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Si je savais fièrement me dresser [Кад бих знао да бих се поносно држао]
Si je savais fièrement me dresser Au tribunal et au pénitencier : Je flamboierais, brûlerais, tout endurerais, De mes membres nus à tout je résisterais !
Si je savais repousser la table sous mes pieds, Moi-même la corde au cou me passer, De l’éternité mon âme se saisirait Et mon bourreau après moi pleurerait !
Mais j’ai peur de me mettre à supplier À pleurer, à m’agenouiller, et tout trahir Pour ma simple vie épargner À cracher sur tout, à tout consentir !
[Косово поље]
Ils me volent ma mémoire, Sabrent mon passé, M’arrachent les siècles, De mes églises font des mosquées, Saccagent mon alphabet, Fracassent mes tombes, Déterrent mes fondations, Démembrent mon berceau.
Où errer avec les Visoki Dečani ? Où ériger le Patriarcat de Peć[1]?
Ils me prennent Ce qu’à personne je n’ai pris, Mes laures et mes cités, Je ne sais plus ce qui est mien, Ni où sont mes frontières, Mon peuple est en fermage et dispersé, Ils brûlent mes titres de propriété Et effacent ma dignité.
Dois-je à nouveau enterrer les Saints-Archanges[2] ? À nouveau voir Ljeviška en minaret ?
Mon nerf optique ils l’ont altéré depuis longtemps, Maintenant ils m’arrachent mon bâton blanc, La plaine du sacrifice à l’herbe ensanglantée, Je n’ose même dire qu’elle est mienne. Ils m’empêchent d’entrer dans ma maison, Ils disent que je l’ai vendue, La terre que du ciel j’ai reçue Quelqu’un la leur a promise.
Celui qui leur a promis Celui-là leur a menti, Pourquoi ne leur a-t-il promis Ce qui est à lui ? C’est pourquoi sur moi ils s’élancent en meute Furieux que je vois à travers eux. (1987)
[Бодеж]
Selon une célèbre légende Dans le Nord lointain Les chasseurs de loups Font tremper dans du sang frais Un poignard à double tranchant, Enfoncent le manche dans la glace Et le laissent ainsi dans le désert de neige.
Le loup affamé De très loin flaire le sang Surtout dans l’air vif et transparent Sous les hautes étoiles glacées Rapidement trouve l’appât sanglant.
Léchant la sanglante sanie Il s’entaille la langue, Et son propre sang chaud Lape sur la froide lame.
Il ne sait s’arrêter Jusqu’à s’écrouler De son propre sang gavé.
Si tels sont les loups Qui sont les plus durs à chasser Comment sont alors les hommes Et même les peuples entiers Et le nôtre en particulier Qui de son propre sang Ne sait se rassasier Et plutôt disparaîtra Que de s’aviser Que le sanglant poignard Restera L’unique Monument Avec la croix Au-dessus de nous. (1989) [1] Le monastère de Visoki Dečani et le Patriarcat de Peć sont des monuments médiévaux serbes qui sont inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en danger. Sur cette liste établie par l’UNESCO figurent également deux autres sanctuaires serbes du Moyen Âge : le monastère de Gračanica et l’église de la Vierge de Ljeviša. [2] Allusion à un évènement qui a eu lieu en 1615 quand le monastère serbe moyenâgeux des Saints-Archanges fut rasé au sol et son matériau réutilisé pour la construction de la mosquée de Sinan Pacha à Prizren.
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