Alain Cappon

À quoi pense Radoslav Petković quand on dit

Première Guerre mondiale ?

A propos de L’Œuf de Christophe Colomb de Radoslav Petković

 

Petkovic Kolumbovo jaje

Kolumbovo jaje
L’Œuf de Christophe Colomb


À peine le numéro de Serbica qui lui était consacré (N° 16 / juin 2016) avait-il été mis en ligne que Radoslav Petković publiait un nouveau livre, Kolumbovo jaje [L’Œuf de Christophe Colomb], dont la sortie en Serbie était concomitante avec le salon du livre de Belgrade qui, en 2017 et comme de coutume, se tenait à la fin d’octobre. À l’opposé des ouvrages qui lui ont valu des récompenses tels Destin et commentaires ou Souvenir parfait de la mort, ouvrages de fiction basés néanmoins sur une solide et imposante documentation historique et philosophique, le nouvel ouvrage est un livre d’essais dans la lignée d’Ogled o mački [Essai sur le chat, 1995] ou des plus récents Vizantijski internet [Internet byzantin, 2007] et Dogadjaj godine [L’Événement de l’année, 2010] restés, hélas, totalement ignorés chez nous.

L’Œuf de Christophe Colomb se compose de trois parties qui réunissent des textes de différentes longueurs, eux-mêmes distincts, quoique…

Le premier, a priori le plus court, s’interroge : Y a-t-il eu une Première Guerre mondiale ? mais pousse la réflexion plus loin en posant la question de la fiabilité de la littérature : que révèle-t-elle sur la réalité de la guerre et que passe-t-elle sous silence ? De grands noms sont ainsi évoqués, yougoslaves : Krleža, Crnjanski, mais aussi français : Proust, Malraux, Breton, et allemands : Thomas Mann, Ernst Jünger. (Pour lire un extrait de cette première partie, cliquez sur le lien présenté plus bas.)

Le troisième texte, éponyme, relate l’histoire bien connue selon laquelle Christophe Colomb, sous les regards ahuris de son auditoire, parvint à faire tenir un œuf en position verticale, mais revient surtout sur ce qui fut une supercherie, la démonstration de l’effective, mais contestée par les autorités religieuses, forme de la terre n’ayant d’autre finalité que commerciale : l’exploration et la découverte de la voie maritime la plus courte, la plus rapide et, en conséquence, la moins onéreuse pour le négoce européen avec l’Inde et l’Extrême-Orient. Ici encore Radoslav Petković propose au lecteur un large éventail de textes et de motifs dont une réflexion sur les barbares : Qui étaient-ils dans la Grèce antique ? Sont-ils ceux qu’aujourd’hui nous nommons tels ? Comment qualifier les assassins de la Saint-Barthélemy ? Ces considérations entraînent l’auteur vers Montaigne (qui affirmait dans les Essais la supériorité des sauvages sur les Européens), sur les circonstances de sa mort en croyant fervent… ou non, puis sur son inhumation et les différents transferts de sa dépouille.

Cette troisième partie aurait certes mérité une présentation plus détaillée et une traduction. Tout éditeur intéressé sera le bienvenu…

Dès lors, pourquoi avoir choisi de traduire le deuxième texte (accessible lui aussi en cliquent sur le lien présenté plus bas) ?

À quoi je pense quand on dit Première Guerre mondiale ? présente à mon sens un aperçu plus large des talents d’essayiste de Radoslav Petković : sa grande connaissance de la littérature anglo-saxonne – n’oublions pas qu’il a traduit Chesterton, Tolkien, Daniel Defoe, et Stevenson – mais aussi des littératures italienne et française. Sa mise en parallèle d’Italo Svevo et de Marcel Proust lui permet d’évoquer (sans ordre d’importance) Trieste, ville à la double, voire triple identité, qui faillit embraser l’Europe sitôt après la Seconde Guerre mondiale ; le problème de la judéité, assumée ou non ; des considérations d’ordre littéraire : le héros d’un roman est-il ou n’est-il pas l’auteur lui-même, et, si oui, dans quelle mesure ?

Dernier élément qui a dicté ce choix, la part que Radoslav Petković accorde à Marcel Proust et à La recherche du temps perdu, sujets d’un accès sans doute plus facile et familier d’un lecteur français.

 

A lire :

> L’Œuf de Christophe Colomb : extraits <

(Y a-t-il eu une Première Guerre mondiale ?
À quoi je pense quand on dit Première Guerre mondiale ?)


Date de publication : juillet 2014

 

> DOSSIER SPÉCIAL : la Grande Guerre
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Le poème titré "Salut à la Serbie", écrit en janvier 1916, fut lu par son auteur Jean Richepin (1849-1926) lors de la manifestation pro-serbe des alliés, organisée le 27 janvier 1916 (jour de la Fête nationale serbe de Saint-Sava), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. A cette manifestation assistèrent, â côté de 3000 personnes, Raymond Poincaré et des ambassadeurs et/ou représentants des pays alliés.

Grace à l’amabilité de Mme Sigolène Franchet d’Espèrey-Vujić, propriétaire de l’original manuscrit de ce poème faisant partie de sa collection personnelle, Serbica est en mesure de présenter à ses lecteurs également la photographie de la première page du manuscrit du "Salut à la Serbie".