SERBICA     miroslavljevo-jevandjelje     

 СЕРБИКА   

        Revue électronique                       
ISSN 2268-3445
N° 2-3  /  mars - juin 2013           
miroslavljevo-jevandjelje

Dossier spécial

LA LITTÉRATURE SERBE

AU MOYEN AGE

♦ SOMMAIRE  ♦
*

1.

♦ VUE  D'ENSEMBLE ♦

La littérature serbe du Moyen Age

Contexte historique : chronologie
par Veljko Stanić

De la création de l'alphabet slave au premier livre serbe imprimé : chronologie
par Jovan Deretić

2.

♦ UN DESTIN - UNE ŒUVRE FONDATRICE : SAINT SAVA ♦
par Boško I. Bojović

Le premier écrivain serbe : 
SAVA NEMANJIĆ


Un testament spirituel :
La Vie de Saint Siméon

Une charte fondatrice : 
La charte de fondation de Chilandar


La première œuvre hymnographique serbe : 
L’office de Saint Siméon-Nemanja

3.

♦ LA LITTERATURE HAGIOGRAPHIQUE : AUTEURS ET ŒUVRES ♦
par Boško I. Bojović

I. Auteurs

1. Le « dernier disciple » de Saint Sava :
DOMENTIJAN

2. Un écrivain prolixe et polyvalent : 
TEODOSIJE DE CHILANDAR

3. Archevêque, hagiographe et bâtisseur : 
DANILO II (ARCHEVÊQUE)


4. L'auteur appartenant aux trois littératures slaves orthodoxes : 
GRÉGOIRE CAMBLAK

5. Un écrivain professionnel et laïc : 
CONSTANTIN DE KONSTANEC, dit LE PHILOSOPHE

II. Œuvres

1. Un ouvrage précurseur :
Annales du prêtre de Dioclée

2. La première vita serbe du type des ménées :
La Vie de Saint Siméon (Stefan le Premier Couronné)

3. Œuvre d’un ermite érudit :
Hagio-biographies de Saint Sava et de Saint Siméon (Domentijan)

4. Une biographie romancée :
La Vie de Saint Sava (Teodosije)

5. L’histoire du cheminement spirituel d’un ermite :
La Vie de de Saint Pierre de Koriša (Teodosije)

6 Ouvrage le plus systématique du Moyen Age serbe :
Les Vies des rois et archevêques serbes 
(Danilo II et ses Continuateurs)

7. Cycle du martyrologe du prince Lazar : 
Cycle littéraire du prince Lazar et de la Bataille de Kosovo

8. Le portrait d’un roi martyrisé :
La Vie de Stefan Dečanski (Grégoire Camblak)

9. Biographie d’un prince éclairé :
La Vie du despote Stefan Lazarević (Constantin de Kostenec)

4.

♦ BIBLIOTHEQUE DE SERBICA : L'ATELIER DE TRADUCTION ♦

Anthologie de la poésie serbe médiévale
par Boris Lazić

Introduction : 
Le regard rivé vers l’éternité

Deux poèmes :
Saint Sava : « De l’esprit »
Dimitrije Kantakuzen : " L'impénetrable est de toute part" 

5.

♦ ARCHIVES ♦

L’Evangile de Miroslav (1180) :
 

Le manuscrit "le plus précieux et le plus important
du patrimoine culturel de la Serbie"
- présentation -

Préface de Ljubomir Stojanović à l'édition de 
L'Evangile de Miroslav de 1897

*
1. ♦ VUE D'ENSEMBLE ♦

La littérature serbe du Moyen Age
par Radmila Marinković
traduction d’Alain Cappon

[…] La littérature serbe écrite au Moyen Age est un système littéraire particulier qui, du point de vue de la topologie, de la poétique, et des genres littéraires, prolonge et enrichit l’héritage vieux-slave crée pour les Slaves nouvellement christianisés sur les antiques modèles byzantins et dans la sainte langue des Slaves – le slavon, langue supranationale tout comme l’est la littérature qui leur est destinée, ce qui facilitera et accélérera sa diffusion parmi tous les peuples slaves. Sont traduits en premier lieu des textes bibliques et rituels, mais très vite également d’autres textes, indispensables au développement de la vie chrétienne, parmi desquels les grandes œuvres de la poésie chrétienne, de la rhétorique et de la dogmatique. […]

Mais cette littérature traduite, édifiante pour les Serbes comme pour les autres Slaves, qui leur a servi de livres de lecture, ne pèsera pas de tout son poids sur la création d’œuvres originales. Quand ils se mettront à traiter leurs propres thèmes, slaves, ils n’en utiliseront que la forme restreinte, les genres et la poétique qui célèbrent le culte des saints car les premiers héros chantés seront les créateurs de leur langue écrite et littéraire, Cyrille et Méthode, ainsi que leurs disciples que la jeune Église slave tenait pour des saints. Ces formes rituelles sont l’hagiographie, l’homilétique, l’hymnographie, ou, pour les citer ainsi qu’ils les nommaient : житије, похвала, служба. Ce sont, en réalité, la prose, la rhétorique, et la poésie. Le fait que les premières compositions slaves se conforment aux canons de la littérature religieuse, que leur langue est celle de la littérature religieuse, la sainte langue des Slaves, détermine le caractère de leurs futures créations. C’est une littérature spirituelle, grave, éthique, dont la problématique essentielle est l’existence de l’homme. Par ailleurs, en se référant à des événements authentiques, elle assume une responsabilité historique. La littérature vieille-slave devient ainsi la littérature slave classique au monde d’idées riche, à la poétique élaborée et à la langue poétique. Elle sera la référence pour toutes les littératures slaves du Moyen Age, et serbe en tout premier lieu.  […] >Texte intégral<

Contexte historique : chronologie
par Veljko Stanić

1166-1196 : Règne du grand župan Nemanja, fondateur de la plus importante dynastie serbe du Moyen Age, la dynastie des Nemanjić (1166-1371). Fils de Zavida, né dans une famille aristocratique originaire de la Dioclée, Nemanja obtient progressivement l’indépendance à l’égard de Byzance et étend le territoire de son pays sur les pays de Zahumlje, Travounie, Dioclée, et sur les vallées des deux rivières - la Morava occidentale et la Grande Morava.

1198 : Siméon arrive au Mont-Athos où il rejoint son fils cadet Rastko (le moine Sava). Ils fondèrent le monastère Chilandari, désormais le plus haut lieu de culte dans la culture serbe. Siméon y décèdera en 1199.

1219 : Les efforts de Sava assurent la reconnaissance de l’Eglise autocéphale serbe qui étend son organisation à l’ensemble du territoire de l’État serbe. Sava devient le premier archevêque. À l’instar de la proclamation du royaume, cet événement marque le moment d’une homogénéisation politique, juridique et culturelle. [...] >Texte intégral<

De la création de l'alphabet slave au premier livre serbe imprimé :
chronologie

par Jovan Deretić

XIe – XIIe siècles : Formation de la rédaction serbe du vieux-slave dont les Serbes se serviront jusqu’aux années trente du 18e siècle, sans y apporter de changements importants (le slavon serbe). Des deux alphabets slaves – glagolitique et cyrillique – les Serbes employèrent d’abord le glagolitique, alphabet le plus ancien, pour adopter ensuite le cyrillique, plus pratique et qui devait finir par supplanter le premier.

Dernières décennies du XIIe siècle :Miroslavljevo Jevandjelje (Evangéliaire de Miroslav) : premier monument cyrillique serbe, richement orné d’initiales ; il montre que le slavon serbe était déjà tout à fait formé. Letopis popa Dukljanina (Chronique du prêtre de Dioclée) – version latine d’un original slave qui ne nous est pas parvenu – comprend un mélange de légendes et d’histoires des Slaves de Dalmatie.

1208 : Život gospodina Simeona (Vie du seigneur Siméon), par Saint Sava, contient la biographie de Stefan Nemanja, l’accent étant mis sur les dernières années de sa vie qu’il passa comme moine au monastère de Chilandar. Saint Sava (vers 1175-1235) est le fondateur de la culture médiévale serbe, le premier écrivain et le promoteur de l’unité spirituelle de son peuple. Il obtint que l’Eglise serbe, jusque-là soumise à la juridiction de l’archevêché grec d’Ohrid, fût reconnue autocéphale et il en devint le premier archevêque. [...] >Texte intégral<

2. ♦ Un destin - Une œuvre fondatrice : Saint Sava 
par Boško I. Bojović

Le premier écrivain serbe : 
SAVA NEMANJIĆ - SAINT SAVA (1175-1235)

Prince et moine, anachorète et archevêque, contemplatif et homme d’action, évangélisateur et maître à penser, pèlerin et diplomate, bâtisseur et amateur des arts, organisateur et gestionnaire, homme de lettres et législateur, le personnage de Sava Ier, dit Saint Sava, est d’une envergure universelle, et son destin hors du commun déborde le cadre local et national, religieux et confessionnel. Sa vie et son œuvre constituent un patrimoine incomparable dans l’histoire serbe et balkanique, sud-est européenne et jusqu’en Russie. [...]Partagé entre son amour filial et sa vocation spirituelle, son amour du Christ et celui du commun des mortels, l’amour de sa patrie et l’élan d’aller au-devant de l’autre et du Monde dans sa diversité, fils d’un souverain, frère de deux et oncle de trois rois, côtoyant les empereurs et les sultans, les patriarches et les califes, ayant la trempe de ses grands contemporains comme Friedrich II et Saint François d’Assise, dans la mémoire de son peuple, dans le patrimoine historique et culturel de son pays, Saint Sava demeure une valeur inégalée. [...] >Texte intégral <

Un testament spirituel : 
La Vie de Siméon-Nemanja 
(1208)

Intitulée : “Sur notre saint père et fondateur, le seigneur Siméon, le modèle de ce monastère, et sur sa vie, telle qu’elle fut devant Dieu et [devant] les hommes”, La Vie de Siméon-Nemanja est la première hagiographie princière serbe qui nous soit parvenue dans sa forme originelle (dans le Typikon de Studenica, manuscrit de 1619). D’une belle composition, sobre et simple dans sa clarté, cet ouvrage du futur archevêque Sava Ier est également l’une des toutes premières œuvres littéraires vraiment originales du Moyen Age serbe. D’ailleurs, c’est elle qui inaugure véritablement ce genre littéraire si spécifique à la Serbie, que sont les hagio-biographies de ses saints, rois et archevêques. [...] En écrivant la vita de son père, Sava a fait preuve d’un sens remarquable de la composition. La narration y est dépouillée, sans démesure. Son point culminant est la très suggestive description de la mort de Siméon, qui fait partie des plus remarquables pages de toute la littérature médiévale serbe. >Texte intégral<

Une charte fondatrice :
La charte de fondation de Chilandar 
(1198)

La charte de fondation de Chilandar, avec son prolégomène autobiographique de Stefan Nemanja-Siméon, a joué un rôle prépondérant dans l’évolution du genre hagiographique chez les Serbes : plus précisément, elle a ébauché un certain nombre d’idées qui seront ultérieurement développées dans les hagiographies officielles des XIIIe-XIVe siècles. D’ailleurs, la genèse de l’hagiographie de Siméon-Nemanja - dont le culte avec ses expressions littéraires et picturales est la pierre angulaire, le fondement de l’idéologie de l’Etat serbe - peut être suivie, elle aussi, depuis le chrysobulle de fondation de Chilandar. [...] >Texte intégral<

La première œuvre hymnographique serbe :
L’office de Saint Siméon-Nemanja 
(1207)

Dans le genre de l’hymnographie liturgique, l’acolouthie de Saint Siméon, écrite par Sava à l’instigation de la communauté athonite, inaugure la série des œuvres hymnographiques serbes. Cet office eut un rôle essentiel dans le culte de Saint Siméon et de plusieurs de ses successeurs. [...] Conformément à la tradition liturgique orthodoxe, L’office de Saint Siméon-Nemanja n’est pas une simple glorification du saint ; c’est dans l’esprit de la “latrie” du culte liturgique que s’inscrit sa sémiotique, avec, pour élément “idéologique”, l’idée selon laquelle le charisme du souverain a pour fondement sa vocation pour le service de Dieu et de l’Eglise [...] >Texte intégral<

 3.  LA   LITTERATURE   HAGIOGRAPHIQUE
          I -  AuteurS     Arbre Nemanjici II -  OEUVRES         
par Boško I. Bojović

Les hagio-biographies des saints rois et archevêques appartiennent à un genre littéraire historico-hagiographique autochtone, propre au Moyen Age serbe. Dans leur fonction liturgique et narative, elles font partie intégrante du genre littéraire hagiographique byzantino-slave, alors que leur dimension historiographique et idéologique n’a pas d’équivalent dans la littérature propre à la zone slave de la civilisation byzantine. La littérature serbe a progressivement adopté la plupart des genres littéraires byzantins, mais ce sont l’hagiographie et l’hymnographie liturgique qui furent les plus féconds, car ils donnèrent naissance au plus grand nombre d’œuvres originales. Un autre genre littéraire, d’origine occidentale, était d’autre part assez répandu en Serbie : le roman de chevalerie, les gestes.

Sans acquérir la forme de véritables traités politiques et théoriques, les oeuvres hagio-biographiques ont fortement marqué les consciences des élites et contribué au développement de concepts abstraits, éthiques et historiques en Serbie médiévale. Rapportant les vies des souverains sous une forme plus ou moins hagiographique ou biographique, sur le fond des événements majeurs du royaume, ces textes représentent des portraits historiques sensiblement sublimés des souverains et des prélats placés à la tête de l’Etat et de l’Eglise de Serbie. Partant des concepts relatifs au pouvoir royal, à la souveraineté de l’Etat, à la “symphonie” des deux pouvoirs, à la vocation de la patrie serbe dans une optique de l’histoire sacrée, à l’incidence de la sainteté et de la Grâce divine dans le charisme dynastique, à la nécessité impérieuse pour le roi d’assumer la vraie foi avec son système de valeurs dans le maintien de l’ordre social – les hagio-biographies serbes reflètent aussi bien les structures mentales que l’organisation de la société dont ils sont issus.

♦ I - AUTEURS ♦

Le « dernier disciple » de Saint Sava : 
DOMENTIJAN 
(milieu du XIIIe siècle)

Le „dernier disciple de Saint Sava“, moine athonite, guide spirituel, ascète et érudit, Domentijan est, avec Teodosije, l'auteur de l'œuvre qui a, selon M. Kašanin, „la plus grande portée universelle tant dans sa forme d'expression que par la valeur de son contenu“. Faisant partie des écrivains de tout premier ordre de ce XIIIe siècle serbe, Domentijan était un de ces moines d’exception qui eurent le privilège de demeurer dans l’hésychastèrion serbe de Karyès. Une dizaine d’années plus tard, il devint le père spirituel de Chilandar demeurant dans un autre hésychastèrion, celui de la Transfiguration. Le peu d’informations dont nous disposons sur lui laissent penser qu’il était issu de la noblesse serbe, de même que bien d’autres moines de Chilandar. Il est, sans doute, l’auteur serbe le plus lettré, le plus érudit de son temps. [...] >Texte intégral<

Un écrivain prolixe et polyvalent :
TEODOSIJE DE CHILANDAR

(la fin du XIIIe et les premières décennies du XIVe siècle)

Teodosije de Chilandar est un auteur majeur de la littérature médiévale serbe dont on sait néanmoins fort peu de choses, si ce n’est qu’il a été un moine de Chilandar (le monastère serbe du Mont Athos) et qu’il a œuvré entre la fin du XIIIe et les premières décennies du XIVe siècle. Auteur de vies de saints et d’hymnographies, écrivain hors pair, il se distingue par un style expressif, peu rhétorique, avec quelques éléments réalistes et profanes, et qui donne un relief romanesque vif et imagé, psychologique et suggestif à la fois, à ses héros et à leurs exploits et engagements spirituels. [...]>Texte intégral<

Archevêque, hagiographe et bâtisseur : 
DANILO II (ARCHEVÊQUE)
(vers 1270-1337)

L’un des plus illustres personnages de l’Église serbe médiévale, Danilo II, fut également un auteur très apprécié à son époque. Parmi tous les écrivains du Moyen Age, ce sont lui et son talentueux prédécesseur Teodosije qui ont été les plus lus et les plus copiés, tout en devenant les références maîtresses du style et du goût littéraires au cours de cet âge d’or que furent, pour la culture serbe, les deux derniers siècles du Moyen Age. Bien des points communs entre sa vie et celle de Saint Sava font penser que Danilo II – issu d’une famille de la haute noblesse – s’efforçait depuis son enfance de suivre l’exemple de son illustre maître. [...]>Texte intégral<

L'auteur appartenant aux trois littératures slaves orthodoxes :
GRÉGOIRE [GRIGORIJE] CAMBLAK 
(vers 1360/64-1419/20)

Personnage hors pair et accessoirementcontroversé, l’un des auteurs les plus érudits et les plus prolixes du Moyen Age slavo-byzantin, Grigorije Camblak appartient aux trois littératures slaves – bulgare, serbe et russe – ainsi qu'à la littérature slavo-roumaine. [...] Ses œuvres majeures, écrites entre 1402 et 1406, font partie de la littérature serbe. Ce sont, en premier lieu, l’hagiographie du roi de Serbie Stefan Uroš III (1321-1331), surnommé Dečanski, l’acolouthie qui lui est consacrée et, en 1404/5, l’épilogue à La Vie de Sainte Parascève, concernant la translation de ses reliques, de Vidin (Bulgarie) en Serbie (1398). [...]>Texte intégral<

Un écrivain professionnel et laïc : 
CONSTANTIN DE KONSTANEC, dit LE PHILOSOPHE
(vers 1380-vers 1439)

Constantin de Kostenec est le représentant le plus important de la littérature savante en Serbie au XVe siècle. Probablement d’origine bulgare, né vers 1380 dans le village de Kostenec, en Bulgarie, il avait fait ses études auprès d’Andronic, disciple du patriarche bulgare Euthyme, au monastère de Bačkovo. C’est sans doute pour se mettre à l’abri, au cours de la guerre ci­vile pour la succession à la cour ottomane du début du siècle, qu’il vint en Serbie entre 1410 et 1413, pour y être fort bien accueilli par le despote serbe, Stefan Lazarević. En homme de lettres d’exception, Constantin fut engagé par son nouveau seigneur, protecteur des arts et des lettres. [...]>Texte intégral<

♦ II - ŒUVRES ♦

Un ouvrage précurseur :
Annales du Pretre de Dioclée
(XIIe siècle)

Connue dans les plus anciens manuscrits uniquement dans sa version latine et italienne, la Chronique de Dioclée serait issue des écrits et des chants ou récits slaves, ainsi que l’indique l’auteur dans son introduction. Du point de vue littéraire, c’est la deuxième partie de l’ouvrage qui suscite le plus d’intérêt parce qu’elle comporte un écrit considéré comme le point de départ dans la formation de la rédaction serbe du vieux-slave : La Vie du Saint prince Jean Vladimir. Mais bien que cette vita puisse être considérée comme un texte précurseur de ce genre littéraire balkano-slave, il convient de signaler qu’elle ne s’inscrit pas dans la même tradition littéraire que les hagio-biographies royales de l’époque némanide, avec lesquelles d’ailleurs aucun lien direct n’a pu être établi. [...]  >Texte intégral<

La première vita serbe du type des ménées :
La Vie de Saint Siméon  
(Stefan le Premier Couronné)
(vers 1216)

La deuxième hagiographie de Siméon-Nemanja, œuvre de son fils puîné Stefan (vers 1165-1228), fut écrite seulement une dizaine d’années après celle rédigée par son fils cadet Sava. L’importance de ces deux premières vitae consacrées au fondateur de la dynastie némanide est multiple : d’une part, elles marquent le début d’une longue tradition hagiographique dans la littérature médiévale serbe, et, d’autre part, il s’agit, selon Francis Dvornik, de récits « très séduisants dans leur sincérité simple et fraîche » qui « montrent combien les conceptions chrétiennes avaient pénétré profondément dans les esprits des Serbes du XIIIe siècle ». Homme cultivé et lettré, souverain de Serbie pendant une trentaine d’années – il devint le successeur au trône du grand joupan de Serbie déjà en 1196 avant de recevoir la couronne royale en 1217, d’où son surnom : Prvovenčani (le Premier Couronné) – Stefan a fait preuve, en écrivant la biographie de son père, qu’en dehors de ses talents politiques et militaires, il possédait un don littéraire indéniable. [...]>Texte intégral<

Oeuvre d'un ermite érudit
La Vie de Saint Sava 
et La Vie de Saint Siméon (Domentijan)
(1243 ou 1254)

L’une des œuvres hagiographiques majeures du Moyen Age serbe est sans conteste celle de Domentijan, composée de deux vitae : La Vie de Saint Sava et La Vie de Saint Siméon. Ces deux ouvrages écrits au milieu du XIIIe siècle par ce moine athonite et érudit sont cependant d’une valeur inégale sur le plan littéraire. Alors que la biographie de Saint Sava, l’hagiographie serbe la plus développée, est une œuvre non seulement originale mais aussi l’une des meilleures de toute la littérature médiévale serbe, celle de Saint Siméon offre un résultat moins heureux. Ecrite une dizaine d’années après La Vie de Saint Sava, en 1264, et beaucoup plus courte qu’elle, La Vie de Saint Siméon n’est, en grande partie, que la compilation de celle-ci et de l’hagiographie rédigée par Stefan le Premier Couronné. [...] >Texte intégral<

Une biographie romancée
La Vie de Saint Sava 
(Teodosije de Chilandar)
(fin XIIIe - début XIVe s.)

L’œuvre la plus lue et copiée au Moyen Age et, sans conteste, l’un des meilleurs ouvrages de toute la littérature serbe médiévale, La Vie de Saint Sava du moine athonite Teodosije, pourrait être considérée comme une excellente biographie romancée. Par son style imagé et captivant, son étendue considérable, sa narration élaborée et riche en rebondissements, ainsi que par l'émergence des éléments de style profane en alternance avec des thèmes religieux, l'ouvrage principal de Teodosije tient lieu en effet d'un véritable roman médiéval. [...] Inspirée en partie par l’œuvre homonyme de Domentijan et écrite un demi-siècle plus tard (fin XIIIe-début XIVe s.), La Vie de Saint Sava de Teodosije est à bien des égards aux antipodes de celle de son maître et prédécesseur. Les différences apparaissent surtout dans le contenu du texte, dans les informations historiques, dans le style et dans la structure de l’œuvre. [...] >Texte intégral<

L’histoire du cheminement spirituel d’un ermite :
La Vie de Saint Pierre de Koriša  
(Teodosije de Chilandar)
(vers 1310)

Outre son œuvre maîtresse, La Vie de Saint Sava, Teodosije, l’un des écrivains majeurs du Moyen Age serbe, a également écrit une autre vie de saint. C’est La Vie de Saint Pierre de Koriša, un anachorète serbe du début du XIIIe siècle vivant dans la montagne de Koriša, aux environs de la ville de Prizren dans la région du Kosovo. [...] Le sens du drame psychologique individuel et des rapports humains émotionnels, apparaît tout particulièrement dans la vie de saint Pierre de Koriša, vivant dans un ermitage que Teodosije visita afin de préparer la rédaction de son ouvrage. Sa faculté d’observation de l’environnement naturel ainsi que l’intérêt dont il fait preuve pour les tourments de l’âme humaine, donnent une empreinte encore plus particulière à cette vie de saint[...]>Texte intégral<

Ouvrage le plus systématique du Moyen Age serbe :
Les Vies des rois et archevêques serbes 
(Danilo II, Archevêque et ses Continuateurs)
(XIIIe - XIVe siècles)

L’hagio-biographie dynastique du Moyen Age serbe trouve sa pleine expression dans l’œuvre de codification entreprise par l’archevêque de Serbie Danilo II (1324-1337), contenue dans le recueil intitulé, en abrégé, Les Vies des rois et archevêques serbes. Ce codex hagio-biographique d’historiographie dynastique regroupe les vies (d’une étendue très inégale) des rois et des archevêques depuis la première moitié du XIIIe siècle jusqu’à la deuxième moitié du XIVe siècle. [...] La plus importante nouveauté qu’apporte ce recueil est liée à sa structure interne. Les biographies antérieures à celles de Danilo II étaient plus modestes, s’en tenant davantage au modèle du bios byzantin (destiné à faire partie d’un typikon monastique), contrairement aux biographies développées en épais volume de trois cents feuillets, comme celles de Domentijan et Teodosije. Danilo II conçoit une autre structure de biographie officielle, une entité importante composée de plusieurs textes hagiographiques relativement moins longs. Son intention était de créer une sorte de « prologue » serbe. [...] >Texte intégral<

Le cycle du martyrologe du prince Lazar :
Cycle littéraire du prince Lazar et de la Bataille de Kosovo 
(fin XIVe - début XVe siècle)

Le cycle littéraire consacré au prince Lazar Hrebeljanović, mort à la bataille de Kosovo en 1389, constitue un chapitre à part dans l’hagio-biographie médiévale serbe. [...] Les textes faisant partie de ce cycle appartiennent principalement aux trois genres – hagio-biographique, laudatif et liturgique. Ils sont importants non seulement parce qu’ils ont servi à l’instauration du culte du prince Lazar, quelques années à peine après sa mort sur le champ de bataille, mais aussi parce qu’ils reflètent une idée théologique sensiblement nouvelle pour l’époque, ou renouvelée depuis les temps plus anciens, celle du martyre lié dans les textes aux Quarante martyrs de Sébaste. Cette idée d'abnégation est fondamentale car elle a profondément influencé aussi bien le sentiment épique que l’éthique nationale serbe. [...]  >Texte intégral<

Le portrait d’un roi martyrisé :
La Vie de Stefan Dečanski  (Grégoire Camblak)

(1403/4)

Œuvre d’un moine érudit d’origine bulgare, La Vie de Stefan Dečanski tient une place à part dans la littérature serbe médiévale, même si elle s’inscrit dans la tradition des hagiographies royales. Tout en respectant les principales règles du genre, l’auteur y dépeint le portrait d’un roi souffre-douleur et candide, supplicié depuis son enfance jusqu’à sa mort par un entourage mesquin et envieux. Le destin de Stefan Uroš III (1321-1331) prend ainsi une connotation tragique : il est écartelé entre son père, son épouse et son fils, entre un milieu vil et hypocrite et des voisins agressifs. [...] Ecrite à l’orée d’un nouveau siècle et dans un esprit propre à certains courants du monachisme hésychaste, issue, d’autre part, de l’idéologie et de la tradition littéraire de la Sainte lignée, La Vie de Stefan Dečanski est la dernière grande vita royale faisant partie de l’hagiographie dynastique némanide. [...] >Texte intégral<

Biographie d’un prince éclairé :
La Vie du despote Stefan Lazarević (Constantin de Kostenec)
(entre 1433 et 1439)

La dernière grande biographie princière serbe, La Vie du despote Stefan Lazarević (1389-1427) est sans doute l’une des créations les plus remarquables dans la longue succession des hagio-biographies des souverains de Serbie médiévale. Selon Ivan Dujčev, cette œuvre importante, écrite dans les années trente du XVe siècle, représente « la meilleure réalisation littéraire des Slaves méridionaux, au Moyen Age, tant par son contenu que par sa forme”, et “une source historique de toute première importance, non seulement pour l’histoire serbe, mais aussi pour l’étude des événements […] dans la péninsule des Balkans à l’époque correspondante ». [...]  >Texte intégral<

4. ♦ BIBLIOTHEQUE DE SERBICA ♦
ANTHOLOGIE DE LA POÉSIE SERBE MÉDIÉVALE
par Boris Lazić

Le regard rivé vers l’éternité
- introduction -

La poésie serbe médiévale s’ancre dans l’héritage biblique, syriaque et byzantin du chant religieux. Héritière de la poésie liturgique copte, arabe et grecque orthodoxe de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Age, composée afin de servir les besoins du rite chrétien orthodoxe, afin d’être écoutée et chantée pendant les offices, cette poésie repose sur une pensée idéaliste, sur un sentiment religieux du monde et représente sa plus parfaite expression littéraire et scénique. Le corps central de cette poésie est l’office qui célèbre et glorifie Dieu, la Création et la figure rédemptrice du Christ.

Cette poésie exprime l’essence d’une vision du monde : elle prend corps dans une représentation de type rituel (à l’office se joignent le chant, l’image, les parfums et la gestuelle sacrée au sein d’une forme architecturale qui exprime l’élévation de la création vers le créateur, c'est-à-dire l’architecture ecclésiastique de type byzantin ), au service d’une pensée et d’un sentiment universaliste, chrétien. Sur le plan formel, parallélisme, énumération, refrain bibliques élaborent des canons complexes dédiés à la gloire de Dieu, du Christ, de la mère de Dieu, aux souverains et prélats de l’État et de l’Église. Au mysticisme de nature religieuse se joint un sentiment mystique de l’idée de l’État, de la pensée dynastique, car l’ensemble de la littérature serbe médiévale représente un corpus littéraire spécifique qui célèbre la royauté serbe. Les chants des offices participent à cette louange du monde créé, divin, idéal, aussi bien qu’à la glorification de la grandeur étatique qui rend compte de la création et de la grâce dans le réel, dans l’histoire des hommes. Au cœur de cette idéologie préside ainsi l’idée de symphonie entre la sphère sacrée (l’Église) et la sphère profane (l’État). [...] >Texte intégral<

Anthologie

Traduction de Boris Lazić

SAINT SAVA 
(1175-1235)

De l'esprit

Que notre esprit
se porte vers les cieux,
vers les édéniques beautés,
les demeures éternelles,
cette vie-là…

Quelle assemblée cela va-t-il être !
Quelle multitude de gens
depuis Adam jusqu’à la fin des temps !...

C’est pourquoi,
mes chers frères,
il nous faut être dans l’affliction
et s’imaginer dans cette vie
comme étant ceux qui sont en dehors du monde,  
comme étant ceux dont la vie est aux cieux

DIMITRIJE KANTAKUZEN 
(1435 - fin XVe siècle)

L'impénétrable est de toute part

Séparés de la puissance de vie –
l’impénétrable est de toute part,
tristesse inconsolable.
Là point de curateur,
point de prochain.

Lorsque, saisi de fréquents
et secs soupirs,
lorsque l’incendie
embrasera ton for intérieur jusqu’à
la déchirure –

du fond du cœur tu pousseras un soupir
mais ne trouveras de consolateur. 

>Texte intégral de l'Anthologie<

5. ♦ ARCHIVES ♦
L'Evangile de Miroslav / Мирослављево јеванђеље(1180)

Le manuscrit "le plus précieux et le plus important
du patrimoine culturel de la Serbie"

 - présentation -

Inscrit au « Registre Mémoire du monde » de l’UNESCO, L'Évangile de Miroslav / Мирослављево јевaнђеље est le plus ancien manuscrit enluminé serbe datant de 1180 environ. Illustré de miniatures d'une qualité artistique singulière, ce précieux livre représente une étape décisive dans l’évolution de l'orthographe alors en usage dans la Serbie médiévale. Selon l’avis de la Commission nationale de Serbie pour l'UNESCO – avis fondé sur les conclusions de nombreux chercheurs – « ce manuscrit constitue le document le plus précieux et le plus important du patrimoine culturel de la Serbie ». [...]>Texte intégral<

Préface de Ljubomir Stojanović à l'édition de 
L'Evangile de Miroslav de 1897

[...] Cet évangéliaire n’est pas seulement un des plus anciens monuments manuscrits de notre littérature ; c’est en même temps, par la façon dont sont exécutées ses initiales avec leur ornementation et leurs figures (et d’autres exemplaires semblables ayant péri selon toute probabilité), un ouvrage unique dans notre littérature, d’ailleurs sans pareil dans aucune des littératures slaves de l’époque, ni même au cours des deux siècles suivants. Un connaisseur célèbre, M. Buslaeff, appréciant une reproduction des initiales copiées sur quelques pages de cet évangéliaire, disait que l’ornementation de l'évangéliaire présentait un caractère tout particulier, tout exceptionnel, et qu’on aurait cru impossible dans les manuscrits slaves écrits en caractères cyrilliques au XIIe siècle, ou même à des époques beaucoup plus récentes. [...]>Texte intégral<

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