SERBICA ♦ Revue électronique ♦ N° 26 / octobre 2019

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Hadzic portrait

Ibrahim Hadžić
 
 
 
 


II


LE POÈME DU MOIS : mars 2015

 

 
 

IBRAHIM HADŽIĆ
(1944)

 

 

UN CHEVEU

 

L’écrivain russe, le spécialiste du goulag,
Nous a conté, à l’occasion et sous forme d’éternelle invective,
Cette histoire sur le mal :

Les bagnards de la Kolyma
Qui chargeaient les bateaux
De troncs de cèdres sibériens
(destinés à l’exportation)
Laissaient parfois
Entre les rondins une main coupée
Afin d’envoyer un message à leur propos.

Ceux qui déchargeaient les bateaux
N’ont, à ce que l’on sache, rien entreprit.
Ils se tenaient, là, confus,
Comme de véritables ignares et
S’étonnaient de cette nouvelle espèce d’arbres
Où poussent des mains.

Il y a peu ma femme
A acheté dans un magasin oriental
Des housses en coton
Pour le fauteuil et le divan.

Depuis, affalé dans ma chaise,
Mes doigts sans cesse
Extraient du tissu de petites pelures marron
(capsules de coton semblables aux ailes des coccinelles),
Mais je découvre aussi, assez souvent,
De longs cheveux de femme
Aussi noirs et durs qu’une ligne de canne à pêche.

Je les dévide, pendant des heures, ainsi entremêlés
A la trame ou au fond.
Ces cheveux revêtent-il un sens quelconque
A mes yeux ?
Aucun,
Sinon que cette tisseuse avait des cheveux épais,
                                                            de jais, merveilleux.

Mais pourquoi au début de ce poème-remarque
Parlé-je de l’écrivain russe,
Martyre des camps soviétiques ?

                                                                             2008.

           Traduit du serbe par Boris Lazić
 
 

ИБРАХИМ  ХАЏИЋ


ВЛАС

Једном нам је, као опомену за свагда,
Руски писац логоролог
Испричао причу о злу:

Робијаши са Колиме
Који су на бродове
Товарили трупце сибирских кедрова
(који су били намењени извозу у свет),
Између балвана
Ставили би покаткад одсечену руку
Да пошаљу о себи поруку.

А они који су утоварали бродове
Нису ништа, као што знамо, предузели.
Стајали су збуњено
Као праве незналице и
Чудили се новој врсти дрвећа
На којем расту руке.

А моја жена
Недавно купила је прекриваче од памука
За кауч и фотељу
У Оријент шопу.

Док седим удобно у столици
Моји прсти непрестано
Извлаче из ткања браонкасте љуспице
(памукове чаурице попут бубамариних крила),
Али и неретко напипам црну, тврду, као струна за пецање,
Са главе дугачку женску влас.

Сатима је извлачим испреплетену
Из основе или потке.
А шта у суштини
Мени та влас значи?
Ништа,
Осим да је та ткаља имала дивну, јаку црну косу.

А зашто на почетку ове песме-записа
Помињем руског писца,
Мученика из совјетских логора?

                                                                                  2008.

 
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