Jelena Novaković

Faculté de Philologie / Université de Belgrade

 

Dušan Matić dans le contexte des relations culturelles franco-serbes

Velmar Jankovic S portrait 1

Dušan Matić
1898-1980

Résumé : L’auteur examine les relations du surréaliste serbe Dušan Matić avec la France, pays qui l’a accueilli après son exode avec l’armée serbe à travers l’Albanie en 1915. Ces relations se manifestent, d’une part sur le plan littéraire, par ses études critiques sur les écrivains français et ses traductions de leurs ouvrages et, d’autre part, sur un plan culturel plus large, par sa coopération avec les personnages éminents de la culture française et par ses activités dans le cadre des institutions et des associations culturelles dont l’objectif était de développer la coopération franco-serbe.     

Mots-clefs : Dušan Matić, poésie, relations culturelles, réalisme, surréalisme, psychanalyse, idéologie marxiste.

 

L’expérience française de Matić

Dušan Matić est l’un des écrivains serbes qui ont grandement contribué au développement des relations culturelles franco-serbes. Il a connu la France dès sa jeunesse, pendant la Première Guerre mondiale. Ayant fait retraite avec l'armée serbe en 1915 à travers l'Albanie, il a continué son éducation en France, en 1916, comme beaucoup de jeunes de la Serbie occupée, d'abord à Gap puis à Nice. Il évoque le souvenir de sa première rencontre avec la France à plusieurs reprises. Dans sa lettre au poète Alain Jouffroy datée du 4 mars 1970, incluse dans son livre André Breton oblique, il écrit :

Certainement, à cause de cet après-midi tardif de janvier 1916 à Marseille, et tout l'abandon de l'exilé sauvé, j'aime toujours l'autre moitié de la France, douloureuse, tragique, pure et tranchante, et qui ne pardonne pas, la France à la mesure d'hommes.[1]

L'accent est mis sur le tragique de la guerre qui lie la France et la Serbie :

D'ailleurs, la France que j'ai connue d'abord, ce fut la France en sourdine, pour ainsi dire, pays qui faisait une guerre difficile, connaissait la peur, l'angoisse, fut calme, mais soupçonneux : on avait juste placardé la fameuse phrase partout, dans les trains, dans les gares, dans tous les lieux publics : Taisez-vous, méfiez-vous, les oreilles ennemies vous écoutent. On se taisait, on se méfiait. L'issue de la guerre était incertaine. Verdun se préparait. Nouvelles des fronts assez tristes.[2]

C’est à Gap que Matić écrit son premier texte en français dans lequel il expose les détails les plus caractéristiques de sa retraite avec l'armée serbe : commencée à Kruševac, elle traverse le Kosovo, l'Albanie, la Méditerranée et se termine en France, à Paris, « bombardé, éteint et le 11 novembre 1918 illuminé de nouveau par tous ses réverbères et par la poésie et l’art modernes[3]. » 

Ce premier texte, une « composition française » écrite au lycée de Gap et publiée, sous le titre de « Krouchevatz − Gap[4] », à l’occasion de « La journée serbe », dans le Courier des Alpes du 26 juin 1916 pour montrer le progrès qu’un élève serbe de 17 ans a fait en peu de temps dans son apprentissage du français, s’ouvre sur une constatation philosophique sur le destin tragique du peuple serbe :

“Il y a des nations tragiques“ – a dit quelqu’un avec beaucoup de raisons. Les Serbes sont un des [sic !] tels peuples. La destinée paraît leur avoir désigné d’avance d’être accompagnés par la souffrance, par la douleur et par la tristesse.[5]

Dans son œuvre autobiographique Prošlost dugo traje [Le Passé dure longtemps], Matić cite un autre texte centré sur cette expérience traumatisante et qu’il a écrit à Nice. Un fragment de ce texte figure dans le livre d’un professeur qui a enseigné la langue et la littérature serbes aux élèves serbes en France et qui leur a donné pour sujet vers la fin de 1916 : « La séparation avec ma patrie, mon itinéraire après l’avoir quittée et mon arrivée en France[6] ».

Matić arrive à Nice en automne 1916 pour suivre les cours de la dixième classe, celle terminale, au lycée serbe improvisé, qu’il termine en octobre 1917. Après le baccalauréat décroché en octobre 1917, il quitte Nice pour monter à Paris. Il étudie la philosophie à la Sorbonne, se lie d’amitié avec le poète moderniste serbe Rastko Petrović chez qui l’occasion lui est donnée de rencontrer les intellectuels et les écrivains de la diaspora serbe ; il passe beaucoup de temps dans les bibliothèques, lit les oeuvres philosophiques de Spinoza et de Bergson dans l’intention de soutenir une thèse de doctorat sur le problème du temps dans l’œuvre de Marcel Proust[7], écrivain marqué par l’intuitionnisme bergsonien. Les produits de cet intérêt philosophique seront un article sur Bergson, publié dans la revue Zenit en 1921[8] et un compte rendu du livre d’Émile Mayerson De l'explication dans les sciences publié avec une nécrologie d’Émile Boutroux, dans la revue Putevi en 1922[9].

Contraint d’abandonner ses études à Paris en 1921 pour des raisons de santé, il rentre à Belgrade. Mais comme il le déclare dans l’entretien accordé à M. S. Maksimović et publié dans le journal Politika du 29 septembre 1968, son expérience française aura été décisive pour son développement intellectuel. Ses relations avec la France continueront après son retour à Belgrade. De temps en temps il retournera à Paris où il rencontrera en 1925 le chef du surréalisme français, André Breton. Familier des réunions au café Cyrano, il cosignera le manifeste « La révolution d’abord et toujours » et visitera l’atelier de Max Ernst qui lui montrera ses frottages[10].

Le retour à Belgrade et la fondation du mouvement surréaliste


Le séjour en France a donné la possibilité à Matić de perfectionner son français et de l’utiliser dans son écriture, de connaître de nouvelles tendances littéraires et artistiques qui impliquent la mise en question des valeurs traditionnelles et de s’inspirer du nouvel esprit de révolte qui porte aussi sur les procédés littéraires.

Rentré à Belgrade pour créer, à l’instar de Breton, une sorte d’avant-garde « en serbe[11] », il participe – avec Marko Ristić, Koča Popović, Oskar Davičo, Milan Dedinac, Đorđe Kostić et les autres écrivains qui ont séjourné un certain temps en France – à la fondation du mouvement surréaliste et agit comme un des principaux médiateurs entre les cultures serbe et française. Le mouvement surréaliste se développe en Serbie au moment où la crise spirituelle survenue vers la fin du XIXe et au début du XXe siècles met en doute la valeur de la connaissance rationnelle, atteint son apogée et se voit renforcée par l’expérience traumatisante de la guerre, la crise économique, la révolution russe et la montée du fascisme. Les jeunes intellectuels sont mécontents de la réalité existante qui a montré dans la guerre son aspect le plus cruel. De ce point de vue, la situation en Serbie ne diffère guère de celle en France[12]. Si le surréalisme belgradois n’est pas l’aboutissement naturel du développement de la littérature serbe[13], s’il n’a pas d’antécédents dans cette littérature, s’il se développe sous l’influence de la littérature française et se réfère aux mêmes sources que le surréalisme parisien (Nerval, Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire, H. Walpole, Novalis), il n’est pas, comme Matić le souligne à plusieurs reprises, une imitation du surréalisme français mais, plutôt, une expression des tendances communes aux deux groupes surréalistes, belgradois et parisien, stimulée et soutenue par l’expérience de la Première Guerre mondiale. Dans sa lettre à Alain Jouffroy du 4 mars 1970, Matić écrit : « Nous avons su assez tôt que notre tradition orale, bien entendu poétique, bourdonnait à nos oreilles et que notre langue, proverbiale et synthétique, tout le temps confondait la logique[14]. » Admirer Breton et la littérature française, ce n’est pas sous-estimer la littérature serbe :

Notre culture a de toute façon sa place dans la culture européenne, non seulement contemporaine, mais aussi celle qui est contenue dans notre génie poétique populaire. Pour cette raison le surréalisme chez nous n’est pas un phénomène fortuit bien que toute cette ligne, cette ligne française, comme on dit, soit allée à travers Paris[15].

L’atmosphère qui règne à Belgrade après 1918 est semblable à celle des autres villes européennes. Belgrade est une ville cosmopolite grâce à ses intellectuels et ses écrivains qui se sont retrouvés pendant la guerre dans des centres culturels européens et aux professeurs et journalistes étrangers qui y ont passé un certain temps, comme Yves Chataigneau, lecteur français à la faculté de philosophie, qui sera plus tard le collaborateur du géographe serbe de renom, Jovan Cvijić et deviendra après la Seconde Guerre mondiale ambassadeur de France à Moscou[16].

Matić et la littérature française


Les relations de Matić avec la France et sa culture se manifestent, d’une part sur le plan littéraire (conférences et textes sur les écrivains français, traductions d’ouvrages de poètes et de prosateurs français, articles et livres écrits ou traduits en français et publiés en France), et d’autre part sur un plan culturel plus large (coopération avec d’éminents intellectuels et écrivains français, ce dont témoigne la correspondance conservée dans le legs de Dušan Matić à la Bibliothèque nationale « Dušan Matić » à Ćuprija sa ville natale,  son activité dans des institutions et associations culturelles dont l’objectif était de promouvoir et de développer les relations franco-serbes). 

Dans le cadre de ses activités culturelles, Matić a fait plusieurs conférences sur la littérature française, dont certaines ont laissé des traces écrites, telles « Sur le roman français contemporain » qui s’est tenue en mars 1937 et dont le texte est publié dans la revue Naša stvarnost, et « Balzac et le roman moderne » à l’Association des écrivains de Serbie le 30 octobre 1950 et dont un fragment est publié dans Književne novine. Les deux textes figurent dans le livre Jedan vid francuske književnosti [Un Aspect de la littérature française][17].

Ce qui lie Matić à la littérature française, c’est d’abord l’expérience traumatisante de la Première Guerre mondiale, qui aura marqué toute sa génération et qu’il a exprimée dans ses premiers textes déjà, comme « Kruševac – Gap » et le poème en prose « Oči » [Les Yeux], publié en 1915, selon la déclaration de Matić, dans Radničke novine [Le Journal ouvrier] dont le rédacteur en chef était Dušan Popović[18]. Comme Matić l’écrit dans sa lettre à Bruno Roy du 23 décembre 1972, à la question : « D’où vient ce groupe important de surréalistes de Belgrade dans les années 1930 ? », il répond en montrant sur la carte l’itinéraire de sa retraite à travers l’Albanie : « Voici les origines du surréalisme belgradois[19] ». Aussi n’est-il pas étonnant que son attention de lecteur soit souvent centrée sur les romans français qui traitent de la guerre, comme Le Feu (1916) où se sont réunis « Barbusse naturaliste » et « Barbusse pacifiste » et qui décrivent les horreurs de la guerre, ou encore Le Sang noir (1935) de Louis Guilloux qui, selon Matić, est le premier grand roman de guerre qui détruit non seulement la vie, mais aussi les raisons de vivre, un roman où l'homme ne meurt pas seulement des balles et des bombes, mais également des coups ressentis en son for intérieur. Matić s’attarde aussi sur les articles de presse, comme le rapport que l'écrivain et journaliste Henry Barby[20] a envoyé, sous le titre Alea jacta est, au journal Le Matin pendant l’été 1914 et qu'il a mis dans son livre Avec l'armée serbe. Matić reprendra ce titre pour son roman Kocka je bačena (1974). Dans Prošlost dugo traje [Le Passé dure longtemps] il cite, dans la traduction serbe, un autre passage du livre de Barby[21]. Il est attiré surtout par un texte publié dans le Journal de Genève dont il trouve un passage dans le Journal d’André Gide (daté de février 1916) et qui décrit « l’affreuse retraite serbe, dont l’horreur ne peut être dépassée »[22]. Matić cite ce passage dans sa lettre à Alain Jouffroy du 4 mars 1970 et ajoute qu’ayant lui-même vécu ce « monstrueux purgatoire », il voit bien que « cette description est saisissante de vérité », le « purgatoire » étant « tourné, non directement vers le paradis comme chez Dante, mais vers l’enfer[23] ».

Matić exprime son intérêt pour la littérature française par nombre d’articles consacrés à ses représentants éminents – dont plusieurs sont reproduits dans Jedan vid francuske književnosti et dans Anina balska haljina [La Robe de bal d’Anna][24], Matić étant le seul parmi les surréalistes de Belgrade à consacrer tout un livre aux écrivains français – et par de nombreuses citations de leurs ouvrages dans les siens. Jedan vid francuske književnosti rassemble les articles parus dans les journaux et revues littéraires entre 1936 et 1952, à l’époque où le surréalisme serbe avait déjà disparu en tant que mouvement organisé mais où l’intérêt de Matić pour la littérature et la philosophie françaises persistait. Écrits à diverses occasions, sur commande et avec certains objectifs, les textes de ce livre sont centrés sur Stendhal, Balzac, Zola, Daudet, Sainte-Beuve, Rousseau, l’Encyclopédie française, Léon Blum, et Cassou ; ils suivent, comme l’explique Matić dans la postface intitulée « Post scriptum », le développement de la « prose française moderne », dans ses différentes phases. Ce sont des ouvrages qui s’inscrivent dans la tradition réaliste et naturaliste et le lecteur peut y trouver des échos d’événements historiques, sociaux et politiques en France à l’époque où ils furent écrits (Révolution française, Affaire Dreyfus, Front Populaire, Mouvement de Résistance). Les romans de Stendhal, à la fois homme de son temps et homme de l’avenir sont, d’un côté les tableaux fidèles de la société bourgeoise de son époque, et de l’autre décrivent la tragédie d’un personnage qui n’a pas de place dans une société de classes. Le mérite de Balzac est d’avoir montré que le contenu de l’art peut être la réalité quotidienne, que la beauté n’exclut pas la connaissance et que le monde de la poésie et le monde réel coïncident, tandis que le mérite de Zola est d’avoir été le premier à tenter de représenter l'homme moderne, dominé et ruiné par la nécessité économique, à envisager la possibilité de sa libération et à comprendre qu'il existe un nouveau sujet de roman, la classe ouvrière dont il a connu non seulement la misère, mais aussi la force.

Cet impact idéologique de la réflexion critique de Matić n’est pas absent non plus des jugements qu’il porte sur les écrivains qui ont mis en question la tradition réaliste et qui cherchaient de nouvelles voies dans la création littéraire. Il ne manque cependant pas d’apprécier leurs œuvres et d’en reconnaître la valeur littéraire ; ainsi Proust qui, par ses analyses de l’âme humaine est parvenu aux mêmes conclusions que ses prédécesseurs réalistes et naturalistes sur la vraie nature de l’homme, ou Gide qui a défendu le droit de l'individu de rejeter les modèles familiaux et sociaux traditionnels de son milieu. Mais, ajoute Matić, l’objectif de Proust était le plaisir esthétique et Gide n'a pas pu comprendre le conditionnement social de la vie humaine.

Ce point de vue reflète en quelque sorte la situation de la littérature et de la critique littéraire en Yougoslavie après la Seconde Guerre mondiale, soumises qu’elles étaient encore à l’idéologie marxiste, mais il n’est pas en contradiction non plus avec l’orientation littéraire de Matić lui-même, qui est par deux fois arrêté pour ses prises de position politiques pendant l’entre-deux-guerres et qui écrit des poèmes engagés sans pour autant renoncer tout à fait aux procédés surréalistes. Sa création poétique, qui relève de la tentative surréaliste d’unir le rêve à l’action pour « changer la vie » selon la formule de Rimbaud et pour « transformer le monde » dans le sens marxiste, se présente pour lui dans ses relations étroites avec la vie et, par-là même, la situation sociale dans laquelle cette vie se déroule. Matić considère que l'avenir du roman français appartient à Malraux, à Aragon, à Guilloux, à Nizan, écrivains engagés qui plaident pour un nouveau réalisme où l'écriture est étroitement liée à la vie turbulente d'une époque et pour lesquels la réalité n'est pas un objet de contemplation, mais un objet de pratique et d'action.

Mais les écrivains qui concentrent l’attention de Matić et chez qui il trouve des expressions de ses propres tendances littéraires et poétiques sont Stéphane Mallarmé dont il considère les Divagations comme l’un des premiers exemples de la poésie moderne et auquel il se réfère dans presque tous ses écrits, et André Breton qui est pour lui « un de ceux qui dépassèrent, de toute une tête, notre époque [25]» et qui fait l’objet de son livre André Breton oblique[26].

Ce sont là deux écrivains liés à des mouvements littéraires différents, l’un au symbolisme, l’autre au surréalisme, mais qui partagent la même croyance en la puissance créatrice du mot, croyance à laquelle adhère aussi Matić qui cite à ce sujet la remarque de Breton dans « Les mots sans rides » : « L’expression d’une idée dépend autant de l’allure des mots que de leurs sens » et « Il est des mots qui travaillent contre l’idée qu’ils prétendent exprimer[27] ». C’est à partir de la tentative de Mallarmé de ramener la poésie aux sources mêmes du langage, et de l’idée qu’il soutient de la multiplicité des sens d’un texte poétique qui unit des réalités éloignées, voire contradictoires, que Matić réfléchit à sa propre poésie dont le sens métaphorique découle souvent d’une sorte d’alchimie verbale : « Printemps, essor du temps. / Arrêté, en été. / Si monotone, l’automne. / Amer, l’hiver », pouvons-nous lire dans son poème « Les saisons » (1922)[28]. Il en est de même pour les métaphores et les images de Breton qui sont de type mallarméen comme le constate Matić. Mais, tandis que la création des « merveilleuses métaphores de Mallarmé[29] » nécessitait un grand effort de conscience, celles de Breton surgissent spontanément. Le titre du recueil Clair de Terre, expression dénichée dans un livre d’astronomie, se présente ainsi comme une « métaphore lumineuse » qui « illuminait en secret la Terre, noire de souffrance, de misère, de grande-guerre encore », pour devenir quarante ans plus tard une « réalité », « aussi vraie et aussi fantastique que celle de clair de lune[30] ». L’examen de ce recueil est l’occasion pour Matić de montrer la nature purement littéraire de ses relations avec Breton par un nouveau jeu de mots qui a pour point de départ les vers des deux poèmes de Clair de Terre. Aux premiers vers de la « Pièce fausse », qui se présentent comme un jeu avec les sonorités des mots :

Du vase en cristal de bohème
Du vase en cris
Du vase en cris

Aux bulles qu'enfant tu soufflais
Tu soufflais
Flais
,


Matić rattache un vers de « Plutôt la vie », un autre poème du même recueil : Une petite ville comme Pont-à-Mousson,
pour ajouter que Breton savait qu’il y avait aussi :

Une petite ville comme Pont-à-Morava

Aux bulles qu'enfant tu soufflais

Flais[31],

en combinant ainsi les vers de Breton avec le sien).

Les affinités électives que Matić éprouve par rapport à Mallarmé et à Breton, relèvent aussi de leur refus de la réalité existante. Matić observe que Mallarmé a su voir l'arrière-plan social des phénomènes poétiques de son temps : dans une société sans stabilité, créer un art stable est impossible. Comme ce dernier le dit dans sa réponse à l’enquête de Jules Huret sur l’évolution littéraire, « [...] dans une société sans stabilité, sans unité, il ne peut se créer d’art stable, d’art définitif. De cette organisation sociale inachevée, qui explique en même temps l’inquiétude des esprits, naît l’inexplicable besoin d’individualité dont les manifestations littéraires présentes sont le reflet direct ».[32] Et plus loin : « Pour moi, le cas d’un poète, en cette société qui ne lui permet pas de vivre, c’est le cas d’un homme qui s’isole pour sculpter son propre tombeau »[33]. En citant ces mots, Matić conclut que, grâce à ce texte authentique d’un grand poète, derrière la magie poétique du symbolisme se devine l’atmosphère dans laquelle vivaient et pensaient ceux qui commençaient à écrire des vers. Mais il prend ses distances avec le pessimisme mallarméen : si le premier pas de cette méditation face une société imparfaite était un « inexplicable besoin d’individualité », une « méditation de la mort », le second pas devait être le besoin de fonder une société stable et, au lieu de « sculpter son propre tombeau », de sculpter la « statue » de sa propre vie ou de la vie universelle. Comment sortir du rêve et du symbole qui ne fait que suggérer les choses, sinon par la précision et la clarté d’une action même si ce n’est que l’ « acte gratuit » de Gide ? Ce second pas, c’est Breton qui le franchit[34]. Les mots « faire une esquisse de sortir de là » que Matić a notés « dans ses cahiers, quelque part, ou sur un bout de papier », font référence au poème de Breton « Il n'y a pas à sortir de là » (toujours Clair de Terre), où il trouve « la plus simple mais la plus saisissante description de l’impasse de notre soi-disant condition humaine, plus exactement, inhumaine[35] ».

L’idée de double statut de la poésie, à la fois pensée et acte, a abouti à l’idéologie marxiste que Breton a voulu unir à la psychanalyse freudienne et dans laquelle le surréalisme serbe a fini par sombrer.

Matić traducteur

À côté des quatre romans français liés à la tradition du réalisme et du naturalisme : Germinal (1939) et Son excellence Eugène Rougon (1939-40) de Zola, Le Cahier gris de Roger Martin du Gard (traduit en coopération avec Eli Finci, 1940) et L’Éducation sentimentale de Gustave Flaubert (1946), dont toutes les traductions ont connu plusieurs rééditions, Matić a aussi traduit des œuvres poétiques, surtout celles où il a trouvé une expression de ses propres conceptions influencées par les idées sociales en cours. Car, comme l'observe Antoine Compagnon, « le livre lu n’est pas un objet réellement distinct de moi-même, avec lequel j’aurais une véritable relation d’objet ; il est moi et pas-moi, une not-me possession[36] ».

Matić fut le premier à avoir présenté Louis Aragon en Serbie avec la traduction de son poème « Air du temps » parue dans la revue Savremeni pregled  [Revue contemporaine] en 1927, poème qui exprime le refus de la réalité existante (« Vas-tu traîner toute la vie au milieu du monde / À demi-mort / À demi-endormi / Est-ce que tu n'as pas assez des lieux communs / Les gens te regardent sans rire... »), mais aussi l’espoir dans la possibilité de vivre malgré tout dans ce monde imparfait (« Pourtant je ne désire pas mourir / La cloche de mon coeur chante à voix basse un espoir très ancien » [37]). La persistance de l’espoir est exprimée aussi dans le poème de Guillaume Apollinaire « L’amour le dédain et l’espérance », un des Poèmes à Lou, où le thème de l’amour se joint au thème de la guerre et dont Matić publie la traduction serbe en 1953 dans la revue Književnost [Littérature].

Un certain nombre de ses traductions poétiques, longtemps restées sous forme de manuscrits, paraissent pour la première fois dans Jedan vid francuske književnosti. Ce livre s’ouvre sur « L’épitaphe Villon, en forme de ballade » (dite « Ballade des pendus »), présente au milieu « Assommons les pauvres » de Baudelaire, et se termine par « Liberté » de Paul Éluard. Dans « Post scriptum », Matić explique son principe de sélection, qui n’est pas en contradiction avec celui qui a déterminé le choix des œuvres romanesques qui ont fait l’objet de ses examens critiques : il a traduit des poèmes qui expriment l’indignation devant la réalité sociale existante et le désir de liberté, ce que suggère aussi l’illustration en miniature sur la couverture, le célèbre tableau d’Eugène Delacroix « La liberté guidant le peuple ». Il n’a pas choisi la « Ballade des dames du temps jadis » de Villon, qui exprime le sentiment universel de la fuite du temps, mais la « Ballade des pendus » qui nous rappelle une France libertaire, celle qui tire son origine du XVe siècle, de la poésie de Villon et qui mène, par Rabelais, Montaigne, Descartes, Voltaire et Rousseau, à l’Encyclopédie, poème dont la traduction est publiée pour la première fois dans ce livre. Il a choisi également le poème « Assommons les pauvres » dont la traduction fut publiée d’abord dans la revue Naša stvarnost (1938) et où Baudelaire apparaît moins comme un esthète qui s’éloigne du monde banal par son écriture, que comme un poète social qui n’oublie pas que la France est un « pays trop peuplé que fauche la souffrance », comme nous le lisons dans son poème « À une Malabaraise ».

Dans le même esprit, Matić explique son option pour certains poèmes dont les traductions apparaissent pour la première fois dans « Post scriptum » et qui correspondent aussi à sa volonté de mettre au premier plan la réalité même, qui influence le goût d’une époque et détermine son horizon d’attente. C’est le poème de Victor Hugo « Enfant », traduit à l’époque de la guerre civile en Grèce et toujours actuel par l’image d’un enfant « pieds nus » qui pleure « sur les rocs anguleux », bien qu’il ne soit pas à la hauteur du « Booz endormi ». Pour la même raison, Matić n’a pas choisi « Le lac » de Lamartine ou « La maison du berger » de Vigny, mais « Le dormeur du val » de Rimbaud, évocation des souvenirs qu’un garçon-poète de seize ans a gardés de la guerre franco-prussienne[38], où il a pu trouver la projection de ses propres souvenirs de la Première Guerre mondiale.

Quant à « Liberté » de Paul Éluard, dont la traduction a paru d’abord dans la revue Mladost [La jeunesse] en 1946, au moment où le souvenir de la lutte pour la libération occupait encore sa génération, Matić resta longtemps perplexe vu la position d’Éluard face aux événements de 1948. Mais son poème ayant été écrit pendant la Seconde Guerre mondiale, alors que la liberté des hommes était menacée par l’agression allemande, il décidera de l’inclure dans son livre. Bien que dans une certaine mesure en contradiction avec la situation politique en Yougoslavie du début des années cinquante qui était encore marquée par des controverses produites par la rupture avec l’URSS et à un moment où Éluard et quelques autres écrivains et intellectuels français s’étaient rangés du côté opposé, ce raisonnement de Matić témoigne de son esprit de suite s’agissant de la valorisation esthétique d’un ouvrage. Il partage la conviction de Proust qu’une œuvre littéraire est le produit d’un autre moi que celui que nous manifestons dans la vie de tous les jours[39] et que sa valeur ne peut pas être expliquée par la biographie de son auteur. Cette conviction est exprimée aussi par la note que Matić a ajoutée à sa traduction du poème d’Aragon « Air du temps » : « Sa biographie ne concerne personne’ ».

Tout en cherchant dans une œuvre littéraire des reflets de la réalité de son temps, Matić est conscient que cela n’est pas une condition suffisante de sa valorisation positive. À ce sujet, il se réfère à Mallarmé, notamment à son jugement sur Zola, exprimé dans sa réponse à l’enquête de Jules Huret sur l’évolution littéraire : Zola a des « qualités puissantes », « son sens inouï de la vie, les mouvements de foule, la peau de Nana, dont nous avons tous caressé le grain, tout cela peint en des prodigieux lavis, c’est l’oeuvre d’une organisation admirable ! Mais la littérature a quelque chose de plus intellectuel que cela : les choses existent, nous n’avons pas à les créer ; nous n’avons qu’à en saisir les rapports ; et ce sont les fils de ces rapports qui forment les vers et les orchestres[40] ». Tout en admirant Zola, Mallarmé se rend compte de l’insuffisance du naturalisme. Dans l’étude des aspects réalistes de la littérature française à laquelle se livre Matić, c’est plutôt Jules Laforgue qui pourrait représenter d’une manière plus évidente la fin du XIXe siècle, un poète qui fait en quelque sorte le pont entre le naturalisme et le symbolisme. Aussi Matić choisit-il son poème « Solo de Lune » qu’il cite dans sa propre traduction[41]. Il cite aussi, toujours dans sa propre traduction, le poème « Toujours son moi » d’Henri Michaux, qui exprime le refus de la réalité existante[42].  Proche des surréalistes mais sans jamais avoir adhéré à leur mouvement, Michaux est, lui aussi, l’un de ceux chez qui Matić a trouvé la projection de son propre rapport au monde. 

C’est dans ce sens qu’on pourrait comprendre aussi de nombreuses citations d’auteurs français que Matić a insérées dans ses textes, en y reconnaissant l’expression de ses propres idées et le reflet de sa propre expérience créatrice, qui a commencé à se former pendant son séjour en France et qui se déroulait en contact avec la littérature française.

L’activité de Matić dans le cadre de la coopération culturelle
franco-serbe

Les relations étroites entretenues avec les surréalistes français et, plus tard, avec les écrivains proches du surréalisme, comme Alain Jouffroy ou Bruno Roy, fondateur des éditions Fata Morgana, ont permis à Matić de faire publier ses œuvres en France. Les fragments de son poème « La Pêche trouble dans l’eau claire » ont paru dans le numéro 6 du Surréalisme au service de la Révolution (1933)[43], dans la traduction du surréaliste serbe Koča Popović, et la brochure Position du surréalisme (1931) signée par Matić et dix autres surréalistes belgradois et publiée dans le numéro 3 de la même revue sous le titre de « Belgrade, 23 décembre 1930[44] ».

La publication d’ouvrages écrits ou traduits en français continue après la Seconde Guerre mondiale. En 1967 paraissent dans La Nouvelle Revue Française deux textes de Matić : « Un chef d’orchestre »,[45] écrit à l’occasion de la mort de Breton[46] et le poème « Dans les limbes de la Durée », publié dans le numéro 178, dans la rubrique « Présences »[47]. « Pour une relecture de Gide », écrit en 1953 et qui figure dans Anina balska haljina, paraîtra en français en 1972 dans les Cahiers André Gide[48], et « Nommer les ombres des étoiles », traduit du serbe par Boris Lazić, sera proclamé « poème du mois » dans Serbica du juillet-août 2018[49].

Les lecteurs français auront eu l’occasion de découvrir plusieurs livres de Matić. La maison d’édition Fata Morgana a publié La Rose des vents[50], La Porte de nuit[51] et André Breton oblique[52], et les Éditions de la Différence le recueil poétique Bagdala[53]. La parution d’André Breton oblique est suivie de ses comptes rendus dans Cahiers de l’Est[54] et Les Nouvelles littéraires[55], et la parution de Bagdala d’un compte rendu dans La Nouvelle Revue Française[56].

Nous noterons que les objets surréalistes de Matić, qui relèvent à la fois du collage et de l’assemblage, tel Une atmosphère du printemps et de jeunesse (1930), réalisé en collaboration avec Aleksandar Vučo, ou La bille explosive (1930), réalisé en collaboration avec Lula et Aleksandar Vučo, encore appelé « Tracés d’un objet surréaliste après le passage d’un ouragan » (reproduit dans Opus international[57]), ont fait partie d’une exposition des Arts décoratifs à Paris, en 1972[58].

Les activités culturelles de Matić se déroulaient, entre autres, dans le cadre de l’Association de coopération culturelle Yougoslavie-France (aujourd’hui Association de coopération culturelle Serbie-France)[59] qu’il présida de 1957 à 1980 et qui était en communication continue avec son pendant français, l’Association France-Yougoslavie au sein de laquelle Matić jouissait d’un grand prestige.

D’après les documents conservés dans les archives de l’Association de coopération culturelle Serbie-France, le 19 mars 1981 (Matić étant décédé le 12 septembre 1980), l’Association France-Yougoslavie organisa à Paris une soirée du souvenir où les poètes Jean Lescure et Robert Bréchon, ancien directeur de l’Institut français à Belgrade, rendirent hommage à Matić et où le cousin de celui-ci, Dejan Bogdanović, lut les poésies de Matić, en serbe et en français[60]. Dans l’impossibilité de participer à cette soirée, Jean Cassou envoya à ses amis belgradois une lettre dans laquelle il exprimait son respect et sa « profonde affection » pour Matić qu’il considérait comme un grand poète et comme un activiste qui « menait en Yougoslavie une action parallèle à celle que nous menons en France pour la même cause : l’amitié de nos deux pays ».

Les amis français de Matić manifestèrent cette affection par des soirées poétiques organisées en son hommage à l’occasion de ses soixante-dixième et quatre-vingtième anniversaires et par des articles et entretiens dans la presse, comme celui avec René Lacôte, publié sous le titre « Dusan Matic, poète yougoslave: sur les traces de Dusan Matic à Paris », dans Les Lettres françaises du 7 mai 1969[61], ou celui avec Gérard de Cortanze « Un surréaliste à visage yougoslave» dans Les Nouvelles littéraires du 18 août 1977. Le plus assidu dans ces actions fut Alain Jouffroy qui participa à la soirée organisée à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de Matić à la librairie du poète Jean Breton, puis envoya une lettre au journal belgradois Politika pour rendre compte de cette soirée et de son propre rapport à Matić. Son texte parut le 7 décembre 1969 sous le titre de « L’homme futur ». En 1970, dans son numéro 19-20, Opus international publia un autre texte de Jouffroy sous le titre de « Visages de Dusan Matić », dont la traduction serbe devait paraître dans Politika daté du 9 septembre 1978, à l’occasion du quatre-vingtième anniversaire de Matić, à côté des articles d’auteurs serbes. Il est à noter que les soixante-dix ans de Matić furent célébrés aussi dans le Književne novine [Journal littéraire] du 12 octobre 1968, qui publia, à côté des textes d’auteurs serbes, les articles de Jouffroy et du philosophe Jacques Brosse.

Dans ses textes sur Matić, Jouffroy constate que c’est un « grand poète » qui « appartient à une espèce d’hommes futurs », c’est-à-dire « un émetteur de signes dont la saisie et la compréhension s’opèrent toujours avec un retard qui semble nécessaire à leur très grande portée ». Sa poésie, semblable à une nouvelle Gradiva que « nous ne voyons que de dos, dans une perspective crépusculaire, qui est celle de notre société », nous permet de « résoudre les contradictions nouvelles dont nous n’avons pas encore trouvé les termes communicables [62] ». En qualifiant la création littéraire de Matić de « surréalisme romantique », où les thèmes de vigilance et de lucidité mettent en question la mythologie de la nuit et du rêve et où la grande extase s’ajoute sans cesse à une conscience critique[63], Jouffroy met l’accent sur le caractère double de son écriture, à la fois littéraire car l’écriture y joue le rôle principal, et vital vu son sens existentiel puisqu’il exprime l’amour, la séparation et la mort.

L’article de Jacques Brosse porte sur deux ouvrages qui font partie de Songes et mensonges de la nuit : La Rose des vents et La Porte de nuit. L’accent est mis sur l’aspect dramatique de l’œuvre de Matić qui traite du rapport entre identité et altérité, et extériorise le monologue intérieur pour présenter la comédie que l’homme se joue. Ce théâtre intérieur, ce dialogue avec soi-même, Matić le rend accessible au lecteur grâce à son don de poète, à sa puissance d’évocation qui fait naître devant nous et en nous le reflet des choses et des sentiments.

La Rose des vents fait aussi l’objet de l’examen de Jacques Lacarrière dans son article « Les oracles de la nuit », publié en 1970 dans La Quinzaine littéraire. Le critique souligne l'aspect multiple de l'identité personnelle qui y est exprimé et constate que l'écriture de Matić dépasse le surréalisme et nous envoie un message qui l'élève au-dessus de toutes les écoles et qui atteint à l'universel[64].

Dans le cadre de la réception de Matić en France, il convient de citer aussi les nécrologues qui ont suivis sa mort et les articles dans le Dictionnaire des littératures de Philippe van Tieghem (1968) et le Dictionnaire des littératures française et étrangères, sous la direction de Jacques Demougin (1992)[65].

Conclusion

Pour conclure, nous citerons les paroles de Matić dans l’entretien qu’il accorda à Josip Babel en 1980, juste avant son décès et qui fut publié dans Politika en 1992. En constatant que la Serbie s’était constituée comme un pays libre et libéral, ouvert à toutes les nationalités, et qu'elle entretenait toujours des relations avec les peuples européens qui partageaient les mêmes idéaux de liberté et de fraternité, et surtout avec le peuple français, il déclare :

Je suis heureux d'avoir été un participant à la croissance de cette grande amitié entre les peuples serbe et français, au cours de la Première Guerre mondiale et après. Dans ces années on a l'impression qu'un respirateur a poussé, qu'un poumon mettait en branle nos rapports. C'est ainsi que notre culture, et surtout notre art, a obtenu une envergure plus large que celle qu'elle avait auparavant. Nous, les jeunes artistes, nous nous sommes inscrits dans les courants européens et nous avons fait parti de l'avant-garde artistique.[66]



Bibliographie

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Odavić, R[isto] J., Nada srpske Golgote : iz radova srpskih učenika u Francuskoj 1916. g. Beograd, Državna štamparija Kraljevine Srba, Hrvata i Slovenaca, 1923.

Јелена Новаковић

ДУШАН МАТИЋ У КОНТЕКСТУ СРПСКО-ФРАНЦУСКИХ КУЛТУРНИХ ВЕЗА

Сажетак : Душан Матић је одржавао тесне везе са Француском, земљом која га је прихватила после његовог повлачења са српском војском преко Aлбаније 1915. године. У Француској је објавио и свој први текст под насловом „Крушевац − Гап“ (1916), у коме говори о трауматичном искуству тог повлачења.

Боравак у Француској омогућио је Матићу да усаврши знање француског језика и да на њему пише, да упозна нова књижевна и уметничка кретања која подразумевају одбацивање старих, вековима потврђиваних вредности, а са њима и постојећег друштвеног поретка и да потражи нова надахнућа у скривеним зонама подсвесног и несвесног, а у исто време и да се надахне бунтовничким духом који се преноси на само грађење књижевног текста.

Везе са Француском, које се настављају и после Матићевог повратка у Београд, испољавају се, како на књижевном плану, у есејима о француским писцима и преводима њихових дела, тако и на ширем уметничком и културном плану, кроз учешће у оснивању београдског надреалистичког покрета, кроз сарадњу са значајним личностима из француске културе и активности у оквиру културних институција и асоцијација чији је циљ унапређивање српско-француских односа.

Кључне речи: Душан Матић, поезија, културне везе, реализам, надреализам, психоанализа, марксистичка идеологија.

 

NOTES

[1] Dušan Matić, André Breton oblique, Frontispice de Joan Miro, Éditions Fata Morgana, 1976, p. 29.

[2] Ibid. À cette lettre à Alain Jouffroy Matić a ajouté sept photos de « l’affreuse retraite serbe », qui illustrent en quelque sorte le texte du Journal de Genève. Voir plus bas.

[3] Dušan Matić, « Poezija je izraz ljudske slobode » [La poésie est une expression de la liberté humaine]. Entretien avec M. S. Maksimović, publié dans Politika du 29 septembre 1968. Cité d’après : Proplanak i um, Beograd, Nolit, 1969, p. 279. C’est nous qui traduisons.

[4] Ce texte, aujourd’hui presque introuvable, est reproduit dans la revue Filološki pregled / Revue de Philologie, XLV, 2018/2, pp. 158-160. 

[5] Dušan Matić, « KrouchevatzGap », Op. cit., p.158.

[6] Nada srpske Golgote : iz radova srpskih učenika u Francuskoj 1916. g. Prikupio i sredio R[isto] J. Odavić, Beograd, Državna štamparija Kraljevine Srba, Hrvata i Slovenaca, 1923, p. 25. Voir aussi : Dušan Matić, Prošlost dugo traje, Kragujevac, Svetlost, 1977, p. 73.

[7] Cf. Branko Aleksić, « Prvi put : pariska epoha Dušana Matića », Književnost, 1985, n° 11, p. 1889.

[8] Dušan Matić, « Bergson o predviđanju i novom » [Bergson sur la prévoyance et le nouveau], Zenit, 1921, n° 4, g. I, p. 12-13.

[9] Dušan Matić, « Filosofski putevi » (Emile Mayerson: De l'explication dans les sciences, 2 sveske, Paris, 1921; Emil Butru), Putevi, 1922, I, n° 2 (février), pp. 26-28.

[10] Cf. B. Aleksić, Op. cit., p. 1893

[11] «  Poezija je u isto vreme i misao i akt ». Razgovor sa Boškom Ruđinčaninom, Bagdala, XXII, octobre 1980, n° 259, p. 3.

[12] Pour plus de détails, voir: Jelena Novaković, Recherches sur le surréalisme, Sremski Karkovci – Novi Sad, Izdavačka knjižarnica Zorana Stojanovića, 2009 et Jelena Novaković, « Belgrde, la seconde centrale surréaliste en Europe” », La Littérature serbe dans le contexte européen. Texte, contexte et intertextualité. Sous la direction de Milivoj Srebro, Maison des sciences de l’Homme d’Aquitaine, 2013, pp. 195-213.

[13] Voir à ce sujet : Vane Bor et Marko Ristić, Anti-zid [Anti-mur], Beograd, S. B. Cvijanović, 1932, p. 26.  

[14] André Breton oblique, p. 27. 

[15] Cf. Dušan Matić, «  Poezija je u isto vreme i misao i akt », Op. cit., p. 4. C'est nous qui traduisons.

[16]  Cf. Entretien avec M. S. Maksimović, Politika, 29. IX 1968. Inséré dans: Proplanak i um, p. 281.

[17]  Dušan Matić, Jedan vid francuske književnosti, Beograd, Prosveta, 1952.

[18]  «  Poezija je u isto vreme i misao i akt », Op. cit., p. 1.

[19]  André Breton oblique, p. 71.

[20] Matić souligne qu’il ne faut pas confondre Henry Barby et Henri Barbusse. Il s'agit de deux personnages différents, préoccupés tous les deux par la guerre. 

[21]  Prošlost dugo traje, pp. 82-84.

[22]  Voir : André Gide, Journal, 1889-1939, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1948, p. 542.

[24]  Dušan Matić, Anina balska haljina, Beograd, Srpska književna zadruga, 1956.

[25] Dušan Matić, « Un chef d'orchestre », La Nouvelle revue française, 1er avril 1967, no 172, p. 678.

[26] L'examen des relations de Matić avec Mallarmé et Breton demande un travail à part.

[27] André Breton oblique, p. 99.

[28] Dušan Matić, Bagdala, trad. du serbo-croate par Harita et Francis Wybrands ; postface de Dejan Bogdanović, Éd. de la Différence, 1984, p. 27.

[29] Proplanak i um, p. 262. 

[30] André Breton oblique, p. 97.

[31] Ibid., p. 98.

[32] Stéphane Mallarmé, Œuvres complètes, II, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 2003, pp. 697-698. Cité dans la traduction serbe dans Jedan vid francuske književnosti, p. 221. 

[33]  S. Mallarmé, Op. cit., p. 700.

[34] Le rapport de Matić à Mallarmé et Breton se résume en quelque sorte par les phrases finales de son texte sur Breton : « Je le vois, debout, tout près de Mallarmé, assis. Pure lumière. »  (NRF, n° 172, p. 685)

[35] André Breton oblique, pp. 103-104.

[36]  Antoine Compagnon, La Seconde main ou le travail de la citation, Paris, Seuil, 1979, p. 20.

[37] Luj Aragon, « Air du temps », Savremeni pregled, 5. mars 1927, n° 8, p. 1. Inséré dans : Branko Aleksić, Aladinova čarobna lampa. Francuski nadrealisti u prevodima jugoslovenskih pevidruga, Beograd, BIGZ, 1989, p. 83. L’original cité d’après : Louis Aragon, Le Mouvement perpétuel précédé de Feu de joie, Préface d'Alain Jouffroy, Gallimard, 1925, pp. 79-80.  

[38] Jedan vid francuske književnosti, p. 236.

[39] Marcel Proust, Contre Sainte-Beuve, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1971, pp. 221-222.

[40]  S. Mallarmé, Op. cit., pp. 701-702. D. Matić, Jedan vid francuske književnosti, p. 234.

[41] Jedan vid francuske književnosti, pp. 237-240.

[42] Ibid., p. 244.

[43] Le Surréalisme au service de la Révolution, 1933, n° 6, pp. 31-32.

[44]  Le Surréalisme au service de la Révolution, 1931, n° 3, pp. 30-31.

[45] Ce texte figurera dans Proplanak i um, Beograd, Nolit, 1969 et André Breton oblique.

[46] Ce texte est publié aussi, dans la traduction serbe de Milica Grabovac, dans la revue Izraz, 1967, XI, XXII, n° 7, pp. 615-622.

[47] Certains textes de Matić sont publiés dans une traduction française en Serbie aussi, comme le fragment de son livre Kocka je bačena, traduit par Mauricette Begić sous le titre Alea jacta dans l’ouvrage collectif Quelques prosateurs yougoslaves, 4, Beograd, Commission pour les relations culturelles avec létranger, [s.a.], pp. 33-54.

[48] « Pour une relecture de Gide », Actes des Rencontres André Gide / organisées par l'Association des amis d'André Gide, Paris, 30-31 octobre 1970, Cahiers André Gide 3, Paris, Gallimard, 1972.

[49]https://serbica.u-bordeaux-montaigne.fr/index.php/revue/archives/157-revue/tous-les-mois/1216-le-poeme-du-mois-juillet-aout-2018-nommer-les-ombres-des-etoiles-dusan-matic

[50] Dušan Matić, Songes et mensonges de la nuit. La Rose des vents. Illustrations de Vladimir Veličković. Texte français d'André Dalmas, Fata Morgana, 1969.

[51] Dušan Matić, Songes et mensonges de la nuit. La Porte de nuit, illustrations de Gérard Titus-Carmel,  texte français d'André Dalmas, Fata Morgana, 1973.

[52] Ce livre sera publié à Belgrade, dans la traduction serbe de Mihailo Pavlović, par la maison d’édition Nolit en 1978.

[53] Dušan Matić, Bagdala, traduit du serbo-croate par Harita et Francis Wybrands ; postface de Dejan Bogdanović, Éditions de la Différence, 1984, l’original serbe ayant été  publié par Prosveta en 1954.

[54] Peter Kral, « André Breton oblique par Dusan Matic », Cahiers de l’Est, n° 8, hiver 1976, pp. 121-124.

[55] André Laude, « André Breton oblique de D. Matic », Les Nouvelles littéraires, n° 2554, 14 octobre 1976.

[56] Laurand Kovacs, « Dusan Matic : Bagdala », La Nouvelle Revue Française, n° 385, février 1985, pp. 113-115.

[57] Opus international, n° 19-20, octobre 1970, p. 133. Cet objet surréaliste y apparaît sous le titre de La bille hagarde.

[58] Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du surréalisme, Paris, Seuil, 1996, p. 374.

[59] Fondée en 1904, dans le but de promouvoir la langue et la culture françaises et de développer la coopération franco-serbe, cette association a plusieurs fois changé de nom au cours de son histoire : « Société littéraire Française de Belgrade », « Société des Amis de la France », etc. Pour plus de détails, voir : Mihailo Pavlović, «Prilog istoriji Društva za kulturnu saradnju SrbijaFrancuska », Srpsko–francuski odnosi 1904–2004, ur. Mihailo Pavlović & Jelena Novaković, Društvo za kulturnu saradnju SrbijaFrancuska i Arhiv Srbije, Beograd, 2015, 1320 ;  et Ana Vujović, «Un aspect des relations franco-serbes: Association de coopération culturelle Serbie-France (passé, présent, futur)», publié dans ce volume.

[60] Voir aussi : Dejan Bogdanović, « Yougoslavie : Dusan Matic », Le Magazine littéraire, n° 142, novembre 1978, p. 33.

[61] Pour plus de détails sur la présence de Dušan Matić dans Les Lettres françaises, voir l’article de Velimir Mladenović «  La littérature serbe dans Les lettres françaises », publié dans ce dossier.

[62] Alain Jouffroy, « Visages de Dusan Matic », Opus international, 19-20, 1997, p. 131. À cette même page se trouve une reproduction du collage de Matić intitulé «L' ».

[63] Alen Žufroa, « Lik Dušana Matića », Politika, 9. 9. 1978, LXXV, n° 23322, p. 16. 

[64] Jacques Lacarrière, « Les oracles de la nuit », La Quinzaine littéraire, n° 104, 16 octobre 1970, p. 6. Ce texte est inséré, dans une traduction serbe, dans le livre: Kritičari o Matiću : antologija studija, eseja i kritika o Dušanu Matiću, éd. Milosav Mirković, Novi Sad – Ćuprija, Prometej – Matićevi dani, 1994, pp. 190-192. Le livre de Lacarrière Les hommes ivres de dieu (Paris, Arthaud, 1961) figure dans la bibliothèque de Matić.

[65] Voir à ce sujet la liste d’articles et d’études sur Matić qui ont paru en France, publiée dans Serbica, revue électronique dirigée par Milivoj Srebro. https://serbica.u-bordeaux-montaigne.fr/index.php/m-64/180-mati-duan6

[66] Dušan Matić, « Moja pesma je ritam življenja», Politika, 18. 2. 1992, p. 17. C’est nous qui traduisons.

Date de publication : octobre 2019

 

DOSSIER SPÉCIAL : Les relations littéraires et culturelles franco-serbes dans le contexte européen

 

Date de publication : juillet 2014

 

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Le poème titré "Salut à la Serbie", écrit en janvier 1916, fut lu par son auteur Jean Richepin (1849-1926) lors de la manifestation pro-serbe des alliés, organisée le 27 janvier 1916 (jour de la Fête nationale serbe de Saint-Sava), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. A cette manifestation assistèrent, â côté de 3000 personnes, Raymond Poincaré et des ambassadeurs et/ou représentants des pays alliés.

Grace à l’amabilité de Mme Sigolène Franchet d’Espèrey-Vujić, propriétaire de l’original manuscrit de ce poème faisant partie de sa collection personnelle, Serbica est en mesure de présenter à ses lecteurs également la photographie de la première page du manuscrit du "Salut à la Serbie".