Vladimir Djurić
Faculté de Philosophie / Université de Niš

La poésie romantique et symboliste française dans le miroir de la création lyrique de Danica Marković[1]

Velmar Jankovic S portrait 1

Danica  Marković

 

Résumé : Dans ce travail nous envisagerons les liens intertextuels, explicites et implicites, qui se sont tissés entre la poésie de Danica Marković (1879–1932) et les poésies romantique et symboliste françaises. Les traits romantiques dans les poèmes de la poétesse serbe sont visibles surtout sur le plan thématique : ses visions du monde représentent les réflexions de son âme inquiète et mélancolique. Ce sont des Instants et états d’âme (titre de son recueil de poèmes) que Danica Marković nous offre à partager avec elle. En outre, sa poésie rayonne le spleen et l’Ennui baudelairiens, Baudelaire étant son poète préféré. Toutefois, nous percevrons les influences et les résonances d’autres poètes romantiques, parnassiens ou symbolistes : Madame de Staël, Chateaubriand, Vigny, Sully Prudhomme, Rimbaud, Verlaine, voire un écho lointain de François Villon et de Pierre Ronsard. Finalement, notre analyse intertextuelle montrera et soulignera la part considérable de la poésie française dans la création poétique de Danica Marković, ce qui prouve, entre autres, la bonne réception de la littérature française chez les écrivaines serbes de la première moitié du XXe siècle.

Mots-clés : intertextualité, romantisme, mélancolie, auteurs français, Danica Marković.

1.  Introduction

Il est notoire que les relations franco-serbes sur les plans littéraire et artistique commencent à se développer après 1776, date de la parution en serbe du roman Bélisaire de Marmontel, première traduction d’une œuvre française dans l’histoire moderne serbe. Beaucoup de travaux scientifiques ont été consacrés à ce sujet, traité simultanément par des chercheurs français de formation slaviste tels André Vaillant, Philéas Lebesgue, André Mazon, plus récemment Paul-Louis Thomas, et par des chercheurs serbes de formation romaniste comme Nikola Banašević, Miodrag Ibrovac, Miloš Savković, Aleksandar Arnautović.[2] Bien que minutieuses et considérables en l’occurrence, les contributions des auteurs cités ont toujours omis un domaine spécifique et intrigant : la production littéraire et culturelle des auteures serbes y était constamment absente.

Il va de soi que la littérature féminine serbe, parallèlement à la dominante littérature masculine, prenait part au dialogue interlittéraire franco-serbe sous l’effet du rayonnement où les « grandes » littératures influencent les « petites » sur les plans formel, stylistique, thématique, philosophique, idéologique. L’absence des auteures serbes dans les études comparatives n’est pas pour surprendre vu leur absence, surtout après la Deuxième Guerre mondiale, du canon littéraire et des histoires de la littérature serbes. De leur vivant (si l’on parle du XXe siècle), elles étaient lues et commentées, souvent très peu et sans attention approfondie, mais leurs décès voyaient leurs œuvres mourir également. Cette dernière décennie, le projet Knjiženstvo, qui associe une revue électronique et une base de données, contribue largement à la revitalisation de la littérature féminine serbe longtemps négligée.[3] En ce sens, notre article poursuivra deux buts essentiels : faire découvrir la poésie oubliée de Danica Marković dans un contexte précis ainsi que ses rapports à la littérature française, et aider à combler cette grande lacune dans la mosaïque comparative franco-serbe.

1.1.  Le cas de Danica Marković

C’est dans la période de l’entre-deux-guerres que la littérature serbe s’inscrit dans le grand courant moderniste de la littérature française et européenne, et que vivent et travaillent les grandes écrivaines serbes que sont, entre autres, Danica Marković, Jelena J. Dimitrijević, Isidora Sekulić, Milica Janković, Anica Savić Rebac, Desanka Maksimović. Pour connaître leur production littéraire il est indispensable de consulter deux sources capitales, rédigées et éditées par l’Association des femmes diplômées des universités, datant de 1936 : Bibliographie des livres des femmes auteurs en Yougoslavie et L’Œuvre littéraire des femmes yougoslaves, étude littéraire historique et critique écrite en français et, de toute évidence, par Paulina Lebl-Albala[4], mais présentée comme une entreprise collective de femmes. La Bibliographie étudie trois recueils clés de Danica Marković, où figurent ses poèmes essentiels, et dans L’Œuvre littéraire on peut lire le paragraphe suivant :

Au début du XXe siècle et dans la branche serbe de notre littérature, la première femme douée d’un vrai don lyrique fut Danica Marković (1879–1932). Ses poèmes réunis en recueils Instants et Instants et états d’âme sont l’expression directe d’un tempérament poétique sincère, émotif et sensible. Des inégalités passagères et quelques obscurités de style et d’expression qui avaient au début nui à l’éclat de ce lyrisme, ont graduellement disparu ; l’émotivité affinée et la réflexion sans cesse plus expressive dans les poèmes de son âge mûr ont donné à cette poésie si personnelle et si suggestive une valeur nouvelle.[5]

Dans ce petit extrait, nous pouvons déjà discerner les grandes lignes de la poétique de Danica Marković : un lyrisme subtil qui privilégie les fines vibrations de son « moi » sensible, la sincérité et la spontanéité des sentiments éprouvés et, au final, un mélange raffiné d’émotivité et de réflexion, des traits, donc, tout à fait romantiques. Le romantisme rayonne déjà du titre Instants et états d’âme (Trenuci i raspoloženja)[6] : ce sont des « états d’âme », des reflets intérieurs de la nature, du monde extérieur, et non de pures descriptions.

Bien que traditionnelle, la poésie de Danica Marković s’avère moderne selon le mot de Ksenija Atanasijević : « Danica Marković n’est pas seulement la première poétesse à concevoir clairement les exigences de la poésie moderne, mais elle est restée jusqu’à nos jours la plus mûre et la plus expérimentée à l’égard de sa vie intérieure, de sa spontanéité, des motifs et des formes de ses poèmes ».[7] Jovan Skerlić, critique éminent de l’époque et juge autoritaire des questions littéraires, inclut la poétesse dans son Histoire de la nouvelle littérature serbe en lui reconnaissant une grande sincérité, son atout majeur. Malgré une expression obscure et parfois maladroite, la poésie de Danica Marković est rare et osée dans sa sincérité, et va au bout de sa confession lyrique. En outre, elle n’est nullement esclave des conventions ni des imitations car ces Instants sont un livre authentique, « très subjectif et très individuel, presque autobiographique, son livre ». Skerlić, qui est un comparatiste de formation romaniste, souligne cette veine romantique et sentimentale dans la poésie féminine, Danica Marković s’inscrivant aux côtés de Marceline Desbordes-Valmore dans la littérature française ou Batty Paoli dans la littérature allemande : « Cette poésie est agitée, nerveuse, douloureuse, mais elle donne une impression profonde par son accent personnel ».[8] Comme le remarque Magdalena Koch, « cette contextualisation comparatiste à l’échelle européenne parle explicitement au profit de la jeune poétesse serbe ».[9] Nous ajouterons que Bogdan Popović, essayiste et critique littéraire de renom, a inclus trois poèmes de Danica Marković dans son Anthologie de la nouvelle lyrique serbe (1911)[10], ce qui peut être considéré comme une confirmation de la valeur de sa poésie.     

Dans l’optique du contexte comparatif déjà amorcé par Jovan Skerlić, suivons maintenant de près la voie poétique de Danica Marković sur laquelle se tissent divers liens intertextuels, explicites et implicites, avec la littérature française. Nous entendons la notion de l’intertexte au sens assez large et extensif tel que Roland Barthes (à l’instar de Julia Kristeva) l’avait envisagé dans son article « Théorie du texte », publié dans Encyclopœdia universalis en 1973 :

Tout texte est intertexte ; d’autres textes sont présents en lui, à des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables : les textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante… tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. [...] L’intertexte est un champ général de formules anonymes, dont l’origine est rarement repérable, de citations inconscientes ou automatiques, données sans guillemets.

Ceci dit, si le texte est « intertextuel, ce n’est pas seulement parce qu’il contient des éléments empruntés, imités ou déformés, mais parce que l’écriture qui le produit procède par redistribution, déconstruction, dissémination des textes antérieurs ».[11]

2.  Danica Marković dans le réseau intertextuel français

Un lien intertextuel est à mentionner en particulier. C’est Isidora Sekulić qui met en relation la culture française avec la poésie de Danica Marković, l’académicienne serbe reconnaissant la part de l’esprit libertaire. Commentant cette poésie, elle écrit : « Il y a quelque chose de ce que m’a autrefois dit un moine d’esprit en Bretagne : ʼMoi, madame, lorsque je suis ivre, je ne parle qu’en prose, et dès que je commence à versifier, figurez-vous, je suis tout sobre’». Ainsi les poèmes de Danica Marković sont-ils tout sobres, stricts, ciselés à sec, rigoureux, comme la vapeur ferrée ».[12] Cette petite mais juste observation sur sa poétique nous introduit dans un réseau complexe de relations littéraires et culturelles franco-serbes où le médiateur principal sera la poésie féminine serbe.

2.1.  Le romantisme et le baudelairisme de Danica Marković

En premier lieu, nous pointerons des vers de Sully Prudhomme, poète parnassien et le premier à obtenir le prix Nobel, qui figurent en tant qu’intertexte explicite, illustré par la strophe finale du poème « Combats intimes » que Danica Marković cite comme épigraphe dans la partie « États d’âme » du recueil[13] :

Ainsi, dans les combats que le désir te livre,
Ne compte sur personne, ô cœur !
N’attends pas, sous la dent, qu’un autre te délivre !
Tu luttes quelque part où nul ne peut te suivre,
Toujours seul, victime ou vainqueur.

Le cœur étant appelé comme leader et combattant suprême, sujet et objet, « victime » ou/et « vainqueur » des passions, des ambitions et des souffrances humaines, l’inspiration romantique désigne peu ou prou la poétique de Danica Marković. Cette inspiration à la manière des premiers romantiques est déjà perceptible dans « Idylle nocturne » qui ouvre le recueil : « À travers de petits nuages la lune rayonne… Brume brillante s’est élevée en haut / Se dérobant en ciel du vallon paisible / De voile fine étreignant le mont / Et les ruines du château sur son pic ». Nous ajouterons les « accords » printaniers, c’est-à-dire les harmonies de la nature avec les « battements du cœur », et puis les violettes discrètes, fleurissantes qui apparaissent comme des leitmotivs dans le recueil.

Dans « Élégie d’avril » les violettes évoquent de façon magistrale les célèbres « neiges d’antan » de François Villon mais avec une gradation décourageante : « Les violettes sont passées […] Il n’y a plus de violettes ! […] Les violettes ont flétri ! […] Que ferai-je sans mes violettes ! » On peut trouver la même allusion implicite à Villon dans maints autres poèmes tels « Oh, où êtes-vous, les journées claires de février ! », « Élégie de mai », « Élégie de février », « Élégie de printemps » où domine la poétique de la fugacité et de l’écoulement de la vie terrestre, une thématique qui, par extension, est typique des poètes de la Renaissance, notamment de Pierre Ronsard. Amours et surtout Derniers vers proposent une imagerie réaliste et naturaliste digne de Villon mais aussi, successivement, des poètes baroques, des romantiques et, enfin, la source d’inspiration de certains poèmes de Danica Marković : le temps passe et s’envole avec nos amours flétris et ne nous laisse rien sinon la souffrance et la douleur ; ces images sont suivies de visions néfastes de la mort, souvent dans les leitmotivs des tombeaux, des cimetières ou des cercueils comme dans « Marcia funèbre » ou « Élégie de mai » : « Quand tu te trouves au bord de la tombe froide / Sous le coup de la Mort faucheuse qui n’épargne personne ».[14] Le même aspect imagologique de la mort est présent chez Marceline Desbordes-Valmore dans le poème « À Délie IV ».[15]

Les sentiments de désespoir, de mélancolie et de repentir s’enchaînent dans les parties intitulées « Repentir », « Inquiétudes » et « Amour posthume », puis les sentiments de fatigue et d’ennui profond, à savoir le vague faustien qu’on découvre dans un vers concis : « tous les livres lus, tous les poèmes chantés » ce qui est en plus une référence implicite à Mallarmé et au premier vers de Brise marine : « La chair est triste, hélas ! J’ai lu tous les livres ! ». Sont ainsi montrées la profondeur et la pertinence des motifs et des images littéraires que Danica Marković a choisi de poétiser en s’inscrivant d’abord dans la veine romantique avant de la dépasser par sa sensibilité originale.

Si Baudelaire chantait le spleen de Paris, Danica Marković chante le « spleen de province », la misérable prose de la vie quotidienne (« Le 27 juin », « L’Ennui », « La Lettre »[16]). Selon Radomir Konstantinović, elle est une poétesse de la « solitude horrible » et du « pessimisme méthodologique » où se confondent souffrance, angoisse et peur existentielle. Dans « Histoire d’un sentiment » Konstantinović souligne le motif baudelairien (et décadent) qu’il appelle l’érotisme agonique et qui y rencontre un romantisme exacerbé :

« Histoire d’un sentiment » représente sans doute la rencontre de la « fée de Vrdnik »[17] avec Baudelaire où la conscience répressive d’un mélodrame sentimental se prolonge par le romantisme mélancolique de « L’étoilette »[18] et par les motifs baudelairiens de l’érotisme agonique.[19]

Ce combat, « agon » entre Éros et Thanatos (car c’est « du combat que la flamme se nourrit ») se résume dans le vers suivant : « Encore une fois – mourant – tu voulais aimer », mais il apparaît aussi en tant que « jeu furieux des flammes mourantes », « passions ravageuses » ou bien « plante géante qui coupe la parole et consume le cœur par le feu dévorant ».[20]

De plus, contrairement à la tonalité romantique qui est douce et larmoyante, et tout à fait « féminine », dans « L’Ennui de mai » nous trouvons des vers « virils » dignes de la poétique d’un Vigny. En fait, Danica Marković et l’Alfred de Vigny de « La Mort du Loup » et du « Mont des Oliviers » partagent la même attitude stoïque (« masculine » ?) que l’Homme est censé adopter devant les épreuves de la fatalité. « Au silence éternel de la Divinité » l’Homme se doit de répondre par ce même silence froid et hautain, mais sublime et résistant, par lequel il s’élève au-dessus du Sort, de la souffrance et finalement de la mort. En guise d’illustration, nous citerons en parallèle les vers clés des deux poètes (la traduction libre, mais fidèle, de Danica Marković est la mienne et c’est moi qui souligne en italique) :

L’Ennui de mai

Taisez-vous, les vents, dors en paix, la nature !
Cette paix venant du dehors adoucit ma peine.
Et toi, l’oiseau sur la branche, songe tes rêves !
Alors qu’à moi une puissance suprême parle :

Souffre et meurs, le Sort te condamna à souffrir
– Car on ne te donna pas la vie pour plaisir –
Tout ce qui naît dans ton âme est à vaincre :
Cette lourde tâche la raison de ta vie cache.

Sous le joug rude d’un quotidien vague
Tu seras toujours prête au sacrifice
N’attends pas l’avenir meilleur que le passé
Sur la route cruelle que le Sort te fit.

Et pendant que tu endures le joug absurde et bête
– En tant que récompense pour tout ce que la vie te prit –
Pour expier l’âpreté des jours ennuyants,
Aux moments pénibles Il te laisse les larmes.

Sans gémir j’accepte la croix que me confia
Le Sort injuste sur cette voie terrestre
.
Je sais que maintes âmes subissent des peines ressemblantes
Et que maints cœurs cèlent maintes blessures brûlantes.

[...]

Majski sumor[21]

Ućutite vetri, prirodo počivaj!
Lakše mi je kad bar mir dolazi s polja.
Ptičice na grani, snove svoje snivaj,
Dokle meni veli viša neka volja :

« Stradaj, Udes ti je sudio da stradaš;
 Rad uživanja ti stvoren život nije, -
Sve što ti u duši nikne da savladaš :
Ova težnja smisô tvog života krije.

Pod teretom grubim prazne sadašnjosti
Za odricanje ćeš spremna biti vazda.
Ne čekaj budućnost bolju od prošlosti,
Na surovu putu što ti Usud sazda.

I dok vučeš teret besmisleni, glupi,
 U naknadu za sve što ti život uze –
Jednolikih dana čemer da iskupi,
U časima teškim ostavlja ti suze.

Bez roptanja nosim krst koji mi dade
Nepravedna sudba na zemaljsku putu.
Znam da mnoga duša slične snosi jade,
Mnoge grudi kriju mnogu ranu ljutu.

[...]

La Mort du Loup (III)

Hélas ! ai-je pensé, malgré ce grand nom d’Hommes,
Que j’ai honte de nous, débiles que nous sommes !
Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,
C’est vous qui le savez, sublimes animaux !
À voir ce que l’on fut sur terre et ce qu’on laisse
Seul le silence est grand ; tout le reste est faiblesse.
– Ah ! je t’ai bien compris, sauvage voyageur,
Et ton dernier regard m’est allé jusqu’au cœur !
Il disait : « Si tu peux, fais que ton âme arrive,
À force de rester studieuse et pensive,
Jusqu’à ce haut degré de stoïque fierté
Où, naissant dans les bois, j’ai tout d'abord monté.
Gémir, pleurer, prier est également lâche.
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voie où le Sort a voulu t’appeler,
Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler
.

Le Mont des Oliviers (III, Finale : Silence)

Si le Ciel nous laissa comme un monde avorté,
Le juste opposera le dédain à l’absence
Et ne répondra plus que par un froid silence
Au silence éternel de la Divinité
.[22]

Outre la décision ferme de prendre la « stoïque fierté » comme réponse au Sort injuste et implacable, des nuances sont aussi à distinguer. La poésie de Vigny est sans doute plus suggestive, le poète français ayant recours aux symboles, c’est ici le loup mourant qui donne une leçon de vie, « comment on doit quitter la vie et tous ses maux », aux Hommes « débiles ». Vigny s’élève et, au fur et à mesure, du plan des réalités concrètes animalières (l’histoire de chasse du loup et de ses petits) accède à celui des idées abstraites, de la pensée philosophique propre à l’Homme (le stoïcisme sublime), mais toujours est-il que l’humanité a beaucoup à apprendre de l’« animalité ». La morale est donc identique chez les deux poètes mais là où Vigny cherche à édifier les hommes, Danica Marković l’a déjà apprise et mise en œuvre : elle accepte et porte sa croix, cette « longue et lourde tâche », sans pousser un seul cri.

En revanche, elle aime le silence de la nature tellement haïssable pour Vigny dans « La Maison du Berger ». De plus, elle exige des vents, des oiseaux, donc de la nature, une quiétude absolue qui saurait adoucir les peines que lui cause le Sort. Le silence et la cruauté du Dieu, du Sort ou de la Providence n’y sont pas confondus avec le silence de la Nature qui offre son refuge paisible, à la manière romantique, contre les aléas de la fatalité. Une autre différence qu’il faut repérer : dans le troisième quatrain, Danica Marković parle au féminin « tu seras prête au sacrifice… sur la route cruelle que le Sort te fit », ce qui implique la route particulière que le Sort a attribuée aux femmes dans les aléas de l’Histoire notamment « masculine » et dont le sacrifice pour l’humanité était depuis toujours l’apanage de l’Homme. Ce trait féministe n’y est que suggéré et, de ce fait, plus intrigant à commenter, car ce n’est pas du tout par hasard que Danica Marković écrit « au féminin ».

2.2.  La suprême imagination

Outre le spleen étouffant, du « joug rude d’un quotidien vague » et oppressant, Danica Marković partage avec Baudelaire, et nombre d’autres romantiques, la fascination pour l’Imagination, nourrice suprême de l’esprit humain, « reine de la nuit » et de toutes les capacités humaines.[23] Trois poèmes du recueil lui sont consacrés : « Imagination », « Sur la voie de l’Imagination » et « Imaginer l’imagination ». Dans ce dernier, elle est présentée sous la forme de maintes oppositions binaires où, par une gradation parfaite, on oscille entre le Bien et le Mal, lumière et obscurité, Ange et Sirène, Dieu et Satan, ce qui finit par embrasser les deux. On ne songe pas seulement à Baudelaire, mais au « soleil noir » d’un Nerval ou même à Lautréamont :

Tu es un champ fertile qui me nourrit, ma sangsue géante…, ma fièvre jouissante qui épuise mes forces ; tu es la bénédiction céleste et le don précieux, tu es la malédiction infernale et le joug sans scrupules ; tu es ma plus haute vertu et ma passion la plus grande... tu es une oasis où mon esprit se repose... ; tu es une coupe d’amertume que j’avale et le flambeau dans l’obscur que je ne quitte jamais, tu es la source claire de mes joies au bout et le lac noir de mes peines… tu es la Mégère méchante et la plus douce mère ; tu es la ruche bien pleine des plaisirs et des parfums floraux, tu es le champ de bataille de tous conflits ; tu es le temple solennel de tous mes efforts... le ciel étoilé de mes inspirations et le théâtre des chimères ravageuses… tu exaltes mon esprit et étourdis mes sens, tu édifies et détruis, avec toi je vois la force et la perte ; tu me gèles comme glace et me brûles comme soleil… tu comprends tous les paradoxes et les symboles, tu es l’autel de ma vie, ma victoire et ma chute, ma beauté suprême, l’idiome de mon cœur ; ton prisme géant casse le rayon d’optimisme, mais tu es le berceau des espérances d’outre-tombe… tu es mon trône et mon esclavage, mon sceptre et mon exil, le côté en fleurs dans le désert ; tu es la raison d’être du Dieu et la symphonie puissante de l’être poétique…, tu es le miroir magique de ce monde, tu es au fond de la tour Babel… ; ainsi, te sens-je en double, et je me vois déchirée – tu me lèves et me renverses doucement, je suis bénie et maudite.[24]

De ce spectre frappant des images de l’imagination flamboyante nous ne pouvons qu’approuver et admirer le génie poétique de Danica Marković qui fascine par sa richesse et sa profondeur. Par la suite, on revient au souffle des préromantiques.

Grâce à l’imagination « j’ai senti en moi le sang de toutes les races / Et compris toutes les religions », nous confesse Danica Marković, pour connaître Dieu même dans le transport de l’enthousiasme au sens que Mme de Staël attribue à ce mot, le sens étymologique : « c’est l’amour du beau, l’élévation de l’âme, la jouissance du dévouement, réunis dans un même sentiment qui a de la grandeur et du calme. Le sens de ce mot chez les Grecs en est la plus noble définition : l’enthousiasme signifie Dieu en nous ».[25] Danica Marković s’y inscrit avec ce vers : « Oui, mon imagination, avec toi et par toi, Dieu est en moi ».[26] Comme la plus grande philosophie de l’imagination apparaît le panthéisme car « Je sentais en tout la beauté du monde, Et la puissance en tout du démiurge, déclencheur suprême… ».[27] À l’évidence, c’est là ce que Chateaubriand appelle les « harmonies de la religion chrétienne avec les scènes de la nature et les passions du cœur humain », ou  ce que Victor Hugo chante dans Ce que dit la bouche d’ombre : « Tout parle. Et maintenant, homme, sais-tu pourquoi / Tout parle ? Écoute bien. C’est que vents, ondes, flammes / Arbres, roseaux, rochers, tout vit ! / Tout est plein d'âmes ».[28] Dans la veine d’inspiration chrétienne « à la Chateaubriand » s’inscrit sans doute le poème « Impromptus » écrit dans la tradition de ce petit genre à la fois littéraire et musical. La douce voix de son bien-aimé rappelle la poétesse au bruissement des cloches d’une cathédrale qui chantent le transport et les frissons de son cœur par une musique à l’échelle chromatique des plus hautes sphères possibles : Osanna in Excelsis ! Nous pouvons donc constater que les harmonies poétiques, religieuses et sentimentales se correspondent vivement dans la poésie de Danica Marković ainsi que dans les vers des grands romantiques et préromantiques français.

2.3  Quelques traits symbolistes

Outre les romantiques, on trouvera dans la poésie de Danica Marković des éléments de la poétique symboliste, surtout celle de Baudelaire, son poète préféré, parfait et « cristallin ». Nous avons déjà pointé quelques traits distinctifs où la poétesse serbe « baudelairise » son expérience vécue, ce qui est visible déjà dans les titres indicatifs : « Les combats nocturnes », « Les Instants de névrose », « La Résignation », « La Mélancolie », « L’Ennui », « Une confession obscure », « La Chimère », « La Soif noire ». Parmi ces titres le « Poème d’une tentative alchimique » suggère une inspiration rimbaldienne. Dans son étude « Le métier poétique de Danica Marković dans le poème ‘L’Ennui’ » Branka Radovanović offre une analyse phonétique assez précise des voyelles qui, « répandues si richement, auraient chanté Rimbaud : ‘A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert’, ce triste et ennuyant poème, fort désespérant ». D’un autre côté, Radovanović met en relief le talent musical de la poétesse qui s’exprime non seulement au piano (instrument dont Danica Marković jouait), mais dans sa facture poétique, « par incorporation du son, de la voix et de la mélodie dans l’édifice poétique », ce qui est comparable à l’exigence de Verlaine, c’est-à-dire à son célèbre précepte aux poètes de faire toujours « de la musique avant toute chose ».[29] Nous ajouterons ce jugement d’Antun Gustav Matoš, poète et critique croate, qui estimait que l’essence de la poésie de Danica Marković est « éminemment musicale ».[30] Ceci étant dit, il apparaît clairement qu’elle partage certaines orientations symbolistes sur le plan thématique ainsi que sur le plan poétique, ce que nous venons de cerner.

Dans ce contexte nous sortirons le poème « La Lettre » où Paul Verlaine est directement évoqué : c’est un intertexte explicite qui nous révèle de façon certaine la lecture de Verlaine. Dans ce poème, la « prose de circonstance » baudelairienne se transforme en « poésie de cœur », selon Snežana Kalinić. Dans son étude « ‘Plaisirs impurs’, ‘Fleurs d’antan’ et ‘Verlaine fermé’ : les éléments intimistes dans la poésie de Danica Marković », Kalinić juge que la poétesse serbe « à la manière moderniste décrit l’aliénation qu’elle éprouve dans un milieu provincial navré en tant que personne qui apprécie le dit littéraire, et pas du tout le « on dit », car sous l’irruption des soucis prosaïques elle reste empêchée d’assouvir son besoin spirituel et c’est de communiquer en lisant avec son semblable Verlaine. »[31] Sur le plan individuel, la banalité quotidienne qu’elle est amenée à vivre, empêche Danica Marković de s’exalter par la lecture où elle côtoierait le poète français. En revanche, le prosaïsme est en même temps une source d’inspiration positive et une incitation pour notre auteure à écrire un poème qui, par ailleurs, communiquera, sur le plan universel, avec la poésie de Verlaine. La trivialité étouffe la spiritualité, mais cette impossibilité de lire rend toutefois possible l’écriture, à savoir une tendre poétisation de Danica Marković : « ses vers disent clairement que c’est justement le trivial qui la pousse à écrire son poème pour l’avoir empêchée d’en lire un autre. Le temps ôté à la lecture est finalement rendu à l’écriture, et ‘Verlaine fermé’ a ouvert ‘La Lettre’ », conclut Kalinić.[32]

2.4.  Une écriture féminine ?

Enfin, il faut relever des interprétations critiques qui pointent l’aspect générique du texte, ce que l’on appelle désormais les « études de genre » (gender studies) ou « écriture féminine » en France. Or, le « genre » d’un texte est supposé être une catégorie différente et indépendante du « sexe » d’un(e) auteur(e), mais il n’empêche que les interférences existent. Ainsi Dimitrije Frtunić écrit-il que dans la poésie de Danica Marković l’humeur mauvaise se mêle « avec quelque chose de sain, de fort, de masculin… C’est le sentiment masculin, puissant, plein de force qui y figure… » tandis qu’Antun Gustav Matoš juge à l’inverse que la poésie de Danica Marković, « surtout lorsqu’elle coule des paysages décrits, éveille chez le lecteur une douce et féminine, mélodieuse et élégiaque mélancolie qu’on apprécie tellement chez le doux et féminin Lamartine ».[33] De ces remarques constatons que le « grand » Lamartine surgit « féminin » en poétisant doucement, « au féminin », de même que la « petite » Danica Marković, sa fidèle lectrice et disciple,[34] peut rayonner poétiquement un « fort, sain et puissant sentiment masculin »

De manière (post)moderniste, nous dirions que le romantique français est « androgyne » dans son texte tout comme Danica Marković est « gynandrone ». Ce que la théorie postmoderniste française a reconnu et formulé sous l’appellation écriture féminine, qui pourrait se référer tant aux textes des hommes qu’à ceux des femmes, était déjà présent « avant la lettre », sans une conscience approfondie, mais bien présent dans les observations critiques de Frtunić et Matoš citées ci-dessus. Néanmoins, le terme proposé est assez étriqué, imprécis, et il serait nécessaire d’en introduire un autre qui comprendrait les deux types de genres, comme par exemple une « écriture fluide », proposée par Biljana Dojčinović,[35] où on comprend justement cette fluidité, un amalgame dynamique propre d’ailleurs à l’intertexte, parce que cette fluidité est en essence de toute écriture, susceptible d’absorber les caractéristiques des deux genres et des deux sexes.

3.  En guise de conclusion

En définitive, nous sommes témoins d’une riche intertextualité qui unifie la création poétique de Danica Marković et celle de plusieurs auteurs français. Il est bien évident que la poétesse serbe doit beaucoup à la tradition occidentale qu’elle emprunte avec vigilance pour la transfigurer à son gré. Et sur le plan thématique maintes analogies universelles qui appartiennent au trésor de la littérature générale, voire mondiale, et pas exclusivement à la littérature française. Cependant, c’est la France qui était depuis toujours « le porte-bannière en littératures » selon le mot d’Isidora Sekulić, et c’est sous cette bannière de la littérature française que bien d’autres littératures (dites mineures) se sont formées et développées, y compris la littérature serbe.

C’est par ce biais, et surtout par les références à Baudelaire, que Danica Marković est entrée dans le vaste réseau intertextuel des analogies. Nous l’avons montré, son génie poétique a su intégrer à tour de rôle le préromantisme « à la Madame de Staël et Chateaubriand », le sentimentalisme outré de Marceline Desbordes-Valmore, avec laquelle elle partage le sentiment proprement « féminin », et le romantisme « féminin » de Lamartine, mais aussi le stoïcisme « mâle » de Vigny, la « poétique de passage » de Villon et de Ronsard, et le panthéisme évocatoire de Hugo. S’y enchaîne la galerie d’images symbolistes où triomphe l’imagination en tant que reine des puissances humaines. Par ces traits distinctifs, Danica Marković mérite bel et bien d’être plus présente et plus abordée dans nos études comparatives qui, sans aucun doute, donneraient d’excellents résultats. Que notre présente étude soit un déclencheur productif à continuer la recherche non seulement de l’œuvre poétique de Danica Marković, mais de l’œuvre immense qu’on appelle la littérature féminine serbe longtemps tenue en marge. C’est de cette manière qu’on peut dignement poursuivre l’édification de la mosaïque des relations franco-serbes.

Sources

Desbordes-Valmore, Marceline, Élégies, Paris, Charpentier, 1860.

Hugo, Victor, Les Contemplations, préface et commentaires de Gabrielle Chamarat, Paris, Pocket, 1998.

Marković, Danica, Istorija jednog osećanja, Beograd, Narodna knjiga i Čačak, Gradska biblioteka Vladislav Petković Dis, 2006.

Staël, Germaine Necker, Madame de, De l’Allemagne, tome 3, chapitre X, Paris, Librairie Stéréotype, 1814.

Vigny, Alphred de, Les Destinées : poèmes philosophiques, Paris, Michel Lévy frères, 1864.

Références bibliographiques

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Kristeva, Julia, Séméiotikè. Recherches pour une sémanalyse, Paris, Seuil, 1969.

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Sekulić, Isidora, „Za dobar spomen Danice Marković“, Srpski književni glasnik, knjiga XXXVII, sveska 1, 1. septembar 1932, p. 47. Disponible sur : http://www.digitalna.nb.rs/wb/NBS/casopisi_pretrazivi_po_datumu/Srpski_knjizevni_glasnik/P-1010-1932-003#page/56/mode/1up.

Skerlić, Jovan, Istorija nove srpske književnosti, Beograd, Zavod za udžbenike, 2006.

Владимир Ђурић

ФРАНЦУСКА РОМАНТИЧАРСКА И СИМБОЛИСТИЧКА ЛИРИКА У ПЕСНИЧКОМ ДЕЛУ ДАНИЦЕ МАРКОВИЋ

Сажетак : У раду се анализирају експлицитне и имплицитне интертекстуалне везе које се плету између поезије српске песникиње Данице Марковић (1879–1932) и француске романтичарске и симболистичке поезије. У лирици Данице Марковић романтичарске црте видљиве су пре свега на тематском плану: њена визија света дефинисана је рефлексијом „стања душе”, дубоко узнемирене и меланхоличне. Даница Марковић дели са читаоцем своје „тренутке и расположења”, па отуда и наслов прве збирке Тренуци, да би друга и трећа књига понеле наслов Тренуци и расположења. Аутор уочава и истиче бројне цитате, референце, аналогије и варијације на теме које су свеприсутне код француских романтичара, парнасоваца и симболиста попут госпође де Стал, Шатобријана, Игоа, Вињија, Силија Придома, Рембоа, Верлена, али и далеки одјек Вијона и Ронсара. Међутим, поезија ове српске песникиње пре свега исијава бодлеровским сплином и Досадом (Ennui), што је и код ње плодно тле за уметнич­ки преображај. На метафоричком плану, уз Бодлера, који је иначе њен омиљени, „кристални” песник, Даница Марковић дели схватање песничке имагинације, као најмоћније снаге духа, и са „мрачним” песницима попут Нервала или Лотреамона. Ту се указују и неке феминистичке, „женске” одлике песничког писма Данице Марковић. А крајњи циљ ауторове интертекстуалне анализе јесте да се подвуче значајан удео француске књижевности у стваралаштву ове списатељице, као и у делима других српских списатељица прве половине XX века, које су дале значајан допринос српско-француском књижевном и културном дијалогу.

Кључне речи: интертекстуалност, Бодлер, романтизам, симболизам, Даница Марковић.

NOTES :

[1] Cet article est rédigé dans le cadre du projet scientifique Les langues, les littératures et les cultures romanes et slaves en contact et en divergence (no 81/1-17-8-01) soutenu par l’AUF (Agence universitaire de la Francophonie) et l’Ambassade de France en Serbie.

[2] Pour plus d’informations, voir Jelena Novaković, « La littérature serbe dans la presse française à l’époque de l’entre-deux-guerres », in Les Serbes à propos des Français – les Français à propos des Serbes, sous la direction de Jelena Novaković et Ljubodrag P. Ristić, Belgrade, Faculté de philologie de l’Université de Belgrade et Association de coopération culturelle Serbie–France, 2015, pp. 21–38.

[3] Knjiženstvo – théorie et histoire de la littérature féminine en langue serbe jusqu’à 1915. Voir : knjizenstvo.rs

[4] Une des premières Serbes théoriciennes et critiques littéraires, de spécialité comparatiste.

[5] L’Œuvre littéraire des femmes yougoslaves, rédigé par l’Association des femmes diplômées des universités en Yougoslavie, Dubrovnik, Conseil national des femmes yougoslaves, 1936, p. 31.

[6] En effet, Danica Marković a publié trois recueils : Instants (1904), Instants et états d’âme (1928) édité par Srpska književna zadruga avec une préface de Velimir Živković, enfin un troisième recueil sous le même titre édité par l’auteure même en 1930. Néanmoins, il s’agit de livres différents et remaniés. Sur ce point, voir la préface de Ljiljana Đurđić „O alhemijskom pokušaju Danice Marković“ dans le recueil Pesma o alhemijskom pokušaju, Gornji Milanovac, 1989.

[7] Ksenija Atanasijević, „Lik jedne naše pesnikinje“, Etika feminizma, izbor, priređivanje i predgovor Ljiljana Vuletić, Beograd, Helsinški odbor za ljudska prava u Srbiji, 2008, p. 179. Toutes les traductions des sources serbes sont les miennes.

[8] Jovan Skerlić, Istorija nove srpske književnosti, Beograd, Zavod za udžbenike, 2006, p. 397. Dans la suite, nous allons revenir aux vers de Marceline Desbordes-Valmore.

[9] Magdalena Koh, … kada sazremo kao kultura… Stvaralaštvo srpskih spisateljica na početku XX veka – kanon, žanr, rod, Beograd, Službeni glasnik, 2012, p. 105.

[10] C’était « Élégie d’avril », « Gallium verum » et « Au puits ». De la vie et de l’œuvre de Danica Marković, à savoir de sa condition privée et professionnelle, voir plus sur : http://knjizenstvo.etf.bg.ac.rs/sr/authors/danica-markovic .

[11] Cité d’après Nathalie Piégay-Gros, Introduction à l’intertextualité, Paris, Dunod, 1996, p.12.

[12] Isidora Sekulić, « Za dobar spomen Danice Marković », Srpski književni glasnik, knjiga XXXVII, sveska 1, 1. septembar 1932, p. 47. Disponible sur : http://www.digitalna.nb.rs/wb/NBS/casopisi_pretrazivi_po_datumu/Srpski_knjizevni_glasnik/P-1010-1932-003#page/56/mode/1up.

[13] Par la suite, nous nous référerons à l’édition intégrale des poèmes : Danica Marković, Istorija jednog osećanja, Beograd, Narodna knjiga, i Čačak, Gradska biblioteka « Vladislav Petković Dis », 2006. En plus, cette édition comprend des poèmes non-publiés dans les trois recueils, mais dispersés dans des revues et journaux divers.

[14] Istorija jednog osećanja, p. 46.

[15] « Toi, dont jamais les larmes / N’ont terni la beauté, / Enveloppe tes charmes, / Enchaîne ta gaieté ; / Que ta grâce divine, / Sous un voile de deuil, / S’abandonne et s’incline / Sur le bord d’un cercueil ! / Quitte cette guirlande / Qui pare tes attraits ; / Laisse-la pour offrande / À ce jeune cyprès : / C’est ici le mélange / Des rosées et des pleurs ; / C’est l’asile d’un ange : / Qu’il dorme sous des fleurs ; / Vois-tu, sous l’herbe tendre, / Ce précoce tombeau ? / Là mon coeur vient attendre / Qu’on en creuse un nouveau. / Oui, mon fils ! l’arbre sombre / Qui se penche vers toi, / En te gardant son ombre, / Croîtra bientôt sur moi ! / Toi, dont jamais les larmes / N’ont terni la beauté, / Ne voile plus tes charmes, / Rappelle ta gaieté. / Adieu, belle Délie ; / Je te rends au plaisir ; / Retourne vers la vie, / Et laisse-moi mourir. » Élégies, Paris, Charpentier, 1860, pp. 70–71.

[16] Nous reviendrons à ce poème.

[17] C’est le surnom de Milica Stojadinović Srpkinja (1828–1878), grande intellectuelle serbe et femme de lettres, qui écrivait sa poésie sous l’influence romantique européenne. Elle traduisait des œuvres littéraires du français (Balzac) et de l’allemand (Goethe).

[18] Zvezdanka, surnom de Danica Marković.

[19] Radomir Konstantinović, „Danica Marković“, Biće i jezik u iskustvu pesnika srpske kulture XX veka, knjiga 5, Beograd, Prosveta, 1983, р. 190.

[20] Istorija jednog osećanja, p. 29–32.

[21] Istorija jednog osećanja, p. 184.

[22] Alfred de Vigny, Les Destinées : poèmes philosophiques, Paris, Michel Lévy frères, 1864, pp. 100 – 101, 131.

[23] Sur l’imagination « nocturne » et l’esthétique du pessimisme dans l’œuvre de Danica Marković, voir l’ouvrage de Danica Andrejević, « Imaginacija tame u poeziji Danice Marković », Trenuci Danice Marković, zbornik radova, Beograd, Institut za književnost i umetnost, i Čačak, Gradska biblioteka « Vladislav Petković Dis », 2007, pp. 117–124.

[24] Istorija jednog osećanja, p. 210–212.

[25] Madame de Staël, De l’Allemagne, tome 3, chapitre X, Paris, Librairie Stéréotype, 1814, p. 382.

[26] « Da, mašto, tobom, u meni je Bog ». Istorija jednog osećanja, p. 174.

[27] Ibid, p. 178.

[28] Victor Hugo, Les Contemplations, préface et commentaires de Gabrielle Chamarat, Paris, Pocket, 1998, p. 490.

[29] Branka Radovanović, « Pesnička veština Danice Marković u pesmi ‘Dosada’ », Trenuci Danice Marković, zbornik radova, Beograd, Institut za književnost i umetnost, i Čačak, Gradska biblioteka « Vladislav Petković Dis », 2007, pp. 127.

[30] Cité d’après Milivoj Nenin, « Elegije Danice Marković », Istorija jednog osećanja, p. 251.

[31]Snežana Kalinić, « ‘Nečiste žudi’, ‘minule cveti’ i ‘sklopljeni Verlen’: intimistički elementi poezije Danice Marković », Knjiženstvo – teorija i istorija ženske književnosti na srpskom jeziku do 1915, Beograd, Filološki fakultet, 2011. Disponible sur: http://www.knjizenstvo.rs/magazine.php?text=10.

[32] Ibid.

[33] Cité d’après Milivoj Nenin, « Elegije Danice Marković », Istorija jednog osećanja, p. 246, 251. C’est moi qui souligne en italique.

[34] Un autre critique littéraire, Ilija Ivačković, relève, entre autres, que « Danica Marković ne s’est jamais émancipée des imitations maladroites des poètes occidentaux ». Ibid, p. 249. Il faut se distancier de ce jugement de valeur ; reste toutefois le fait que dans la poésie de Danica Marković domine le romantisme occidental, notamment français.

[35] Voir Biljana Dojčinović, Prava književnost je uvek prestup, intervju vodila Milena Ilić, disponible sur http://libartes.com/2012/mart/intervju/biljana_dojcinovic.php [25/03/2018].

 

Date de publication : octobre 2019

 

DOSSIER SPÉCIAL : Les relations littéraires et culturelles franco-serbes dans le contexte européen

 

Date de publication : juillet 2014

 

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Le poème titré "Salut à la Serbie", écrit en janvier 1916, fut lu par son auteur Jean Richepin (1849-1926) lors de la manifestation pro-serbe des alliés, organisée le 27 janvier 1916 (jour de la Fête nationale serbe de Saint-Sava), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. A cette manifestation assistèrent, â côté de 3000 personnes, Raymond Poincaré et des ambassadeurs et/ou représentants des pays alliés.

Grace à l’amabilité de Mme Sigolène Franchet d’Espèrey-Vujić, propriétaire de l’original manuscrit de ce poème faisant partie de sa collection personnelle, Serbica est en mesure de présenter à ses lecteurs également la photographie de la première page du manuscrit du "Salut à la Serbie".