Crnjanski 1914

 
 


II


   LE POÈME DU MOIS : NOVEMBRE  2018



MILOŠ CRNJANSKI

(1893-1977)



HYMNE

 

Nous n'avons rien. Ni Dieu ni maître.
Le sang est notre Dieu.

Il y eu tempêtes de neiges sur les monts,
Forêts, montagnes et roches ont disparu.
Il n'y eut pour nous ni mère ni demeure,
Migrait notre sang.

Nous n'avons rien.
Ni Dieu ni maître.
Le sang est notre Dieu.

Fleurissent montagnes et cimetières,
Les vents ont dispersé les aubes par les gorges ;
Il n'y a pour nous ni mère ni demeure,
Ni répits, ni enfants.
Reste le sang.

Oh !
Il est notre fierté terrible.

 

Traduit du serbe par Boris Lazić

 

МИЛОШ ЦРЊАНСКИ


ХИМНА


Немамо ничег. Ни Бога ни господара.
Наш Бог је крв.

Завејаше горе мећаве снега,
Несташе шуме, брда и стене.
Ни мајке, ни дома не имадосмо,
селисмо нашу крв.

Немамо ничег.
Ни Бога ни господара.
Наш Бог је крв.

Расцветаше се гробља и планине,
расуше ветри зоре по урвинама;
ни мајке, ни дома, за нас нема,
ни станка, ни деце.
Оста нам једино крв.

Ој.
Она је наш страшан понос.

 

In : Лирика Итаке [La Lyrique d’Ithaque, 1919]

 

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LAZA KOSTIĆ
(1841-1910)

PARMI LE REVE ET LE REVEIL

O mon cœur abandonné,

qui t’appela devant mon seuil ?

fileuse de rêves sans fin

toi qui files des fils tant fins

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur encor fou,

que fais-tu de fils pareils ?

telle la fileuse tranquille*,

ce que jour file, nuit effile,

parmi le rêve et le réveil.

O mon cœur courroucé,

évite-moi ce dur écueil !

car alors comment se fait-il

que je te perds dans tous ces fils

parmi le rêve et le réveil !

*    En original : Pletilja stara, Fileuse ancienne. Le poète fait allusion à Pénélope. [N.d.T.]

                                                            Traduit du serbe par Kolja Mićević

In Les Saluts slaves, Editions « Kolja Mićević », Paris-Belleville, 2002, p. 80.