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Six jours de tempête
A lire :
Un extrait de ce livre

  

 

Originaire de Croatie, nouvelliste, romancier et dramaturge, Jovan Radulović est aujourd’hui considéré comme l’héritier contemporain de Simo Matavulj et Vladan Desnica ;  un héritier à l’esprit rénovateur qui est parvenu à créer un univers littéraire fort singulier. Cet univers, à la fois réel et imaginaire, est précisément situé sur le plan géographique dans ses recueils de nouvelles : Ilinštak, 1978 ; Golubnjača [Le Pigeonnier, 1980] ; Dalje od oltara [Plus loin de l’autel, 1988], Idealan  plac [La place idéale, 2000], Sumnjiva sahrana [Un enterrement suspect, 2012] et dans ses romans : Braća po materi [Les Frères du côté maternel, 1986], Prošao život [La vie s’est écoulée, 1997] et Od Ognjene do Blage Marije [Six jours de tempête, 2008].

La Krajina, pays natal de l’auteur, est cette région frontalière dont l’histoire dramatique, aussi bien l’ancienne que la récente, a laissé de profondes cicatrices dans la psychologie, la mentalité et la mémoire collective de ses habitants. Viscéralement lié à cette région séismique et fortement attaché à l’identité culturelle de la diaspora serbe dont il est issu, Jovan Radulović s’est fait, dans un premier temps, le chroniqueur et le peintre de la vie quotidienne de cette diaspora. Ses récits « volés de la vie » dépeignent – sans complaisance, avec un humour mordant qui se transforme parfois en une ironie aiguë – un monde haut en couleurs locales, confronté à une réalité rude, traumatisé par un passé douloureux et cloîtré dans sa tradition folklorique et spirituelle.

Plus tard Jovan Radulović se fera également l’interprète, parfois nostalgique mais toujours lucide et impartial, du destin historique de cette même diaspora serbe. Afin de mieux saisir les racines du mal qui a façonné ce destin particulier, l’écrivain entreprend une relecture du passé et plonge dans l’histoire turbulente de la Krajina. C’est cette histoire volcanique, semée de conflits ethniques et religieux, qui a engendré la haine entre les Serbes et les Croates de cette région ; une haine souvent irrationnelle, vrai détonateur des tous les malheurs, ceux d’hier comme ceux d’aujourd’hui. Cette recherche de la vérité à travers la relecture du passé ne s’est pas faite toujours sans risques, surtout à l’époque communiste : pour avoir évoqué dans l’un de ses livres (Golubnjača) le génocide des Serbes commis par les Oustachis, l’écrivain a fait l’objet d’attaques très virulentes de la part du régime communiste de l’époque.

Parmi les romans de Radulović, la place d’honneur revient sans conteste à Six Jours de tempête : comme ses ouvrages précédents, celui-ci est également consacré aux Serbes de Krajina, mais cette fois à leur destin émouvant et tragique qui prit un accent biblique lors de leur exode collectif en 1995 alors que la guerre civile croato-serbe touchait à sa fin. Plus précisément, c’est cet exode qui se trouve au cœur du roman, raconté par les protagonistes eux-mêmes, ce qui à la fois accentue l’impression de la véracité de la fiction romanesque et donne plus de profondeur encore à un drame humain collectif longtemps occulté et peu connu en Occident.

Jovan Radulović est, par ailleurs, l’auteur de trois pièces théâtrales – Golubnjača (1982), Učitelj Dositej (Obradović) [Le maître Dositej (Obradović), 1990], Bora (Stanković) pod okupacijom [Bora (Stanković) sous l’occupation, 2006] – et d’une dizaine de drames radiophoniques ainsi que des plusieurs scénarios pour le cinéma et la télévision. Parmi ceux-ci, il faut citer en particulier les adaptations de son roman Les Frères du côté maternel qui, tournées en 1988, donnèrent lieu à un film et une série télévisée éponymes.

Lauréat des prix littéraires les plus prestigieux en Serbie – parmi lesquels ceux qui portent les noms des grands conteurs tels Ivo Andrić, Bora Stanković, Petar Kočić, Branko Ćopić – Radulović a également attiré l’attention des traducteurs étrangers : jusqu’à présent, ses récits ont été traduits en anglais, russe, italien, suédois, hongrois, allemand, ukrainien et macédonien. Une de ses nouvelles – « Le jeu du faux Aliocha » – est aussi traduite en français et incluse dans l’Anthologie de la nouvelle serbe, Gaïa éditions, 2003.

Il est à noter enfin que, parallèlement à sa féconde carrière d’écrivain, Jovan Radulović a exercé plusieurs autres activités : après une courte carrière de professeur dans un lycée belgradois, il a exercé la fonction de rédacteur dans la maison d’édition BIGZ avant d’être nommé directeur de la Bibliothèque municipale de Belgrade.

Milivoj Srebro