LA GRANDE GUERRE 1914-1918

 

Vladimir Becic Vezirov most

A travers les montaignes glacées de l'Albanie :
Vezirov most / Le pont du vizir par Vladimir Bećić


« Le Golgotha albanais » ou la traversée des Enfers 

par Milivoj Srebro

Parmi toutes les guerres où la Serbie a été engagée au cours du XXe siècle, la première guerre mondiale fut pour elle la plus meurtrière, la plus tragique, la plus déterminante aussi pour son futur destin historique. Même si elle s’est trouvée, à la fin de la guerre, dans le camp des vainqueurs grâce à ses énormes sacrifices et à sa résistance audacieuse dans plusieurs batailles mémorables, même si elle a réussi à réaliser son principal but de guerre – la réunion dans un État commun de tous les peuples yougoslaves –, la Serbie est sortie de cette guerre meurtrie dans sa chair et dans son âme : pour sa liberté mais aussi pour celle de ses nouveaux compatriotes, elle a sacrifié plus d’un quart de sa population totale ! Ce sacrifice, qui a laissé des traumatismes profonds et des plaies ouvertes jamais complètement cicatrisées, de surcroît n’a pas été – ou n’a pas pu être – reconnu à sa juste valeur par les autres peuples yougoslaves qui avaient été contraints par ailleurs de se battre dans le camp adverse.

Les questions qui se posaient aux écrivains serbes relevaient donc principalement de la complexité de la Grande Guerre dans les Balkans : pourquoi la Serbie a-t-elle dû la mener dans des conditions qui parfois dépassent l’entendement ? A-t-elle été obligée de faire autant de sacrifices et pour quels intérêts nationaux ? Pourquoi cette guerre imposée et non voulue, menée par la contrainte et au nom de la liberté et de projets progressistes, a-t-elle engendré tant de mal ? Quelle est son importance dans l’histoire nationale postérieure ? A-t-elle une logique intérieure façonnée par l’histoire serbe que la littérature devrait mettre au jour et exprimer par ses moyens ? D’autres interrogations, plus universelles et indépendantes du contexte national, hantaient également les romanciers, en particulier celles touchant à la condition humaine, à la position de l’homme, et à ses possibilités de choix devant le déchaînement du mal engendré par la guerre et l’aveuglement de l’histoire.

Toutes ces questions se sont posées avec plus d’acuité encore quand il s’est agi d’aborder l’exode serbe à travers l’Albanie en 1915, l’événement-clé de la Grande Guerre dans les Balkans, le terrible sacrifice aux accents bibliques resté pour toujours gravé dans la mémoire collective sous le nom évocateur de « Golgotha albanais »…


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in La Grande Guerre des écrivains,
dir. Romain Vignest et Jean-Nicolas Corvisier, Classiques Garnier, 2015, p. 683-713.