Un "drame testamentaire" de Dušan Kovačević

Saint Georges tuant le dragon / Sveti Djordje ubiva aždahu

pièce dramatique, 1984


Kovacevic sveti georgije ubiva azdahu

Sveti Georgije ubiva aždahu / Saint Georges tuant le dragon


Présentation de l’auteur
traduit par Vladimir André Čejović et Anne Renoue

Serbica : [Depuis le 2014] l’Europe commémore le centenaire de la Grande Guerre. Votre drame Saint Georges tuant le dragon évoque ce terrible "temps de la mort" d'une manière très originale et spécifique. En ce qui concerne cette pièce, le critique Jovan Hristić a noté : "Ce féroce mélodrame se déroule dans un monde grotesque qui semble tout droit sorti des tableaux de Breughel et Bosch sur la scène théâtrale. Le drame de Kovačević est terrible et cruel – jamais encore la guerre n'avait été observée à partir d'une perspective si déformée", et il continue sous forme de questionnement : "Qu'a voulu dire l'auteur ? Que la guerre est quelque chose d'horrible ? Que les Serbes ne savent que mourir, alors qu'ils se gâchent la vie dans d'incessantes querelles et chicanes ?" Est-ce vraiment ainsi que l'on peut interpréter votre regard sur le rôle des Serbes dans la Première Guerre mondiale ?

Dušan Kovačević : […] Je mentionne[rais d’abord] cela en souvenir des hommes qui ont péri durant les nombreuses guerres du vingtième siècle. Sur le territoire de la Serbie, il y a eu cinq guerres : trois guerres balkaniques, en 1912, 1913 et de 1991 à 1995, ainsi que deux guerres mondiales, et comme "guerre expérimentale très spéciale", le bombardement par l'OTAN de la Serbie au printemps 1999. J'ignore quel peuple aurait fait face et survécu à tant d'horreurs, si l'on peut considérer que nous, Serbes, sommes encore vivants.

Mon drame, Saint Georges tuant le dragon, est inspiré par un fait réel qui a eu lieu dans un village, au pied de la montagne de Cer où ont eu lieu la première bataille de la Première Guerre mondiale et la première victoire de l'armée serbe sur la puissante armée austro-hongroise. Dans l'ombre de cette victoire, s'est produit ce sinistre événement de la mobilisation des invalides, semblable aux tableaux déjà cités des peintres de la Renaissance. J'ai écrit cette histoire en hommage aux combattants tués, aux jeunes gens qui ont défendu leurs villages et leurs maisons; en un peu moins d'une semaine de combats sur la montagne de Cer, 16 000 soldats serbes trouvèrent la mort, en majorité des jeunes conscrits. Ladite Grande Guerre, malgré la gloire des importantes victoires que nous y avons remportées, est certainement notre plus grande tragédie nationale car, on le sait, dans la population serbe vue dans son ensemble un homme sur trois – des jeunes pour la plupart –, mourut au combat ou des suites d'une maladie.

Ce qui m'intéressait dans ce drame, c'était avant tout le destin des morts ; les vivants, eux, arrivent tant bien que mal à se débrouiller. Saint Georges tuant le dragon est mon "drame testamentaire", et certainement mon histoire la plus complexe sur le destin des hommes et du peuple, dans mon pays la Serbie. Il va de soi que cela ne s'applique qu'à ce que j'ai écrit moi-même et non à ce qui a été filmé et ajouté dans le film éponyme d'un metteur en scène dont je ne veux pas mentionner le nom. (Srdjan Dragojević) > Extrait de l’interview avec l’auteur, accordée à Serbica <

A lire :
Saint Georges tuant le dragon <
  texte intégral

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Date de publication : novembre 2018

Date de publication : juillet 2014

 

> DOSSIER SPÉCIAL : la Grande Guerre
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Le poème titré "Salut à la Serbie", écrit en janvier 1916, fut lu par son auteur Jean Richepin (1849-1926) lors de la manifestation pro-serbe des alliés, organisée le 27 janvier 1916 (jour de la Fête nationale serbe de Saint-Sava), dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. A cette manifestation assistèrent, â côté de 3000 personnes, Raymond Poincaré et des ambassadeurs et/ou représentants des pays alliés.

Grace à l’amabilité de Mme Sigolène Franchet d’Espèrey-Vujić, propriétaire de l’original manuscrit de ce poème faisant partie de sa collection personnelle, Serbica est en mesure de présenter à ses lecteurs également la photographie de la première page du manuscrit du "Salut à la Serbie".