA
EA 4593 CLARE
Ministère de la culture de la République de Serbie

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