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LA LITTÉRATURE SERBE DANS LA PRESSE FRANÇAISE
À L’ÉPOQUE DE L’ENTRE-DEUX-GUERRES

par

Jelena Novaković
Université de Belgrade – Faculté de Philologie

 

 

Résumé : L’auteur examine les articles sur la littérature serbe dans la presse française après la Première Guerre mondiale. Ces articles, dont les auteurs sont le plus souvent les slavistes de renom, sont marqués, d’une part, par la sympathie pour un peuple allié de guerre et par l’admiration pour sa littérature et d’autre part par l’idée yougoslave très actuelle à cette époque.

Mots clés : Littérature serbe, presse française, études comparées, imagologie, slavistique, idée yougoslave.

Les relations franco-serbes, qui font partie d’une longue tradition, s’intensifient vers la fin du XIXe et au début du XXe siècle, pour atteindre leur apogée dans la période de l’entre-deux-guerres. À cette époque la presse française prête une grande attention à la littérature serbe. On peut en trouver des informations dans la bibliographie de Pavle Popović et Miodrag Ibrovac « Essai de bibliographie française de la littérature yougoslave », publiée dans la revue Le Monde slave en 1931[1], ensuite dans les travaux de Mihailo Pavlović[2], surtout dans La Bibliographie française de la poésie populaire serbe et croate, qu’il a faite en coopération avec Dušan Janjić[3], ainsi que dans la thèse de doctorat de Janjić, soutenue à la Faculté de Philologie de l’Université de Belgrade, Les Littératures yougoslaves dans les revues littéraires françaises après la Seconde Guerre mondiale (Jugoslovenske književnosti u francuskim književnim časopisima posle II svetskog rata, 1986), qui rend compte aussi de certains textes de la période précédente. Dans notre recherche, centrée sur la période de l’entre-deux-guerres, nous essayons moins d’englober tous les textes qui ont paru dans ladite période, ce qui demanderait une étude qui dépasse les dimensions d’un article, que de montrer ce qui caractérise la réception de la littérature serbe en France après la Première Guerre mondiale et ce qui détermine l’horizon d’attente du public français.

Au cours de cette guerre, la presse française exprime de la sympathie pour le peuple serbe et l’intérêt pour la problématique qui le concerne augmente, ce qui se manifeste aussi dans les textes sur la littérature serbe. Elle fait l’objet d’études des linguistes et des littérateurs français, tels que Philéas Lebesgue, poète, romancier, essayiste, traducteur et critique littéraire[4] ou André Vaillant, linguiste, philologue et grammairien français de renom, spécialiste en slavistique, auteur d’une Grammaire comparée des langues slaves et d’un Manuel de vieux-slave[5]. Elle fait aussi l’objet d’études de romanistes et de comparatistes serbes qui soutiennent et publient en France leurs thèses de doctorat, mais qui publient aussi une suite d’articles sur la littérature serbe, tels que Pavle Popović, Miodrag Ibrovac, Nikola Banašević[6]. Les textes sur la littérature serbe paraissent dans des périodiques consacrés aux études slaves (Revue slave, Le Monde slave, Revue des études slaves, L’Europe centrale, Les échos d’Orient) ou comparées (Revue de littérature comparée), aussi bien que dans ceux qui suivent les événements littéraires et culturels dans les pays slaves et les pays de l’Europe centrale, sans que ce soit leur orientation principale (Revue des deux mondes, Revue de Paris, Mercure de France, Revue bleue)[7]. On peut ranger ces textes dans quelques catégories : études générales, articles sur les chants populaires serbes, articles sur les auteurs serbes et yougoslaves, études comparées, comptes rendus des publications sur la littérature serbe ou yougoslave et chroniques de la vie littéraire et culturelle en Serbie et en Yougoslavie.

Les auteurs d’études générales placent la littérature serbe dans le contexte plus large de la culture slave, en prenant en considération ses relations avec les autres littératures slaves, comme André Mazon, slaviste français, professeur au Collège de France (1923) et membre de l’Académie des inscriptions et belles lettres (1941)[8], qui publie l’article « Le patrimoine commun des études slaves » (1924) dans la Revue des études slaves[9]. Le plus souvent, la littérature serbe est considérée comme faisant partie des littératures et cultures des Slaves du sud. C’est ainsi que Mercure de France a une rubrique consacrée aux « Lettres yougoslaves »[10] (ou « yougoslaves »). Le comte Louis de Voïnovitch (Lujo Vojnović), écrivain, politicien et diplomate[11], dans son texte « La civilisation yougoslave », publié en 1925 dans Mercure de France, emploie l’adjectif « yougoslave » pour désigner les pays qui composent la Yougoslavie, même en parlant de la période qui précède sa formation[12]. Le développement de leur civilisation se présente pour lui comme une ligne ascendante de libération nationale qui atteint son apogée après la Première Guerre mondiale, lorsque naît la nation « serbo-croato-slovène, c’est-à-dire yougoslave » qui a un rôle médiateur et qui doit remplir, grâce à ses écrivains, ses penseurs, ses savants, ses artistes, « la mission de facteur de liaison, d’harmonie, d’ordre »[13]. Dans le contexte de cette mission, Voïnovitch parle des contributions de tous les peuples yougoslaves en mettant en relief le rôle de la Serbie : « Par son sublime sacrifice, par le million de ses morts, la Serbie a fait œuvre de civilisation au plus haut degré. Innocente de la guerre, forcée de se défendre, elle a fécondé et consacré le sol natal pour les moissons futures »[14].

Pavle Popović, historien de la littérature, professeur et recteur de l’Universit de Belgrade, considère, lui aussi, la littérature serbe dans le cadre yougoslave, comme le montre son étude « La Littérature yougoslave, vue générale », publiée en trois parties dans Le Monde slave en 1930. Mais il examine séparément les littératures serbe, croate et slovène, en accordant la plus grande place à la littérature serbe, pour conclure que « ce que nous avons de meilleur dans notre culture littéraire, nous le devons à la France »[15], grâce surtout au fait que les générations de jeunes serbes ont fait leurs études à Paris.

Il en est de même pour Boško Tokin, poète avant-gardiste serbe, auteur du Manifeste du zénitisme, écrit en collaboration avec Ljubomir Micić et Yvan Goll, et qui constate, dans son texte sur les « Lettres Yougo-Slaves », publié dans Revue de l’Époque, que, pendant la guerre, « une littérature yougoslave se dessina »[16]. Tokin écrit aussi la préface à l’Anthologie des poèmes yougo-slaves contemporains, résultat de sa coopération avec Philéas Lebesgue[17] qui exprime lui aussi une orientation pro-yougoslave. Il tient, sous le pseudonyme Lioubo Sokolovitch, la chronique littéraire « Lettres yougoslaves » dans Mercure de France. En soulignant l’unité yougoslave, « aujourd’hui réalisée sinon stabilisée », qui « naquit d’abord dans le rêve des poètes, pour fleurir ensuite dans le sang des soldats »[18] et en se demandant si « la jeune culture yougoslave », « en vertu de la poussée vitale propre qui la distingue et qui l’anime », va « se hausser au niveau de l’une des grandes cultures européennes » et si elle pourra « éviter de s’absorber plus ou moins, un jour ou l’autre, en l’une d’entre elles », il dit qu’il « imagine volontiers que toute l’élite serbe, croate et slovène partage cette espérance de victoire et que la volonté absolue d’intégration nationale est unanime », mais aussi que « le miracle entier ne peut s’accomplir que si la nation yougoslave embrasse complètement la mission qui lui est dévolue, celle d’unir les formules dynamiques de l’Occident à l’intériorité orientale, pour en faire jaillir une doctrine de vie ».[19]

Philéas Lebesgue 1949 

Philéas Lebesgue, chez lui, le 31 décembre 1949

Philéas Lebesgue trouve les origines de l’union yougoslave, réalisée au niveau politique après la Première Guerre mondiale, dans la poésie épique serbe, comme le montre aussi son article « La poésie populaire serbe », publié dans Le Monde nouveau en 1920. Dans cet article il examine, d’une part, les échos de la poésie populaire chez les poètes romantiques (Petar Preradović, Branko Radičević, Jovan Jovanović Zmaj, Đura Jakšić) et, d’autre part, les ressemblances entre les chants populaires serbes et les chansons de geste françaises. Dans les uns et les autres, ce qui est célébré, ce ne sont pas les victoires et les triomphes, mais l’héroïsme dans la défaite : « À Kossovo comme à Roncevaux, l’on meurt fièrement sans rompre d’une semelle, le frère ne voulant point abandonner le frère ; mais, tandis que chez nous Charlemagne est sauf, la France indemne, chez les Serbes, le prince lui-même succombe et avec lui l’indépendance. Aussi, dans l’épopée serbe, le pathétique atteint-il souvent le sublime. »[20] Lebesgue a inséré dans son article la traduction française de quelques chants populaires serbes, tels que « La Mort de la Mère de Yougovitch », « Sur le tombeau de Voïvode Doïtchine », « À Gazimestan », « Pensées inexprimées ». En mentionnant le « poignant épisode » évoqué par la tsarine Militza interrogeant son fidèle serviteur Miloutine sur l’étendue du désastre, Lebesgue constate qu’ « on n’en peut retrouver l’équivalent que dans Les Perses du vieil Eschile ».[21] Une idée semblable est exprimée dans le texte de Marcel Vallon « La poésie populaire dans la poésie yougoslave », publié à propos du XIe Congrès international des Pen-Clubs à Dubrovnik, dans la Revue bleue en 1933 et où l’auteur constate que tous ceux qui ont étudié l’histoire et la culture yougoslaves sont arrivés à la conclusion que c’est la poésie populaire qui a fourni « les éléments spirituels essentiels à la formation de cet esprit vaillant et opiniâtre qui a permis aux Serbes de faire des prodiges d’héroïsme » pendant la Grande Guerre[22]. En même temps, il y trouve à la fois une valeur littéraire et une sagesse de la vie :

Ces poèmes sont exprimés dans une langue littéraire impeccable et extrêmement laconique. Ce sont des figures et des pensées comme si chacune était forgée pour elle-même; on chante la bataille de Kossovo comme l’événement le plus réel d’un peuple entier conscient de se sacrifier dans cette bataille pour la défense de la civilisation chrétienne.

La signification profonde de ces poèmes est la sagesse de la vie au milieu des brillantes images et des inventions qui l’ornent. Cette sagesse embrasse toute la vie de l’homme, en général, et sans tenir compte de la conception chrétienne du poème. Cette sagesse parle de l’homme et non du chrétien, cette sagesse est la liberté de cette ère qui va si loin que, dans un poème, en décrivant la mort du plus grand héros serbe, elle appelle Dieu lui-même « Vieux Sanguinaire » duquel on meurt inévitablement. Mais cela est dit dans une telle forme et dans un tel assemblage de pensées, qu’on ne sent pas la lourdeur de l’insolence.[23]

Certains chercheurs dans le domaine de la poésie serbe et yougoslave s’occupent de son statut à l’époque moderne, tel Mathias Murko (Matija Murko) originaire de Slovénie, spécialiste des traditions épiques serbe et croate, qui, sur la base des observations et des entretiens avec les gens des pays yougoslaves, écrit deux textes : « L’État actuel de la poésie populaire épique yougoslave », publié dans Le Monde slave en 1928[24] et « Nouvelles observations sur l’état actuel de la poésie épique en Yougoslavie », publié dans la Revue des études slaves en 1933[25]. Certains chercheurs ont centré leurs études sur les problèmes de l’origine et du développement des chants épiques, tel Nikola Banašević qui publie en 1926, dans la Revue des études slaves, son étude « Le Cycle de Kosovo et les chansons de geste »[26]. En comparant les motifs des chants épiques serbes et yougoslaves et les motifs des chansons de geste françaises, il découvre des ressemblances entre les chants du cycle de Kosovo et La Chançun de Willame et il en tire la conclusion, conformément aux théories du médiéviste français Joseph Bédier, que la légende kosovienne ne s’est pas formée immédiatement après la bataille de Kosovo, tout près de l’endroit où a eu lieu cet événement historique, ce qui fut une thèse acceptée, mais beaucoup plus tard, sous l’influence des chansons de geste, dans les villes dalmates et dans les îles près de la Mer Adriatique.

André VAILLANT

André Vaillant

Cet article de Nikola Banašević, qui a provoqué des réactions controverses parmi les chercheurs serbes[27], est devenu une référence pour les slavistes français[28]. Un de ces slavistes est André Vaillant qui se réfère à cet « excellent article »[29] en parlant de l’origine des chants populaires serbes dans deux études : « Marko Kraljević et la vila », publié dans la Revue des études slaves en 1928 et « Les chants épiques des Slaves du Sud », publiée dans Revue des cours et conférences en 1932. En appliquant à la poésie épique des Slaves du Sud les principes de Joseph Bédier, il constate, d’une part, que les chants du cycle de Marko Kraljević n’ont pas été composés de son vivant, ce qui correspond à la thèse de Banašević sur la naissance des chants du cycle de Kosovo et, d’autre part, que la légende de Marko Kraljević s’est formée autour du monastère qui porte son nom (Markov manastir). En considérant, lui aussi, les chants épiques serbes dans une perspective comparatiste, il examine leurs ressemblances avec les chansons de geste. Il lie certains chants du cycle de Marko Kraljević aux chants du cycle de Guillaume d’Orange et il compare ce héros des chants serbes, « ce vassal insolent, mais d’un secours si précieux » à Aymeri de Narbonne et à Renaud de Montauban, et ses luttes contre les Arabes à celles des barons de Charlemagne contre les Sarrasins[30]. Que Vaillant appréciait les recherches de Banašević est confirmé par ses textes dans la « Chronique » qu’il tenait dans la Revue des études slaves et où il présentait les livres « en serbo-croate et en slovène ». Dans son compte rendu critique de l’étude de Banašević Le Cycle de Marko Kraljević et les échos de la littérature courtoise franco-italienne[31], il constate que la comparaison des thèmes et des motifs de la légende de Marko Kraljević aux thèmes de la littérature chevaleresque occidentale, franco-italienne est « menée avec une grande précision et une connaissance approfondie du sujet »[32].

Outre la poésie populaire serbe, à laquelle sont consacrés plusieurs autres articles, les objets d’intérêt des chercheurs français ont été certains poètes et prosateurs serbes. Vers la fin de la Première Guerre mondiale, paraissent beaucoup d’articles qui expriment de la sympathie pour les héros serbes. Un de ces articles, publié dans la Revue des deux mondes du 15 mai 1918 par Jean Dornis, est consacré au poète Milutin Bojić et il contient la traduction en prose de son poème célèbre « Le tombeau bleu ». En célébrant le poète serbe, décédé dans la troisième décennie de sa vie, après la traversée de l’Albanie, dans l’hôpital militaire à Salonique, mais aussi « la sympathie entre les deux nations »[33], française et serbe, Dornis termine son article par la constatation :

Aujourd’hui sous la roche où le flot de cette mer se brise, apportant les éternelles questions aux éternelles réponses, repose celui qui savait comment l’homme pur rit devant le danger, et comment il accomplit dans la tempête l’œuvre austère; comment le poète tresse des couronnes après les batailles, et comment son chant allume pour toujours, dans ce triste monde, une Beauté nouvelle[34].

Dans les articles ultérieurs les auteurs manifestent plus d’esprit critique et mettent au premier plan le sens et la valeur littéraires des ouvrages dont ils s’occupent et qu’ils considèrent le plus souvent dans le contexte de la littérature européenne, voire mondiale. C’est ainsi que Philéas Lebesgue, dans son article sur Milan Vukasović, publié en 1926 dans la Revue bleue, avec quelques poèmes dans la traduction française, remarque ce qui lie ce fabuliste à son sol natal, mais aussi l’aspect universel de son œuvre, en le comparant à La Fontaine et à Krylov : comme Krilov, Vukasović puise ses thèmes dans la vie qu’il considère avec une distance ironique, en laissant sa morale s’imposer d’elle-même et en orientant sa pensée vers la toute-puissante réserve des choses et du destin, ce qui le renvoi aux sources orientales et le rapproche de l’écrivain indien Rabindranath Tagore:

Partout le sentiment voisine avec l’ironie, l’idylle avec la caricature. Musique du temps complètera bientôt cette série nouvelle, qui place Voukasovitch entre La Fontaine et La Bruyère. Il est un recueil encore inédit qui doit nous montrer un Voukassovitch[35] presque exclusivement lyrique et métaphysicien et sentimental, proche parent de Rabindranath Tagore et c’est à cette veine que nous avons voulu emprunter la suite de poèmes en prose ici traduits pour la première fois en français.[36]

Cette perspective comparatiste est aussi celle de Jean Prenat qui publie en 1937, dans la même revue, un article sur Nicola Šop, qu’il compare à saint François d’Assise – « comme lui, il rapproche Dieu de l’homme, sachant nous le faire sentir et voir dans sa grande œuvre, la nature »[37] – et surtout à Francis Jammes – « l’œuvre de Chop est pareillement empreinte de mysticisme, celle de Francis Jammes », mais si l’écrivain français « est en quelque sorte panthéiste, Chop est simplement naturiste »[38]. La perspective comparatiste prédomine dans les études publiées dans la Revue de littérature comparée à laquelle collaborent plusieurs chercheurs serbes qui étudient, en accord avec les acquisitions des comparatistes français, l’influence et la réception d’auteurs français, anglais, allemands, russes dans le milieu culturel serbe et yougoslave. Miloš Trivunac examine l’intérêt de Goethe pour les chants populaires serbes et les reflets de son œuvre dans les milieux culturels yougoslaves, en constatant que son excellente réception est une expression de la reconnaissance au poète allemand qui a introduit la poésie populaire serbe dans la littérature mondiale (« Goethe et les Yougoslaves », 1932)[39]. Josip Badalić examine la réception de Pouchkine dans les milieux culturels yougoslaves (« Pouchkine en Yougoslavie », 1937).[40] Parmi les chercheurs qui considèrent la littérature serbe du point de vue comparatiste, il faut mentionner aussi le slaviste américain Clarence Augustus Manning. Dans son étude « Milton et Njegoš», publiée dans la Revue des études slaves en 1938, il examine les ressemblances et les différences entre La Lumière du microcosme de Njegoš et Le Paradis perdu de Milton, pour conclure que Njegoš s’est visiblement inspiré de Milton, mais qu’il ne l’a pas suivi aveuglément. Dans son poème épique, qui « a du mouvement et de l’élan », « la vision est puissante, la pensée élevée, la langue plus philosophique que dans aucune œuvre antérieure de la littérature serbe »[41], si bien qu’il est « l’un des grands poètes philosophiques et apocalyptiques du XIXe siècle, sinon de tous les temps »[42].

La littérature serbe est mentionnée et examinée dans les chroniques des événements littéraires et culturels en Serbie et en Yougoslavie, marqués elles aussi par l’esprit critique et par une orientation pro-yougoslave. À ce sujet, comme nous l’avons remarqué, on trouve des informations importantes dans les chroniques de Mercure de France et de Revue des études slaves, aussi bien que dans la chronique « Bulletin Yougoslave » de Borivoje B. Mirković dans Revue bleue et dans des chroniques dans plusieurs autres journaux et revues. Parmi ces événements une place considérable est accordée aux thèses de doctorat que les romanistes serbes ont soutenues et publiées en France. La presse française (Journal des débats, Revue des cours et conférences, Le Temps, Le Gaulois, La Muse française, Le Figaro) publie des comptes rendus et des commentaires de la soutenance et de la publication de la thèse de Miodrag Ibrovac José-Maria de Heredia. Sa vie – son œuvre[43], premier travail d’ensemble sur ce poète français, pour lequel il a obtenu le prix de l’Académie française. Dans ces comptes rendus le romaniste serbe est unanimement loué.[44] C’est ainsi que Joseph Vianey, professeur à l’Université de Montpelier, dans un compte rendu de ce livre, publié dans la Revue des langues romanes, écrit :

Cette thèse, œuvre d’un étranger, vaut les meilleures thèses qui aient été faites par des Français. L’étendue de l’information, l’abondance des documents inédits, une connaissance précise du mouvement littéraire au XIXe siècle, le bon sens de la plupart des conclusions, la qualité du style en font, plus encore que le nombre des pages, un travail important. Et il nous est agréable de constater qu’elle a été composée par un professeur Yougo-slave : elle nous apporte la preuve éclatante que notre littérature est enseignée à Belgrade avec autant de savoir et de goût que de sympathie[45].

Aux professeurs et chercheurs se joint la fille de Heredia, Madame Gérard d’Houville, poète, romancière et journaliste qui, dans un texte publié en 1925 dans la Revue des deux mondes, renvoie le lecteur à « la lecture passionnante de la remarquable thèse de Miodrag Ibrovac », livre « écrit avec une admiration très pieuse et très intelligente » et « une vaste érudition critique »[46].

La thèse de doctorat d’Aleksandar Arnautović sur Henry Becque, créateur du théâtre « cruel », soutenue en 1927 à la Sorbonne, a eu dans la presse française des échos non moins grands. La critique française a apprécié le fait qu’un étranger travaille sur un sujet purement français et qu’il ait même mieux compris un auteur dramatique français que certains français eux-mêmes. La soutenance de la thèse et la vive discussion que cette thèse a provoquée, car elle a réfuté certaines opinions sur le dramaturge qui fait son objet, est commentée et louée par André Antoine, réalisateur et critique célèbre, inventeur de la mise en scène moderne en France et créateur du Théâtre libre ; par André Le Breton, professeur à la Sorbonne, grand admirateur de Becque, qui a exprimé son admiration pour l’objectivité et l’esprit critique de M. Arnautović, en le louant surtout d’avoir découvert, parfois à l’encontre des opinions de Gustave Lanson lui-même, la vraie valeur d’un auteur dramatique français des plus importants ; par Daniel Mornet qui a trouvé dans son travail un modèle de précision scientifique et un grand nombre d’informations sur le théâtre moderne. La publication de cette thèse[47] qui restera jusqu’à nos jours un ouvrage de référence dans les études du théâtre français du XIXe siècle, est accueillie par une suite de louanges dans les cercles universitaires et littéraires. Un membre de l’Académie française, Robert de Flers, publie un long compte rendu de ce livre dans Le Figaro du 6 août 1927, où il souligne les connaissances approfondies d’Arnautović non seulement de l’auteur qui est l’objet de ses recherches, mais aussi de tout le théâtre moderne, aussi bien que la distance critique avec laquelle il examine le phénomène théâtral. Gustave Cohen, professeur à la Sorbone, dans son article publié dans Les Nouvelles littéraires du 24 septembre 1927, compare Arnautović à Rodin, à Dante et à Balzac, en écrivant que son œuvre immense de 1500 pages est une sorte de « comédie littéraire » qui est faite de manière balkanique et qui ressuscite tout le XIXe siècle. Le comparatiste Pierre de Curiel, chroniqueur du Journal des débats, a consacré au livre d’Arnautović six colonnes sous le titre « Henry Becque, Sorbonne et la Yougoslavie ». En mettant en relief sa riche documentation, son intelligence, sa finesse, sa riche connaissance de la culture française, il considère ce livre surtout dans le contexte de l’amitié franco-serbe. L’œuvre d’Arnautović éveille en lui non seulement des réminiscences littéraires et des souvenirs de jeunesse, mais lui rappelle aussi la guerre et le fait qu’un peuple héroïque, qui a un passé glorieux, a lié son destin à celui du peuple français[48].

Bien que les livres d’Ibrovac et d’Arnautović traitent de sujets littéraires français, ils méritent d’être mentionnés dans un texte sur la réception de la littérature serbe en France, étant donné qu’il s’agit de contributions à la critique littéraire serbe de la part de deux auteurs qui ont eu beaucoup de mérite dans le développement des relations serbo-françaises.

La thèse de doctorat de Miloš Savković L’influence du réalisme français dans le roman serbocroate, publiée en 1935 à Paris, est un travail comparatiste qui concerne la littérature serbe et qui a eu, lui aussi, des échos dans la presse française. André Vaillant en rend compte dans la chronique qu’il tient dans la Revue des études slaves, où il ne fait d’habitude que citer le nom d’auteur et le titre de l’ouvrage qui a attiré son attention, en exprimant aussi, parfois, un bref jugement critique. C’est ce qu’il fait avec le livre de Savković, en disant que son idée que l’influence du réalisme et du naturalisme français « a été aussi directe et aussi forte sur la littérature serbe que sur la littérature croate » est originale bien qu’il n’ajoute pas, dans son argumentation, beaucoup de faits positifs à ceux qu’avait établis avant lui Skerlić. Si Vaillant exprime des réserves par rapports à certains jugements de Savković sur Jakov Ignjatović et surtout sur Laza Lazarević, il loue d’autre part les « excellents chapitres sur Matavulj et Kumičić », pour conclure que ce livre est « une contribution des plus utiles, avec la riche bibliographie qui l’accompagne, à l’étude comparée du réalisme »[49]. Vaillant présente aussi, avec la même distance critique d’un vrai connaisseur de la littérature serbe, une suite de publications parues en Serbie, tel que le livre d’Ilija Petrović Byron en Yougoslavie où il découvre « un esprit fin et adroit, qui sait s’affranchir des idées conventionnelles »[50].

Les publications serbes ont fait l’objet de l’attention de Philéas Lebesgue qui mentionne, dans sa rubrique dans Mercure de France, « l’admirable collection » du Srpski književni glasnik [Messager littéraire serbe], en constatant que « tout ce qui compte littérairement en Yougoslavie » est appelé à y collaborer. Il mentionne aussi « la vaillante revue » Misao [La Pensée], organe des jeunes intellectuels qui ont le sentiment de la nécessité « d’harmoniser, de fondre, au sein de la mentalité yougoslave les diverses influences plus ou moins contradictoires d’Orient et d’Occident, de Whitman à Tagore et de Rimbaud à Franz Werfel »[51]. Lebesgue s’attarde sur l’Anthologie de la poésie Yougoslave des XIXe et XXe siècles  composée et pourvue d’une introduction et de notices par Miodrag Ibrovac, publiée à Paris en 1935, en s’attardant sur sa « belle introduction » dans laquelle Ibrovac « précise excellemment le double jeu d’influences qui présida à la renaissance du lyrisme dans les pays yougoslaves », l’influence des chants populaires dans lesquels les poètes trouvaient des éléments pour poser les fondements de l’unité politique encore incertaine et l’influences des idées qui provenaient de l’Occident et des modèles qui apportaient des « raffinements de forme et de pensée jusqu’alors inédits »[52]. À Philéas Lebesgue se joignent les autres slavistes[53], dont André Vaillant qui rend compte de cette anthologie dans sa chronique dans la Revue des études slaves[54], en constatant que « ce recueil de poèmes choisis avec goût et traduits en un français soigné témoigne de façon vivante et exacte, par la qualité de sa présentation littéraire, sur la poésie des Serbes, des Croates et des Slovènes au XIXe et au XXe siècles, et honore la mémoire de Mme Savka Ibrovac »[55]. Lebesgue rend compte d’une suite d’autres anthologies qui paraissent en Serbie dans la période de l’entre-deux-guerres, ainsi que de La Littérature yougoslave de Pavle Popović, imprimée vers la fin de la Première Guerre mondiale à l’University Press de Cambridge[56]. Il commente aussi différents évènements littéraires, en considérant, lui aussi, les œuvres et les écrivains qui attirent son attention d’un point de vue critique, dans son sens positif et en en exprimant, brièvement, son jugement. C’est ainsi que, en parlant des Paroles sur l’Homme-Tout (Reči o Svečoveku) de Nikolaj Velimirović, « livre à la fois lyrique et philosophique », il dit que, pour la forme, cet ouvrage semble avoir subi l’influence de Nietzsche, mais que, pour le fond, il est plus proche de Dostoïevsky et de Tolstoï et que « les aspirations obscures de l’âme serbe » semblent y trouver « leur meilleure thèse contemporaine »[57]. Il s’occupe aussi d’Ivo Andrić, à plusieurs reprises et à différentes occasions, en le considérant comme « conteur plein de fantaisie et prosateur délicieusement lyrique »[58] qui, dans Ex Ponto, « marie avec souplesse, en des proses lyriques délicatement ouvrées, la pensée la plus ingénieuse au sentiment le plus ému »[59]. Il dit que Sima Pandurović « a su donner un essor impressionnant »[60] à la revue serbe La Pensée (Misao), que Branko Radičević « a laissé une œuvre extrêmement riche et variée », qu’il doit davantage à Heine et aux chants populaires féminins de sa patrie qu’à toute autre influence, mais que son véritable génie « éclate dans les pièces courtes, qui rappellent à la fois Pouchkine et les chansons de femmes, parfois même Anacréon »[61], tandis que dans la poésie d’Aleksa Šantić il trouve « la finesse d’Anacréon, la fantaisie d’Aubanel et la nostalgie slave », mais aussi « une âme de haïdouk » : Šantić a attaché à sa lyre « une corde de fer »[62].

L’époque de l’entre-deux guerres est marquée par les tendances modernistes. C’est l’époque de l’avant-garde qui cherche des nouvelles formes d’expression littéraire et artistique. Les intellectuels et les écrivains serbes qui viennent en France au cours de l’exode de l’armée serbe évacuée d’Albanie vers la fin de 1915 ou après la Première Guerre mondiale (Boško Tokin, Rastko Petrović, Dušan Matić, Marko Ristić, Đorđe Kostić, Momčilo Nastasijević, Oskar Davičo, Monny de Boully) et dont certains font leurs études à Paris, partagent cet « esprit nouveau ». Ils font la connaissance de Breton et des autres surréalistes et avant-gardistes français, participent à leurs activités, s’associent à certaines de leurs déclarations collectives, collaborent à leurs revues. Rastko Petrović établit des relations avec l’équipe d’Action. Boško Tokin collabore à Comoedia et à L’Esprit nouveau. Né dans une famille de banquiers serbes et éduqué à Belgrade, Monny de Boully arrive en 1925 à Paris où il trouve sa place au sein du mouvement surréaliste français, pour s’éloigner plus tard de Breton et adhérer au Grand Jeu. Il traduit, à la demande de Breton, le roman imagé « Le Vampire », écrit par un malade mythomane et publié d’abord dans le numéro 6 de la revue serbe Svedočanstva [Témoignages], marquée par les tendances avant-gardistes. Cette traduction paraît dans le numéro 5 de La Révolution surréaliste, qui publie également son « texte surréaliste » et le manifeste « La Révolution d’abord et toujours », à propos de la crise du Maroc, dont il est un des signateurs[63]. Dans le numéro 5 de La Révolution surréaliste paraît aussi le poème de Marko Ristić « Se tuer », Le Surréalisme au service de la Révolution publie une note sur l’almanach des surréalistes belgradois L’Impossible, leur déclaration « Position du surréalisme » (sous le titre « Belgrade, 23 décembre 1930 »), un poème de Dušan Matić, ainsi qu’une lettre de Vane Bor et la réponse de Ristić à l’enquête sur l’humour (« L’humour, attitude morale »), tandis que le Minotaure publie la réponse de Ristić à l’enquête sur la rencontre[64]. Entre les promoteurs du mouvement surréaliste serbe et leurs homologues français s’établit une véritable communication autour d’une même volonté de libération de « toutes les puissances de l’esprit humain ».[65]

Pourtant, malgré ces relations étroites entre les surréalistes serbes et les surréalistes français, il semble que le surréalisme de Belgrade n’a pas réussi à se faire suffisamment connaître par la presse française à l’époque de l’entre-deux-guerres. Parmi le petit nombre d’articles qui lui sont consacrés, il faut mentionner « Le modernisme dans la littérature yougoslave de ce temps. II. L’expérience surréaliste », publié dans L’Europe centrale en 1933, dont l’auteur est Raymond Warnier, germaniste français, une des figures centrales à l’Institut français de Zagreb dans ladite période, chercheur attiré surtout par le phénomène de l’illyrisme et de l’idée yougoslave dans le passé, aussi bien que par la littérature et la civilisation yougoslaves. En trouvant dans le surréalisme belgradois « une volonté de renouvellement radical » et « la recherche tour à tour crédule et déçue de quelque chose qui rompe avec tout le passé », il constate que l’« antiroman » Sans mesure de Marko Ristić est « l’ouvrage littéraire le plus important à signaler », pour conclure que le surréalisme en Yougoslavie vaut plus « par les énergies juvéniles qu’il a mises en branle, par les problèmes qu’il a soulevés, que par ses réalisations » et que les surréalistes ont du moins le mérite d’avoir posé sous un nouvel aspect le problème de la prééminence de l’idée ou de la forme, de la pensée ou de l’expression[66].

De ce qui vient d’être dit on pourrait conclure que la réception de la littérature serbe dans la presse française à l’époque de l’entre-deux-guerres se distingue par un intérêt plein de sympathie pour le peuple serbe et la Serbie en tant qu’alliée de guerre dont l’héroïsme et l’esprit de liberté se manifestent aussi dans son héritage culturel. Cet intérêt se joint d’une part aux relations franco-serbes traditionnelles et d’autre part à l’idée yougoslave qui a trouvé dans cet héritage sa confirmation et qui, comme le soulignent surtout les chercheurs français de la littérature serbe, a été conçue dans les têtes des poètes pour trouver plus tard sa réalisation politique. L’aspect imagologique de ces relations est donc tout-à-fait positif, ce qui est dû surtout à l’héroïsme que le peuple serbe a montré dans la Première Guerre mondiale. La littérature serbe est considérée le plus souvent comme faisant partie des littératures yougoslaves, où on lui attribue le rôle principal, et souvent dans une perspective comparatiste qui la place dans le contexte européen ou dans le contexte des littératures slaves. André Vaillant est pourtant conscient que les chants épiques des Slaves du Sud qu’il étudie font partie des diverses littératures nationales. « Il est aussi difficile d’étudier dans son ensemble la poésie épique des Slaves du Sud qu’il est dangereux d’en étudier isolément une forme nationale », dit-il au début de son article « Les chants épiques des Slaves du Sud »[67].

 

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LITTÉRATURE

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Јелена Новаковић
Универзитет у Београду – Филолошки факултет

СРПСКА КЊИЖЕВНОСТ У ФРАНЦУСКОЈ ШТАМПИ
У РАЗДОБЉУ ИЗМЕЂУ ДВА СВЕТСКА РАТА

(Резиме)

Овај рад се бави виђењем српске књижевности у француској штампи у раздобљу између два светска рата, испитујући текстове чији су аутори често били еминентни француски слависти, песници и изучаваоци српске књижевности попут Андреа Вајана, Филеаса Лебега, Андреа Мазона, Матије Мурка, али и српски романисти, компаратисти и професори универзитета који су одбранили своје докторске тезе у Француској, попут Николе Банашевића, Миодрага Ибровца, Милоша Савковића, Александра Арнаутовића.

Рецепцију српске књижевности у француској штампи међуратног раздобља одликује, с једне стране интересовање пуно наклоности за Србе као ратног савезника чије се јунаштво и слободарски дух испољавају и у књижевном наслеђу, интересовање које се надовезује на већ постојеће француско-српске везе, а с друге стране југословенска идеја која је у том наслеђу налазила своју потврду и која се, како наглашавају нарочито француски истраживачи српске књижевности, прво зачела у главама песника да би тек касније добила своју политичку реализацију. Српска књижевност се посматра превасходно као део југословенске књижевности, у којој има доминантну улогу, а често и са једног поредбеног становишта које је смешта у европски или шири словенски контекст.

 

NOTES

[1] Pavle Popović – Miodrag Ibrovac, « Essai de bibliographie française de la littérature yougoslave », Le Monde slave, nouvelle série, t. II, mai 1931, pp. 290–322.

[2] Cf. Mihailo Pavlović, U dvostrukom ogledalu. Francusko-srpske kulturne i književne veze, Beograd, Prosveta, 1996.

[3] Mihailo B. Pavlović – Dušan A. Janjić, Francuska bibliografija o srpskoj i hrvatskoj narodnoj poeziji, Beograd, SANU, 1995.

[4] Voir : Philéas Lebesgue, Les Chants féminins serbes, Paris, E. Sansot, 1920. Avec un supplément musical par Miloïé Miloïevitch. Il s’agit des poésies populaires serbes, traduits en français pour la première fois, avec une préface de Miodrag Ibrovac et un Appendice critique qui contient un commentaire comparatif des airs traditionnels et diverses études critiques.

[5] Vaillant a traduit et publié des textes liturgiques et sacrés écrits dans la langue slave liturgique, notamment Les Règles de saint Basile, Les Catéchèses de Cyrille de Jérusalem, L’Homélie anonyme de Clozianus, Discours contre les Ariens de Saint Athanase. Pour plus de détails sur Vaillant, voir : Pierre Pascal et José Johannet, « André Vaillant (1890–1977), l’homme et le savant », Revue des études slaves, t. 53, 1981, fasc. 3, pp. 367–370.

[6] En 1923 Banašević a soutenu à Paris la thèse de doctorat sur le poète et l’auteur dramatique français Jean de La Péruse, membre de la première Pléiade. Dans sa thèse, qui est publiée la même année par les Presses universitaires de la France (Nicolas Banachévitch, Jean Bastier de la Péruse (1529–1554), étude biographique et littéraire, Paris, PUF, 1923) et republiée en 1970 par Slatkine, à Genève, Banašević a jeté une nouvelle lumière sur toute une période de la littérature française, et surtout sur la formation et le développement de la Pléïade, la plus grande école poétique du XVIe siècle, en découvrant certains faits inconnus jusqu’alors

[7] Il est à noter que dans les années de guerre les plus difficiles pour la Serbie, une activité intellectuelle importante se développe en exil. Les Serbes ont leur périodique qui paraît en français. C’est La Patrie serbe, revue mensuelle qui paraît en français à Paris entre octobre 1916 et décembre 1918 et où publient leurs articles les intellectuels serbes (Jovan Žujović, Milan Grol, Branislav Nušić, Jaša Prodanović, Miodrag Ibrovac), mais aussi les slavistes français qui s’intéressent à la Serbie et aux Slaves du Sud en général (Ernest Denis, Emile Haumant). L’objectif principal est de rassembler la jeunesse serbe et de raviver son patriotisme, mais aussi de renforcer les relations franco-serbes en éveillant en France l’intérêt pour la culture et la langue serbes. Les articles sur la littérature serbe paraissent dans les autres revues et journaux serbes et yougoslaves en français, publiées à Paris (La Revue Yougoslave) ou à Belgrade (Nouvelles yougoslaves, La Yougoslavie, L’Echo de Belgrade), aussi bien que dans des revues imprimées dans d’autres pays, et qui s’occupent de la problématique serbe et yougoslave (L’Europe centrale de Prague, La Serbie de Genève), mais cette fois ils ne font pas l’objet de notre étude.

[8] Ses travaux portent sur la littérature classique russe du XIXe siècle et sur le folklore des Slaves des Balkans.

[9] André Mazon, « Le patrimoine commun des études slaves. Leçon d’ouverture du cours de langues et de littératures slaves au Collège de France », Revue des études slaves, 1924, t. 4, fasc. 1 et 2, pp. 113–132.

[10] La manière d’écrire l’adjectif, « yougo-slave » ou « yougoslave », montre que ces auteurs sont conscients tout de même qu’il s’agit d’un ensemble de plusieurs littératures, qui ont des ressemblances, mais aussi des différences.

[11] Né à Split, il tire son origine d’une famille serbe noble de Herceg Novi.

[12] Comte Louis de Voinovitch, « La civilisation yougoslave », Mercure de France, 1925, t. 183, p. 27.

[13] Ibid., p. 32.

[14] Ibid.

[15] Pavle Popović, « La Littérature yougoslave, vue générale », Le Monde slave, 1930, t. III, p. 364. Texte des trois conférences faites à l’Université de Paris en mai 1930.

[16] Boško Tokine, « Lettres Yougo-Slaves », Revue de l’Époque, 1919, I, N° 2, p. 94.

[17] Philéas Lebesgue & B. Tokine, Anthologie des poèmes yougo-slaves contemporains. Avec une lettre-préface de Ph. Lebesgue et une étude préliminaire de B. Tokine, Paris, Revue littéraire des primaires, 1919.

[18] Mercure de France, 1924, t. 173, p. 543.

[19] Mercure de France, 1926, t. 189, pp. 738–739.

[20] Philéas Lebesgue, « La poésie populaire serbe », Le Monde nouveau, 1920, p. 2286.

[21] Ibid., p. 2288.

[22] Marcel Vallon, « La Poésie populaire dans la poésie yougoslave », Revue bleue, N° 12, juin 1933, p. 371.

[23] Ibid.

[24] Mathias Murko, « L’Etat actuel de la poésie populaire épique yougoslave », Le Monde slave, nouvelle série, t. II, N° 6, juin, 1928, pp. 321–351. En 1929 l’Institut de langues slaves à Paris a publié ce texte sous forme de brochure et sous le titre La Poésie populaire épique en Yougoslavie au début du XXe siècle.

[25] Mathias Murko, « Nouvelles observations sur l’état actuel de la poésie épique en Yougoslavie », Revue des études slaves, 1933, t. 13, fasc. 1 et 2, pp. 16–50.

[26] Nikola Banašević, « Le Cycle de Kosovo et les chansons de geste », Revue des études slaves, 1926, fasc. 3-4, pp. 224–244. Inséré dans: Nikola Banašević, Etudes d’histoire littéraire et de littérature comparée, Beograd, 1975, pp. 7–21.

[27] Voir la polémique entre Banašević et Dragutin Kostić (qui considère que les chants populaires apparaissent immédiatement après les événements qu’ils décrivent et tout près du lieu où ils se sont passés), dans Srpski književni glasnik, aussi bien que les polémiques dans d’autres revues littéraires.

[28] Il est à noter ici qu’une autre thèse de doctorat faite par un chercheur serbe est resté jusqu’aujourd’hui ouvrage de référence incontournable en France et ailleurs. C’est la thèse de Vojislav Jovanović (Voïslav Yovanovitch, « La Guzla » de Prosper Mérimée. Étude d’histoire romantique, Paris, Hachette, 1911). Et l’auteur de ces lignes a l’honneur d’être engagée par la maison d’édition Champion dans la publication critique des ouvrages de Mérimée, notamment de La Guzla.

[29] André Vaillant, « Les chants épiques des Slaves du Sud », Revue des cours et conférences, 1932, 15 mars, p. 641.

[30] Ibid., p. 639. Selon A. Vaillant, Marko Kraljević, « héros brutal, mais sympathique, et qui fait de sa force un emploi à la fois généreux et spirituel », n’est pas sans rappeler non plus d’Artagnan de Dumas (cf. André Vaillant, « Marko Kraljević et la vila », Revue des études slaves, 1928, t. 8, fasc. 1 et 2, p. 81).

[31] Nikola Banašević, Ciklus Marka Kraljevića i odjeci francusko-talijanske viteške književnosti, Skoplje, Skopsko naučno društvo, 1935.

[32] Revue des études slaves, 1936, t. 16, fasc. 1 et 2, p. 159.

[33] Jean Dornis, « Un poète serbe. Miloutine Boïtch », Revue des deux Mondes, 15 mai 1918, p. 409.

[34] Ibid., p. 416.

[35] Autrefois, en France, on écrivait les noms d’auteurs serbes de telle manière que les Français, dont l’orthographe n’est pas phonétique, puissent les prononcer comme on les prononce dans leur pays d’origine où l’orthographe est phonétique. Dans notre article, nous prenons les graphies en cours actuellement (donc, dans ce cas, « Vukasović »), sauf dans les citations.

[36] Philéas Lebesgue, « Un fabuliste serbe: Milan Voukassovitch », Revue bleue, 20. mars 1926, p. 162.

[37]Jean Prenat, « La poésie yougoslave contemporaine. Nicolas Chop », Revue bleue, 1er mai 1937, N° 9, p. 307.

[38] Ibid.

[39] Revue de littérature comparée, 1932, pp. 159–174.

[40] Revue de littérature comparée, 1937, pp. 198–205 (numéro consacré à Pouchkine).

[41] Clarence A. Manning, « Milton et Njegoš », Revue des études slaves, 1938, t. 18, fasc. 1 et 2, p. 72.

[42] Ibid., p. 72.

[43] Miodrag Ibrovac, José-Maria de Heredia. Sa vie – son œuvre, Paris, Les Presses françaises, 1923.

[44] Cf. Aleksandar Arnautović, „Naše doktorske teze u Francuskoj”, Srpski književni glasnik, 1925, XV, pp. 526–533.

[45] Revue des langues romanes, novembre-décembre 1924, pp. 453–454. Dans Littérature française de J. Bédier et P. Hazard, le livre de M. Ibrovac est cité comme le seul ouvrage de référence concernant Heredia. Ce livre a attiré l’attention de plusieurs publicistes, écrivains et spécialistes en littérature, dont : Pierre de Quirielle (Journal des Débats, 20 juin 1923), Lucien Descaves (Le Journal, 30 juillet 1923), André Gavoty (Revue des cours et conférences, 31 juillet 1923), Henri de Régnier (Le Figaro, 21 août 1923), Philéas Lebesgue (La République de l’Oise, 2 septembre 1923), Émile Henriot (Le Temps, 16 octobre 1923), André Chaumeix (Le Gaulois, 20 octobre 1923), Frédéric Lefebvre (Paris-Soir, 16 novembre 1923), André Le Breton (La Revue de France, 15 mars 1924), etc. Il est à noter aussi que M. Ibrovac a profité de son séjour en France pour développer les relations franco-serbes. En témoigne sa correspondance. Voir à ce sujet: Jelena Novaković, « Povodom francuske prepiske Miodraga Ibrovca », Miodrag Ibrovac. Zbornik radova sa bibliografijom. Priredio Veroljub Vukašinović, Trstenik–Beograd, Narodna biblioteka Jefimija – Službeni glasnik, 2012, pp. 91–102.

[46] Gérard d’Houville, « À propos des Trophées », Revue des deux mondes, 15 novembre 1925, p. 430.

[47] Alexandre Arnaoutovitch, Henry Becque, I-III, Paris, PUF, 1927.

[48] La réception du livre d’Arnautović en France a fait l’objet d’un long article dans Politika du 13 janvier 1928, p. 7.

[49] Revue des études slaves, 1935, t. 15, fas. 1 et 2, p. 157.

[50] Revue des études slaves, 1931, t. 11, fasc. 1 et 2, pp. 108–109.

[51] Mercure de France, 1926, t. 189, p. 740.

[52] Mercure de France, 1937, t. 275, pp. 206–207.

[53] Cf. M. P., « Antologija G. Ibrovca ocenjena na strani », Srpski književni glasnik, 1936, XLIX, pp. 250–253.

[54] Revue des études slaves, 1935, t. 15, fasc. 1 et 2, p. 158.

[55] Savka Ibrovac est l’épouse de Miodrag Ibrovac et sa collaboratrice dans le travail de traduction.

[56] Mercure de France, 1928, t. 205, p. 732.

[57] Mercure de France, 1920, t. 139, p. 825.

[58] Mercure de France, 1928, t. 205, p. 737.

[59] Mercure de France, 1924, t. 173, p. 546.

[60] Ibid., p. 545.

[61] Ibid., pp. 543–544.

[62] Ibid., p. 544.

[63] Ce texte est signé aussi par Dušan Matić.

[64] Cette coopération se déroule aussi dans le sens inverse. Les surréalistes de Belgrade attirent l’attention du public serbe sur les textes capitaux de leurs collègues de Paris : Marko Ristić publie les commentaires enthousiastes des Pas perdus de Breton dans la revue Pokret [Mouvement] [« A l’ordre du jour »], et dans Svedočanstva [Témoignages] un article sur le surréalisme, une note sur La Révolution surréaliste et son premier texte automatique [« Exemple »]. D’autre part, il traduit et fait paraître les textes que lui envoient les surréalistes de Paris: trois fragments de Breton (« Clairement », « Marcel Duchamp » et « Mots sans rides ») dans la revue Putevi [Chemins], une lettre de Jacques Vaché à Breton dans Svedočanstva [Témoignages], et nombre de textes automatiques, de poésies et de récits de rêves dans la revue Nadrealizam danas i ovde [Le Surréalisme aujourd’hui et ici] et l’almanach L’Impossible dont la couverture est faite par André Thirion qui visite Belgrade à ce moment-là et participe à son élaboration.

[65] Marko Ristić, « Nadrealizam », Uoči nadrealizma, Beograd, Nolit, 1985, p. 103. Il est à noter que les relations entre les surréalismes serbe et français ne reposent pas seulement sur des contacts personnels et des échanges de textes entre leurs représentants, mais aussi sur les tendances communes des deux groupes, pénétrés du même esprit d’insoumission et de révolte, dans la crise spirituelle survenue après la Première Guerre mondiale, tendances qui se manifestent par les thèmes qu’ils traitent dans leurs textes théoriques et poétiques (la position de l’homme dans le monde contemporain, le rapport entre l’imaginaire et le réel, la réhabilitation de l’irrationnel, l’apologie du désir, la folie, le rêve, l’écriture automatique, l’amour, la mort, l’humour, l’action révolutionnaire, le rapport envers la création romanesque, le symbolisme de la nuit, etc.) et par certains concepts communs qu’ils emploient dans l’élaboration de leur programme (« surréalité », « merveilleux », « hasard objectif »). Pour cette unité typologique des deux surréalismes voir : Jelena Novaković, Recherches sur le surréalisme, Sremski Karlovci–Novi Sad, Izdavačka knjižarnica Zorana Stojanovića, 2009.

[66] Ibid., p. 253.

[67] André Vaillant, « Les chants épiques des Slaves du Sud », Revue des cours et conférences, 1932, 30 janvier, p. 309.

 

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